Marvin Gaye

Posted on 10/06/2011

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Dès sa jeunesse, Marvin Gaye chante des gospels au sein de l’église paternelle. Il apprécie ces moments de liberté et les fidèles ne restent pas longtemps insensibles à son talent (et à son charme). Il n’est pas rare qu’à la fin du service, les fidèles viennent plutôt voir Marvin Gaye Jr pour lui témoigner leur sympathie et leur admiration. Cela a le don de faire enrager son père et les rapports que Marvin Gaye entretient avec lui deviennent de plus en plus difficiles. A l’inverse, il éprouve pour sa mère un attachement très profond mais qui provoque chez son père une véritable jalousie. Quotidiennement battu par son père, Marvin Gaye s’engage dans l’Air Force en 1956 afin d’échapper à cette violence.

Mais il règne, au sein de l’armée des Etats-Unis, une telle ségrégation qu’au bout d’une année, Marvin Gaye sombre dans une profonde dépression. De retour à Wahington en 1957, il se tourne alors vers la musique et plus particulièrement les groupes de Doo-Wop, très nombreux dans cette ville (The Clovers, The Dreamtones, The Rainbows…). Marvin Gaye avait déjà fait partie d’un groupe de Doo-Wop lorsqu’il était au collège : The DC Tones, et avec un de ses membres et un membre des Raibows, ils forment The Marquees et enregistrent deux singles pour le label Okeh en 1957. C’est à cette époque que le leader des Moonglows, Harvey Fuqua, les remarque et les engage afin de remplacer son groupe dont il s’est séparé peu de temps auparavant. Par l’intermédiaire de cet homme, Marvin Gaye va enregistrer de nouveau et participer à des séances studio pour Chuck Berry ou encore Etta James, dont Harvey Fuqua est le compagnon.

Au début des années 60, le Doo-Wop est sur le déclin et Marvin Gaye décide de suivre Harvey Fuqua à Détroit où ce dernier vient de monter un label qui porte son nom : Harvey. Désormais séparé d’ Etta James, Harvey Fuqua s’affiche avec une jeune fille du nom de Gwen Gordy. Son frère Berry a lui aussi monté son label, Motown, et rencontré le succès avec les Miracles et leur hit Shop Around à la fin 1960. Toujours à la recherche de nouveaux talents, Berry Gordy décide d’engager Marvin Gaye en tant que batteur de studio et de tournée pour les Miracles (le groupe de Smokey Robinson, autre icône de la Motown) et le jeune Stevie Wonder. Mais le rôle de musicien de studio est bien trop réducteur pour un homme qui aspire avant tout à chanter et à devenir le nouveau Nat King Cole (à qui il voue une admiration sans faille). Sa rencontre avec Anna Gordy, autre soeur de Berry Gordy, va précipiter les choses et Marvin Gaye se voit donc proposer d’enregistrer un disque. Ce premier album intitulé The Soulful Moods of Marvin Gaye lorgne plutôt vers le jazz crooner que vers le Rhythm & Blues. Très influencé par Nat King Cole ou Frank Sinatra, il se vendra très peu mais la carrière de Marvin Gaye en tant qu’interprète est désormais lancée. Tout comme Sam Cooke auparavant, Marvin Gaye en profite pour ajouter un « e » à son patronyme, espérant mettre fin aux allusions d’homosexualité que lui conféraient son nom.

Un an plus tard, en 1962, les singles « Stubborn Kinda Fellow », puis « Pride and Joy » lui permettent de goûter au succès commercial, confirmé ensuite par la sortie de plusieurs albums live. Il épouse Anna Gordy l’année suivante et adoptent un enfant qu’ils prénomment Marvin III en 1965.

Marvin Gaye va ensuite enchaîner une série d’albums de duo avec différentes partenaires telles que Mary Wells, Kim Weston et surtout Tammi Terrell avec qui il va enregistrer plusieurs albums. Motown est consciente du potentiel sentimental de son poulain et la plupart de ces disques se révèleront de véritables succès commerciaux. Ils vont permettre à Marvin Gaye d’asseoir un statut de sex-symbol auprès du grand public. Mais le bonheur n’est pas fait pour Marvin Gaye qui dès 1967 tente de mettre fin à ses jours, accablé par des problèmes récurrents avec sa femme et surtout très affecté par les premiers signes de la maladie qui emportera Tammi Terrell trois ans plus tard. Cette dépression marque un véritable tournant dans sa carrière. Lorsqu’il sort I Heard It Through The Grapevine en 1968, qui le propulse en tête des classements Pop et R&B, son malaise lui donne un nouvel élan artistique. Il abordera dorénavant le thème de l’amour d’une manière plus désenchantée.

C’est aussi à cette époque qu’il décide de ne plus se produire sur scène. Il se plonge dans la cocaïne dont il devient vite très dépendant. Ses relations avec Anna Gordy sont au plus mal et le fisc en profite pour venir mettre le nez dans ses affaires. Et pourtant, l’œuvre d’une vie va bientôt sortir de cette âme (soul) meurtrie.

