Pet Shop Boys

Posted on 21/08/2011

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Rarement l’image grand public d’un groupe n’aura été aussi trompeuse. Alors qu’ils ne sont pas loin de New Order dans le panthéon des formations de pop électroniques apparues à l’orée des années 1980, les Pet Shop Boys restent pour beaucoup un duo lisse qui a enchaîné les tubes sans consistance, et sans conséquences. Il faut dire que Neil Tennant et Chris Lowe auront bien contribué à brouiller les pistes avec leur perpétuel grand écart. Voilà un groupe capable de produire une musique à la fois festive et mélancolique, dansante et intimiste, superficielle et bouleversante. Le même qui est l’auteur du fragile « Being Boring » (1990) et du lourdaud « New York City Boy » (1999). Cette dualité, inhérente aux Pet Shop Boys, se niche d’ailleurs souvent à l’intérieur de leurs chansons. Derrière une mélodie à l’apparence naïve se cachent des paroles subtiles et décapantes, bien en prise avec la réalité. « Nous sommes les Smiths de la musique de danse » déclarait même Neil Tennant en 1987. La comparaison avec les Mancuniens, qui appelaient à « pendre le DJ », pourrait prêter à sourire. A y regarder de plus près, elle n’a toutefois rien de sacrilège. Smiths et Pet Shop Boys ont en commun des textes à l’ironie mordante, un regard acéré sur les années Thatcher, une mélancolie insidieuse et un penchant pour le mélodrame intime. Comme Morrissey avec Sandie Shaw, Neil Tennant s’est même permis le luxe de relancer la carrière de son idole de jeunesse en la personne de la divine Dusty Springfield.

Mais reprenons au début. Pour former un duo, il faut d’abord une rencontre et un nom. Pour les Pet Shop Boys, la première a lieu le 19 août 1981 dans un magasin de matériel hi-fi de Kings Road, à Londres. Neil Tennant et Chris Lowe réalisent qu’ils sont tous les deux des passionnés de musique de danse. Quant à l’appellation, elle leur vient d’un ami qui travaille dans une animalerie. « On trouvait que ça sonnait comme un groupe de rap » expliqueront-ils.

Tennant est alors chargé d’angliciser des textes américains chez l’éditeur de bandes dessinées Marvel. Il a grandi près de Newcastle, dans le culte de la musique pop. Lowe est lui étudiant en architecture. Ses premières années ont eu pour cadre Blackpool, station balnéaire aux multiples casinos qui a vu ses débuts de pianiste dans un groupe de bal. Entre les deux, la répartition des tâches se fait naturellement. Tennant, qui deviendra le porte-parole médiatique, chante et écrit les textes. Lowe le discret, qu’on verra souvent caché derrière des lunettes de soleil ou sous une casquette, s’occupe des claviers. La carrière du duo démarre vraiment en août 1983. Le chanteur, qui est devenu collaborateur du magazine musical Smash Hits, se rend à New York pour interviewer The Police. Lors d’un déjeuner, il y rencontre Bobby « O » Orlando, célèbre producteur de disco, qui accepte de s’occuper du groupe. Une première version de « West End Girls » sort en avril 1984. Le titre se vend bien en France et en Belgique, mais passe totalement inaperçu en Grande-Bretagne.

Tennant et Lowe ne se découragent pas. En 1985 est publié le grinçant et ironique « Opportunities (Let’s make lots of money ) », et surtout une nouvelle version de « West End Girls », produite par Stephen Hague. Mélange de rap typiquement anglais et de chant aérien, sur fond de ligne de basse au synthétiseur, le single se classe numéro 1 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. C’est le premier d’une longue série de 45 tours à succès. « It’s a Sin » et ses éclairs de synthétiseurs occupent ainsi la tête des charts anglais durant trois semaines, donnant l’occasion à Tennant de régler ses comptes avec son éducation catholique. Autre titre remarquable, « Rent » propose une mélodie innocente, mais des paroles bien plus perverses et subtiles sur l’amour rémunéré (« I love you, you pay my rent »).

Durant cette période faste, les Pet Shop Boys enregistrent également une reprise luxuriante d’« Always On My Mind », à l’occasion d’une émission TV pour le dixième anniversaire du décès d’Elvis Presley, et un duo (« What have I done to deserve this ? ») avec la chanteuse préférée de Tennant, Dusty Springfield. Les trois albums du groupe, Please (1986), Actually (1987) et Introspective (1988), sont alors plus des compilations de 45 tours que des œuvres à part entière.

