Grandmaster Flash

Posted on 10/10/2010

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UN FLASH DE GENIE – «si je passe que la meilleure partie de chaque disque, ça va les rendre marteau!». Débrouillard, enthousiaste, obstiné : on ne fait pas plus new-yorkais que Joseph Saddler. A force de travail acharné et de détermination, ce gamin au pseudonyme de comic book a suscité des centaines de vocations et s’est imposé comme LA référence ultime du rap Old School.

Mais reprenons au début. Au commencement il y avait le sillon : Side A, track one. Plus connu sous le nom de Grandmaster Flash, Joseph est issu d’une famille originaire de la Barbade. Pourtant, c’est à New York qu’il voit le jour en 1958. C’est là aussi qu’il grandit. Plus précisément dans le quartier du Bronx, où naquit le mouvement hip-hop. De son propre aveu, sa fascination pour les platines est en grande partie imputable a son père : «Il avait une platine, et une chaîne incroyable. Bien sûr je n’avais pas le droit d’y toucher… et bien sûr j’y touchais quand même». Dès l’adolescence, il succombe donc au pouvoir que procurent les «wheels of steel» : maîtriser une foule, faire danser les gens. À l’époque, les premières block-parties font leurs apparitions. Kool Herc, ce DJ jamaïcain immigré que l’Histoire a retenu comme l’étincelle initiatrice de l’incendie hip-hop, a déjà importé le concept de Sound System dans les quartiers pauvres de la grosse pomme. Le soir, on bloque les rues, on détourne l’éclairage public et l’on danse sur les sélections hétéroclites du DJ. Herc affectionne particulièrement les disques de funk au break, souvent très court, laissant la part belle au bassiste, au batteur, ou aux deux, et qui provoquent souvent l’hystérie dans la foule des danseurs. Joseph n’en rate pas une miette. Pragmatique, de formation scientifique, il étudie l’électronique à l’école. Plus il observe, et plus il se dit qu’il peut améliorer tout ça, que la technique peut servir la musique. Alors il s’entraîne, dès 1971. En 1974, mettant à profit ses connaissances en électronique, il bidouille une des premières «mixettes», ces tables de mixage permettant de passer d’une platine à l’autre. Il met petit à petit au point ce qu’il appellera la «Quick Mix Theory» : un Ensemble de techniques uniquement développées dans le but de prolonger le groove, d’atténuer les cassures, de modifier et améliorer les arrangements initiaux des disques. En bref, tout ce qui constitue la base de ce que l’on nomme de nos jours «le mix» : le «cutting» (couper le son d’un disque à l’aide du «crossfader») ; le backspinning (opérer une transition entre deux disques en envoyant énergiquement vers l’arrière celui qu’on est en train de jouer tout en lançant, dans la foulée, celui qu’on veut introduire) ou encore le «phasing». Il expérimente aussi le «pass-pass», technique permettant, en utilisant deux exemplaires identiques d’un même disque et en les manipulant alternativement, de rallonger les fameux «break» précédemment cités en passant de l’un à l’autre. Il développe aussi tout un tas d’habitudes : celle de coller sur les macarons de ses disques des bouts de scotch de couleur afin de localiser un break au premier coup d’œil. Parfois il décolle même intégralement les macarons de ses vinyles et colle à la place ceux de disque beaucoup plus dispensables. But de la manœuvre ? Brouiller les pistes des envieux DJ fouinant dans son bac à disques (cette technique était déjà utilisé en Jamaïque dans les années 50). Enfin, il va même jusqu’à sortir de préférence avec des filles dont les parents possèdent une énorme collection de vinyles dont ils ne savent que faire.