Alors que Berry Gordy, patron de la Motown, décide de transférer ses bureaux en Californie, Marvin Gaye en profite pour écrire et produire intégralement son nouvel album intitulé What’s Going On. Sorti en 1971, cet opus est une véritable révolution, non seulement par les thèmes abordés dans les différentes chansons (guerre du Vietnam, violences urbaines, écologie) mais aussi par la manière dont Marvin Gaye va enregistrer les lignes vocales. De cet album sera extrait nombre de singles dont la plupart resteront en haut des charts plusieurs semaines de rang : « What’s Going On », « Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) », « Mercy Mercy Me (The Ecology)… ». C’est aussi à cette époque que les problèmes relationnels avec Berry Gordy vont s’intensifier, ce dernier refusant tout bonnement de sortir le disque, le jugeant sans intérêt. Lorsqu’il acceptera finalement de le presser, il en profitera pour demander un nouveau mixage (sans l’accord de Marvin Gaye), plus policé, moins « black », plus en adéquation avec les productions « 60’s » de la Motown. Le fossé qui s’est creusé entre les deux hommes ne se refermera jamais.

Mais son plus grand succès commercial était à venir. En 1973, Marvin Gaye sort Let’s Get It On, album tout aussi remarquable mais qui, contrairement à son autre œuvre maîtresse, traite plus souvent de sexualité que de problèmes idéologiques. Il le compose alors qu’il vient tout juste de rencontrer sa nouvelle et très jeune compagne de seize ans, Janis Hunter. L’album restera plusieurs semaines en tête des charts Pop et R&B et demeure à ce jour l’album le plus vendu de sa carrière.

Il se décide à retourner sur scène pendant l’été 1974 et Motown en profite pour sortir un live sobrement intitulé Marvin Gaye Live!. L’album se vend tout aussi bien que ses précédents. C’est aussi pendant cette période que Janis Hunter accouchera d’une petite fille, puis d’un garçon l’année suivante. Anna Gordy de son côté demande le divorce. Une procédure qui s’étalera sur deux longues années très éprouvantes pour Marvin Gaye dont la forte consommation de cocaïne ne fait qu’aggraver les relations qu’il entretient avec sa nouvelle compagne.

L’album suivant intitulé I Want You, sorti en 1976 lui est entièrement dédicacé. Il essuiera les critiques de la presse spécialisée mais n’en demeurera pas moins un très gros succès commercial, tout comme l’album live qui suivra un an plus tard, dont est issu son dernier numéro un Pop et R&B : « Got to Give It Up (Part 1) ». En dépit de ce nouveau succès et de son récent mariage avec Janis Hunter, Marvin Gaye reste englué dans la dépression. Il n’a jamais vraiment accepté le divorce d’avec Anna Gordy et l’album intitulé Here, My Dear, qui sort en 1978, lui est implicitement dédicacé.

Après deux années terriblement difficiles sur le plan affectif (demande de divorce de Janis Hunter) et financier (fisc), Marvin Gaye décide de s’exiler en Angleterre. Il en profite pour quitter Motown qui vient de sortir In Our Lifetime (1981) sans sa permission. Déprimé et drogué à outrance, Marvin Gaye s’effondre lentement.

Ce n’est qu’en 1982 que le vent tourne à nouveau. Motown accepte de vendre le contrat de Marvin Gaye à CBS et l’album Midnight Love sort à la fin de l’année. Grâce au morceau intitulé « Sexual Healing », Marvin Gaye retrouve le sommet des charts Soul. L’album se vend bien et il en profite donc pour retourner dans son pays natal. Il obtient même deux Grammy Awards pour ce dernier album. Mais l’homme reste enfermé dans une dépression profonde et une extrême dépendance à la cocaïne. Sa paranoïa est à son apogée à la fin de sa tournée promotionnel fin 1983.

Marvin Gaye décide de retourner vivre auprès de sa mère à Los Angeles. C’est là qu’une dispute avec son père va tourner au drame. Après l’avoir frappé, ce dernier se saisit d’un fusil (offert par Marvin Gaye lui même) et lui tire dessus à deux reprises. Il meurt sur le coup. L’annonce de son décès est vécue comme un traumatisme par la communauté afro-américaine. De vibrants hommages et autres albums posthumes vont se succéder des années durant (tel l’inespéré Vulnerable sorti en 1997, totalement inédit). Artiste torturé, chanteur au phrasé remarquable, aspirant à la paix et à l’amour, Marvin Gaye reste une source intarissable d’influence pour tous ceux qui restent connecté avec le coeur.

Source Deezer

1963 : Pride and Joy

1964 : How Sweet It Is (To Be Loved By You)

1965 : Ain’t That Peculiar

1967 : Your Precious Love (w/ Tammi Terrell)

1967 : If I Could Build My Whole World Around You (w/ Tammi Terrell)

1968 : Ain’t Nothing Like the Real Thing (w/ Tammi Terrell)

1968 : You’re All I Need to Get By (w/ Tammi Terrell)

1968 : I Heard It Through the Grapevine

1969 : Too Busy Thinking About My Baby

1969 : The Onion Song (w/ Tammi Terrell)

1969 : That’s The Way Love Is

1970 : Abraham, Martin & John

1971 : What’s Going On

1971 : Mercy Mercy Me (The Ecology)

1971 : Inner City Blues (Make Me Wanna Holler)

1972 : Trouble Man

1973 : Let’s Get It On

1974 : You Are Everything (w/ Diana Ross)

1977 : Got to Give It Up

1982 : Sexual Healing

1985 : Sanctified Lady

Posted in: Rhythm & Soul