The Four Tops

Posted on 23/05/2011

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Au début des Four Tops se nommaient les Four Aims : formés à Detroit par le cousin du chanteur Jackie Wilson (Levi Stubbles dit « Stubbs », baryton, alors que tous les leaders du genre sont ténors), et ses copains de classe Abdul « Duke » Fakir, Renaldo « Obie » Benson et Lawrence Payton, ils signent en 1956 un contrat avec Chess Records et deviennent les Four Tops (afin d’éviter une confusion avec The Ames Brothers).

Ils se sont en fait tous rencontrés à une réception d’anniversaire et leur carrière est insufflée par le compositeur Roquel Davis, cousin de Payton, qui deviendra le confrère de plume de Berry Gordy. Avec constance et dévouement, le quatuor enregistre, sept années durant (et davantage encore de labels), des disques couronnés d’un total insuccès. Tout au plus met-il à loisir le temps qui passe pour peaufiner sa présence scénique, réellement devenir professionnel (comme accompagnateur, par exemple, du chanteur Billy Eckstine), et à parfaire des chorégraphies millimétrées.

En 1963, Berry Gordy les convainc de rallier sa toute nouvelle équipe de la Motown, pour enregistrer… du jazz et être utilisés comme chœurs masculins sur les disques des Supremes. Généreux jusqu’à l’emphase, Berry Gordy leur offre alors une avance de quatre cents dollars…

L’année suivante, les compositeurs maison Holland-Dozier-Holland, ne sachant pas quoi faire de l’une de leurs compositions, la confient au quatuor : « Baby I Need Your Loving » est un hit. Les Four Tops oublient alors le jazz pour passer aux choses sérieuses et tentent, parfois en pure perte, de réitérer le parcours de leur tube initial. « I Can’t Help Myself (Sugar Pie, Honey Bunch) » devient toutefois leur premier n°1 (avril 1965) et le premier d’une longue liste de tubes (« It’s the Same Old Song »– adapté, en fidèle traduction, par Claude François sous le titre « C’est la même chanson » – « Something About You »).

Dès lors, les Four Tops constituent l’avant-garde armée de leur label et son archétype : mélodies sophistiquées, chant bâti sur le principe des questions-réponses, jeux entre chœurs féminins (assurés par les Andantes, choristes souvent subsidiaires des Supremes, lorsque Florence Ballard est trop ivre pour chanter) et masculins. Stubbs, qui n’a jamais enregistré de disque en nom propre, vocalise dans le droit fil de la tradition des prêcheurs de gospel, âpre et fiévreux et sa ferveur est compensée par la suavité des chœurs. Holland-Dozier-Holland prennent également l’habitude de composer pour le baryton qu’est Stubbs dans une tessiture de ténor, ce qui contraint le leader à forcer sa voix et à développer un caractère d’urgence dans son interprétation.

« Reach Out I’ll Be There » (de nouveau adapté en français par Claude François, sous le titre « J’attendrai »), constitue un nouveau sommet dans la carrière du groupe (août 1966) et est suivi du non moins impérial « Standing in The Shadows of Love ». « Bernadette » et les surprenantes adaptations d’artistes blancs, tels Tim Hardin (« If I Were a Carpenter ») ou du groupe pop baroque The Left Banke (« Walk Away, Renee »), permettent aux Four Tops de devenir le premier groupe masculin de la Motown en Grande-Bretagne (ils ne sont, aux Etats-Unis, supplantés que par les Temptations).

Brian Epstein, manager des Beatles, monte alors pour eux une tournée européenne. Mais la fin d’une époque est proche : à l’issue de l’année 1967, Holland-Dozier-Holland, en conflit permanent avec Gordy (naturellement au sujet du montant de leurs dividendes) quittent Motown.

Pour les Four Tops – comme pour l’ensemble de leurs camarades de classe – la nouvelle est catastrophique : malgré la succession de nouveaux compositeurs au chevet du quatuor (Nickolas Ashford et Valerie Simpson ou Norman Whitfield), ce dernier a le plus grand mal à recouvrer le lustre d’antan. Néanmoins, 1970 le voit enregistrer un nouveau tube (« It’s All in The Game ») et d’étonnants albums de soul psychédélique, grâce entre autres à une collaboration ponctuelle du géant Smokey Robinson. Mieux encore : en 1971, c’est avec Renaldo Benson que Marvin Gaye compose l’historique « What’s Going On ».

