Blondie

Posted on 08/08/2011

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New York, janvier 1977 : si la photo est bonne, on voit une fille à la blondeur impossible et aux jupes courtes, encadrée de garçons au sérieux frisant le comique. Si la musique est bonne, on entend les meilleures chansons pop d’une décennie, nerveuses, et mélodiques. Si l’analyse est bonne, on s’aperçoit qu’il s’agit du seul groupe à avoir transcendé les fondamentaux de la scène punk, pour fredonner leurs refrains ironiques à la face du monde. Blondie adoptait l’attitude la plus sexy au monde, portait les vêtements les plus branchés au monde, et produisait la musique la plus excitante au monde. Et, il fut, quelques trimestres durant, le meilleur groupe au monde. Trente-cinq ans et neuf albums plus tard, Blondie survit à sa légende avec Panic of Girls.

« La maison de disques m’a envoyé un poster où Debbie posait nue, vêtue d’une simple blouse transparente. Elle avait l’air triste. » Lester Bangs

Elle vient de Miami, est blonde, a vingt-neuf ans, aime le folk (un groupe au nom improbable, Wind In The Willows, circa 1968), et a été Bunny dans un club Playboy, et serveuse au Max’s Kansas City, club new-yorkais mythique, sauf lorsqu’on y sert la bière. Et elle chante dans les Stilletos. Il est natif de Brooklyn, a vingt-cinq ans, est étudiant en art, et sèche les cours pour améliorer son jeu de guitare. Et il joue dans les Stilettos. Lorsque Deborah Harry et Chris Stein se rencontrent, au mois d’août 1974, c’est la romance qui bat la mesure, comme pour n’importe qui. Ils croisent l’année suivante le clavier Jimmy Destri, le bassiste Gary Valentine, et le batteur Clement « Clem » Burke. L’aventure, mêlant pop, punk, disco, et rap, peut commencer. Dès sa genèse, le groupe baigne dans l’atmosphère artistique si particulière de la ville, côtoyant foultitude de personnalités, à l’instar des Talking Heads, d’Andy Warhol, des Ramones ou de Keith Haring (on croisera certaines de ces stars dans leurs clips, comme le peintre Jean-Michel Basquiat).

Le rodage du groupe s’effectue dans le traditionnel circuit des clubs new-yorkais (Mothers, CBGB’s, Max’s Kansas,…), et convainc de ce fait le label Private Stock Records (plutôt spécialisé dans le disco) de les laisser enregistrer en décembre 1976 leur premier album éponyme. Appuyé par une tournée promotionnelle en compagnie de Bowie et Iggy Pop (en pleine période « China Girl »), le disque est un succès. Gary Valentine les quitte alors au mois de juillet 1977 pour rejoindre Moon Martin. Il est remplacé par Frank Infante. Au mois d’août de la même année, Chrysalis rachète le contrat du groupe, réédite leur premier effort, et c’est durant l’été que sort leur deuxième album Plastic Letters, suivi d’une tournée européenne et japonaise. Au mois de mars de l’année suivante, le single « Denis » (une reprise de Randy and the Rainbows) atteint la deuxième place des charts britanniques.

Blondie recrute un nouveau bassiste (le Britannique Nigel Harrison), et Infante s’empare alors goulûment de la guitare. Mais le groupe est déjà sur le chantier de son troisième disque Parallel Lines, épaulé par le producteur Mike Chapman. C’est un triomphe : emporté par quatre singles (en fait, quatre hits), l’album se vend à des millions d’exemplaires. Au mois de septembre 1979, leur quatrième production Eat to the Beat s’accompagne d’une première mondiale, avec l’édition simultanée de son équivalent vidéo. Le disque (qui offre trois nouveaux hits) sera certifié platine, alors que la chanson « Call Me », produite par Georgio Moroder, et utilisée par le metteur en scène Paul Schrader pour son film American Gigolo, est un nouveau tube. Le cinquième album du groupe, Autoamerican (1980), produit de nouveaux succès, est certifié platine, et n’est pas éclipsé par Koo Koo, premier album solo (certes, disque d’or) de Deborah Harry, produit par les deux magiciens de Chic, Bernard Edwards et Nile Rodgers, et illustré par une peinture piquante du créateur au cinéma de la créature d’Alien. Les tensions commencent à se faire jour au sein du groupe. Infante, en particulier, se plaint de faire tapisserie durant les sessions d’enregistrement, et d’être utilisé dans une proportion particulièrement ténue. Le label capitalise alors les triomphes successifs du groupe en éditant un Best of Blondie.