En 1989, pour sa première tournée, le duo voit les choses en grand : un ambitieux spectacle théâtral est mis en scène par le vidéaste Derek Jarman à grand renfort de costumes extravagants, vidéos et danseurs. Il produit également la même année un disque de Liza Minnelli. Enfin, Tennant participe un temps au « supergroupe » Electronic, en compagnie de l’ex-Smiths Johnny Marr et du chanteur de New Order, Bernard Summer.

Les « eighties » ont été la décennie des simples, les années 1990 seront celle des albums. Sur Behavior  1990), incontestable chef d’œuvre du groupe, les rythmes ralentissent, les beats s’adoucissent et les textes deviennent plus personnels. La collaboration de Johnny Marr à la guitare sur deux chansons n’est certainement pas anodine. Les Pet Shop Boys, sans déserter les pistes danses, s’invitent désormais aussi dans les salons et les chambres.

Après un single œcuménique, précurseur des actuels bootlegs, mélangeant « Where The Streets Have No Name » de U2 et « Can’t Take My Eyes Off You » de Frankie Valli, le groupe sort en 1993 Very. L’album, une nouvelle réussite, est nettement plus dansant que Behavior, mais contient sa part d’obscurité. Même le hit « Go West », reprise d’une chanson des Village People qui évoque une terre promise gay, est teinté de désillusions, épidémie du Sida oblige.

Plus joyeux, Bilingual (1996) incorpore des rythmiques sud-américaines et est marqué par le coming out officiel de Tennant sur la chanson « Metamorphosis ». Ses successeurs, Nightlife (1999) et Relase (2002) déçoivent, même si quelques chansons sortent toujours du lot et continuent de surprendre. Dans « The Night I Fell in Love », le narrateur raconte ainsi une nuit passée avec un chanteur de rap qui ressemble beaucoup à Eminem.

Parallèlement aux albums, le groupe consacre également une partie de son temps à remixer d’autres artistes (Blur, Bowie, Yoko Ono, Rammstein…). En 2001, il monte une comédie musicale, Closer to Heaven, l’histoire d’un père gay et de sa fille. Un titre, « In Denial » se trouvait déjà dans Nightlife, sous forme d’un duo entre Tennant et Kylie Minogue.

En 2004, prouvant encore une fois qu’ils n’ont peur de rien, et certainement pas du ridicule, les Pet Shop Boys composent une BO pour le Cuirassé Potemkine dans la veine du Giorgio Moroder de Midnight Express. En la présentant, avec le film d’Eisenstein, à Trafalgar Square devant 25 000 personnes, ils transforment la place londonienne en plus grande salle d’art et d’essai au monde.

Enfin, Fundamental (2006), produit par le Trevor Horn, est salué à juste titre par les critiques comme leur meilleur album depuis longtemps. Les Pet Shop Boys sont en forme, avec des chansons taillées pour le dance-floor (la bombinette « Minimal » notamment, qui n’a rien à envier aux Tiga et autres Fisherspooner), et des ballades romantiques dont ils sont friands (« I made my excuses and left », « Indefinite leave to remain »). Dans « Casanova in Hell », Neil Tennant évoque avec empathie un Casanova vieillissant confronté à des problèmes d’érection. Pourtant, pour le duo, l’heure n’est toujours pas à la débandade. Il continue, après plus de vingt ans de carrière, de séduire en donnant de la profondeur et des sentiments à la musique pop électronique sans jamais remettre en cause sa raison première : l’hédonisme.

Source Music Story

1984 : West End Girls

1985 : Opportunities (let’s make lots of money)

1986 : Suburbia

1987 : It’s a sin

1987 : What have I done to deserve this ? (feat. Dusty Springfield)

1987 : Always on my mind

1988 : Heart

1988 : Left to my own devices

1989 : It’s alright

1990 : So Hard

1991 : Where the streets have no name (I can’t take my eyes off you)

1993 : Go West

1994 : Absolutely Fabulous

1996 : Before

1996 : Se a vida é (That’s the way life is)

1997 : A red letter day

1997 : Somewhere