Pour le reste (à savoir le quotidien), le groupe vit d’expédients, comme ces albums enregistrés en compagnie des Supremes (dont se distingue néanmoins une superbe version du « River Deep Mountain High » d’Ike et Tina Turner. Il fait même appel à des membres des Moody Blues comme choristes, afin de maintenir à un bon niveau leur carrière au Royaume-Uni.

Lorsque Berry Gordy décide en 1972 le déménagement de sa compagnie à Los Angeles, les Four Tops restent fidèles au Michigan, et signent chez ABC-Dunhill. Confié aux bons soins d’une nouvelle équipe de compositeurs maison (Brian Potter et Dennis Lambert), Le quatuor enchaînent de nouveau les succès (« Keeper of the Castle »), jusqu’au tarissement de la source en 1976.

Un nouveau label (Casablanca Records) leur offre un nouveau hit (« When She Was My Girl », en 1981). Le retour dans le giron de la Motown en 1983 n’a pas l’effet escompté, si ce n’est la mise sur pied de lucratives tournées, conjointement avec les Temptations, périples s’étalant parfois sur plus de trois années.

En 1986, Stubbs assure la voix de la plante carnivore dans le film La Petite Boutique des Horreurs.

Un nouveau label (Arista) permettra aux Four Tops d’atteindre une dernière fois les hautes places des hit-parades (« Indestructible », en 1988). La chanson « Loco in Acapulco » n’a alors plus grand-chose à voir avec la soul music.

En 1990, les Four Tops sont honorés par le Rock and Roll Hall Of Fame : le maître de cérémonie d’un soir s’appelle Stevie Wonder.

Le 10 juin 1997, Lawrence Payton décède d’un cancer du foie. Il était âgé de cinquante-neuf ans. Après une brève période en trio (sous l’appellation The Tops), il est remplacé l’année suivante par l’ex-membre des Temptations Theo Peoples. Il s’agit du premier changement dans un quatuor fidèle à son line-up originel depuis plus de quarante années.

En 1999, la faculté diagnostique un cancer chez Levi Stubbs : il est remplacé par Ronnie McNair. L’actualité du groupe se résume alors à quelques concerts, parfois agrémentés de la pathétique intrusion d’un Levi Stubbs en fauteuil roulant. Il décède de la maladie le 17 octobre 2008, après la disparition le 1er juillet 2005, d’Obie Benson, également des suites d’un cancer du poumon. C’est Roquel, propre fils de Lawrence Payton, qui est intronisé comme son successeur.

Trente apparitions dans les charts en huit ans, 35 albums, 200 concerts par an en fin de trajet, plus de quarante années de carrière et une importance égale, face à des ensembles comme les Temptations ou les Supremes, dans le développement d’une musique noire sophistiquée : les Four Tops ont si bien pris leur élan depuis les années soixante, qu’ils nous parviennent aujourd’hui, intacts, mélodieux, immortels.

Source Deezer

1964 : Baby I Need Your Loving

1965 : I Can’t Help Myself (Sugar Pie, Honey Bunch)

1965 : It’s the Same Old Song

1965 : Something About You

1966 : Shake Me, Wake Me (When It’s Over)

1966 : Reach Out I’ll Be There

1966 : Standing in the Shadows of Love

1967 : Bernadette

1967 : 7-Rooms of Gloom

1967 : You Keep Running Away

1967 : If I Were a Carpenter

1967 : Walk Away Renée

1970 : Still Water (Love)

1970 : It’s All In The Game

1970 : River Deep – Mountain High (The Supremes & Four Tops)

1971 : Simple Game

1972 : Keeper of the Castle

1973 : Ain’t No Woman (Like the One I’ve Got)

1973 : Are You Man Enough

1981 : When She Was My Girl

1988 : Loco In Acapulco

Posted in: Rhythm & Soul