Fort de toutes ces innovations, d’une technique maintenant sans égale et d’une réputation à toute épreuve, Grandmaster Flash devient la sensation numéro un de l’époque. Il s’associe alors avec un rappeur, MC Cowboy, puis fait la rencontre déterminante de deux rappeurs : Melle Mel (Melvin Glover) et son frère Kid Creole (Nathaniel Glover). En 1977 ils sont rejoints par un troisième rappeur, Mr. Ness qui se fera ensuite appeler Scorpio (Eddie Morris), puis un quatrième, Raheim (Guy Williams). Le crew, un des tous premiers de l’histoire du hip-hop, est alors au complet : les Furious Lovers, qui deviendront bientôt les Furious Five, créent le buzz le plus phénoménal de la ville. Ce buzz, cependant, ne suffira pas à leur assurer la primeur du premier enregistrement rapologique. Il faudra en effet qu’ils attendent 1979 et le succès planétaire du «Rapper’s Delight » de Sugarhill Gang, groupe à la légitimité contestée, pour que s’ouvrent les portes des maisons de disque. Cette même année ils sortent leur deux premiers singles : «We rap more Mellow» et surtout «Superrapin». Un an plus tard, ils signent eux-même chez Sugarhill Records, et enregistrent «Freedom» (maxi dont ils vendront 50 000 exemplaires) puis en 1981 «The Birthday Party» et «The Adventures of Grandmaster Flash on the wheels of steel».

 Les rappeurs sont excellents, mais les textes d’alors ne revêtent encore aucun caractère social. Russel Simons, co-fondateur du mythique label Def Jam, légitime ainsi l’aspect exclusivement festif des premiers textes de rap : «Grandmaster Flash et les autres n’avaient pas besoin d’agir street ou gangsta, ils l’étaient. Ils recherchaient quelque chose de plus drôle, de plus excitant». Cet aspect festif fait toujours partie du hip-hop. Mais le hip-hop, n’aurait jamais atteint le statut ni la popularité qui sont les siens depuis s’il s’en était tenu à ça. Il n’aurait été que le bref successeur du Disco. Hors le hip-hop ne voulait pas se contenter de faire danser, il voulait aussi dire les choses. Et c’est dans «The Message» , single sorti à l’été 1982 par Grandmaster Flash and The Furious Five, que les choses (drogue, filles perdues,insalubrité etc.) furent «dites » pour la première fois et que le hip-hop acquit ses lettres de noblesses. Commercialement, «The Message» connu à peu près la même carrière que «Rapper’s Delight». Peu après, tous les singles du groupe (sauf «Freedom») furent regroupés pour sortir le 1er abum : The Message. En 1983 ce premier Opus est suivi d’un deuxième, The greatest Message, qui contient enfin «Freedom», ainsi qu’une des toutes premières «Human beat box» enregistrées, et un morceau anti-cocaine, «White Lines». A la suite de ce disque, le groupe se scinde en deux : Grandmaster Flash part signer chez Elektra, et emmène avec lui la plupart des Furious Five, tandis que Melle Mel fonde le groupe Grand Master Melle Mel and The Furious Five et reste chez Sugarhill, pour qui il sortira deux albums en 84 et 85. De son côté Grandmaster Flash enchaîne les sorties d’album : They Say It Couldn’t Be Done en 1985 ,The Source en 1986, Ba-Dop-Boom-Bang en 1987. En 1988 c’est la réunification des deux groupes, d’abord pour un concert au Madison Square Garden, puis pour un ultime album On The Strength. Après la dissolution définitive du groupe, Grandmaster Flash continua ses activités de producteur et de DJ, sortant de nombreux disques sous son nom. Il a mixé dans des événements de portée internationale (le SuperBowl de 1998) et pour des personnalités de haut rang (Tony Blair, la Reine Elizabeth etc.). Il a reçu des centaines de prix et distinctions honorifiques diverses, et une rue de New York porte même son nom ! Son dernier album Date de 2005 : après 30 ans de dévotion à la cause hip-hop, l’homme est toujours aussi passionné. Celui qui éleva le statut de DJ au rang de musicien parcourt toujours la planète pour répandre la bonne parole. Plus que jamais, «Flash est rapide, Flash est cool»*.

(*) : Comme le dit Blondie dans sa chanson «Rapture» de 1980 : «Flash is fast, Flash is cool».

Source : Fiche Deezer

1980 : Freedom

1981 : The Adventures of Grandmaster Flash on the Wheels of Steel

1982 : The Message