En 1982, sortie de route à l’occasion de l’édition d’un nouvel album, The Hunter, qui, par ailleurs, est un échec commercial. On diagnostique en effet chez Chris Stein une affection génétique rare de la peau (le pemphigus), qui impose à Blondie un congé de longue durée. Chacun suit sa route : Deborah Harry fréquente les studios de cinéma (qui a oublié l’écran de télévision aux lèvres purpurines du Videodrome de David Cronenberg ?, et qui n’est pas resté dubitatif face à sa prestation dans le Hairspray de John Waters ?), et enregistre quelques albums solo, Clem Burke part en tournée avec divers artistes, ou participe à des sessions avec des chanteurs majeurs (Joan Jett, Bob Dylan, Pete Townshend, Iggy Pop), Jimmy Destri enregistre également un album en nom propre, avant de prendre ses distances avec la musique, et Chris Stein fonde un label éphémère (Animal Records), puis se concentre sur la production (Iggy Pop, Gun Club). Enfin, ce dernier et Debbie se séparent. En 1997, le groupe Erasure visite les tubes « Rapture » et « Heart of Glass », alors que la version d’ « Atomic » enregistrée par Sleeper est utilisée pour le compte du film Trainspotting. Mais, pour la majorité des fans, Blondie est désormais une histoire morte et enterrée.

C’est donc en toute stupéfaction que la planète accueille en 1997 une tournée européenne de Blondie, premières réapparitions du groupe sur scène après seize années d’abstinence. Et c’est en 1998 que sort le septième album des Américains, un No Exit produit par le légendaire Craig Leon. Il s’agit en fait d’un retour aux sources, Leon ayant assuré la fonction d’assistant producteur pour Richard Gottehrer à l’occasion de leur premier album (il avait également produit leur tout premier 45 tours « X Offender »). Le groupe est composé du line-up original (Harry, Stein, Burke et Destri), et le disque offre le sentiment troublant que le temps s’est arrêté, permettant de retrouver intacts l’inspiration du groupe, les mélodies accrocheuses, et la voix diaphane. Dopé par le single « Maria » (numéro un dans quatorze pays), le disque se vend à plus de deux millions d’exemplaires, et s’accompagne de deux tournées promotionnelles, britannique et européenne, et américaine. L’année suivante, Blondie accueille deux nouveaux membres : le bassiste Leigh Foxx, et le guitariste Paul Carbonara. Précédé de différents albums en public, The Curse of Blondie, huitième épisode en studio de la saga, paraît en 2003. En 2004, Blondie, qui a toujours été particulièrement vigilant par rapport à son image, édite un DVD de prestations en public, Live by Request. Blondie a été admis en 2006 au Rock and Roll Hall of Fame : une façon exemplaire de fêter le trentième anniversaire du groupe…ainsi que de promouvoir Greatest Hits : Sound and Vision, nouvelle compilation de leurs clips et autres vidéos. En 2008, la réédition de l’album Parallel Lines s’est vendue à vingt millions d’exemplaires dans le monde. En plein été 2011, plus blonde que jamais, Debbie Harry revient hanter les mémoires avec Panic of Girls, album de rock adolescent auquel participent les deux survivants du groupe originel, Chris Stein et Clem Burke. Ce neuvième opus comprend notamment deux titres en espagnol et un en français (« Le Bleu », dédié à Serge Gainsbourg et Jacques Brel). Soixante millions de disques vendus, un incontestable caractère de pionnier dans le développement de la scène punk et new wave américaine, une capacité à capter l’air du temps, et à le retranscrire dans des chansons immédiates de trois minutes : Blondie ne se résume définitivement pas au groupe d’une blonde, avec des garçons derrière. Mais l’instantanéité de son art le condamnait, aussi sûrement qu’un parfum finit par s’évaporer dans l’air ambiant. Après deux albums vibratiles, et un disque extraordinairement futé, Blondie s’est donc évaporé. Restent les refrains, et la nostalgie d’une adolescence enfuie.

Source Music Story

1976 : In the Flesh

1978 : Denis

1978 : (I’m Always Touched by Your) Presence, Dear

1978 : Picture This

1978 : Hanging on the Telephone

1979 : Heart of Glass

1979 : Sunday Girl

1979 : Dreaming

1980 : Call Me

1980 : Atomic

1980 : The Tide Is High

1981 : Rapture

1982 : Island of Lost Souls

1999 : Maria

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