Jerry Lee Lewis

Posted on 04/09/2011

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Un chanteur, pianiste, auteur, et compositeur de rock que l’on surnomme « The Killer » ne peut foncièrement être mauvais : Jerry Lee Lewis appartient à cette caste très restreinte des pionniers du rock (et l’un de ses derniers représentants encore de ce monde) qui a mis le feu à la planète dès la fin des années cinquante, proclamant par sa longue mèche blonde, et ses interprétations habitées, une sexualité débordante. Plusieurs de ses chansons sont des classiques (« Great Balls Of Fire », « Whole Lotta Shakin’ Going On », « High School Confidential »). Virtuose, il n’en conserve pas moins une approche destructrice (au sens premier du terme) des claviers qui passent à sa portée. Grand amoureux, ce digne représentant du Sud (des États-Unis) a toujours professé un net penchant pour les (très) jeunes filles, ce qui l’a, à plusieurs reprises, conduit dans les prétoires. Une deuxième partie de carrière plutôt tournée vers la country music n’efface pas cet axiome : Jerry Lee Lewis, ou les dix doigts du Diable, et du Bon Dieu. A soixante-dix ans bien entamés, l’éternel mauvais garçon donne encore du gosier dans les albums Last Man Standing en 2006 et Mean Old Man en 2010.

« La prochaine sensation ? C’est moi ! » Jerry Lee Lewis

« Vous pouvez vous écraser votre guitare dans le cul ! » Jerry Lee Lewis, à un producteur de Nashville

« La danse, c’est le Diable. Jouer dans des bars, c’est un péché. Boire et aller avec des femmes conduit tout droit en enfer. » Elmo Lewis

Lorsque Marnie donne, le 29 septembre 1935, naissance à Jerry Lee, Elmo Lewis est ravi. Pourtant, le drame ne tarde pas, et le petit Jerry n’est âgé que de trois ans, lorsque son frère aîné, Elmo Jr., est écrasé par un conducteur ivre. Bien sûr, cette famille très pieuse de Ferriday, comté de Concorda Parrish (Louisiane) est pauvre, mais on n’a jamais manqué de rien à la maison, ni du nécessaire, ni du superflu. Ainsi, on peut même se payer le luxe d’un piano de troisième main, déniché dans une boutique de campagne.

Mais la fierté de Marnie et Elmo, c’est que durant les leçons que partage Jerry Lee avec ses cousins Mickey Gilley (qui copie tous ses plans, et s’en servira plus tard dans sa carrière de clone) et Jimmy Lee Swaggart (déjà bien branché par les bondieuseries, et le gospel, et qui deviendra prêcheur évangéliste à la télévision), ils les enfoncent tous sur le clavier ! Car Jerry Lee a découvert le boogie woogie comme on lit la Bible, s’est glissé dans le bar tenu par son oncle, et réservé aux noirs, ne rate jamais une messe le dimanche, adore les légendes de cowboys, et a su tout mélanger dans sa tête, puis ses doigts. Dans ses veines coulent, en rythme frénétique et saccadé, les torrents du boogie woogie, du blues, de la country et du gospel, au-dessus de sa tête planent tous les anges du Mississippi, de la Louisiane et du Texas : Jerry Lee Lewis est âgé de vingt et un ans, et est prêt pour le monde. Le monde le lui rend bien, qui l’expulse d’un collège religieux où il tente de chanter des cantiques, habité par le démon du rythme, met un terme à une piètre carrière de vendeur de machines à coudre, lui impose deux mariages (il épouse en 1952 Dorothy Barton, la fille de son pasteur, mais l’abandonne car il préfère jouer du piano, et, en deuxièmes noces, Jane Mitchum, simplement vingt-trois jours après son divorce), l’incarcère pour quelques grivèleries, et le fait refuser par la totalité des compagnies discographiques de Nashville.

Mais lorsqu’il frappe – en 1956 – à la porte du studio Sun de Sam Phillips (après avoir financé le voyage en vendant trente-trois douzaines d’oeufs), Lewis est mû par une intime conviction : il est le meilleur. Il prend l’habitude de pratiquement dormir dans le studio, ce qui lui offre l’occasion de jouer pour Carl Perkins, ou de croiser Elvis Presley en visite. Ou de poser sur un légendaire cliché, où les trois sont rejoints par Johnny Cash, pour un Million Dollar Quartet (plus grande jam session de l’histoire du rock and roll), qui ravira les tabloïds, sinon les électrophones. Son premier 45 tours « Crazy Arms » se vend assez pour qu’on en enregistre un deuxième.

Mais le deuxième (sous l’appellation Jerry Lee Lewis And His Pumping Piano) s’intitule «Whole Lotta Shakin’ Goin’ On » : ce premier numéro un transforme Lewis en nouvelle attraction ultime du rock. Désormais, Jerry Lee détrône Presley, apparaît à la télévision, gagne un surnom, The Killer, et met le feu à son piano en concert (empêchant de la sorte que Chuck Berry prenne sa suite sur scène). La suite est apocalyptique pour la concurrence : le chanteur enchaîne les hits : « Great Balls Of Fire », « Breathless », et on peut même l’entrapercevoir dans les salles obscures (Jamboree).

Malheureusement, Lewis est rattrapé par sa libido : non content d’épouser en 1958 sa cousine (un enfant voit le jour un mois après la cérémonie), simplement âgée de treize ans (Myra Gale Brown est, de plus, la fille de son contrebassiste), il l’emporte dans ses bagages lors d’une tournée britannique. La presse se déchaîne, la série de concerts doit être interrompue, et lorsque le rocker retrouve son pays, c’est pour constater que sa cote est au plus bas. Alors, Lewis se retrousse les manches, et repart, dès 1963 (« Corinne, Corinna », « I’m On Fire »), à la conquête de son public, inclinant par la suite sa carrière vers les rives plus sereines de la country music (« Another Time, Another Place » : « Les bénéfices du rock and roll ne m’ont permis que d’enregistrer de la country, la musique que j’aime »). Il grave toutefois en 1964, et en compagnie des Nashville Teens, l’album Live at the Star Club, Hambourg, considéré comme l’un des plus grands albums de rock en public de tous les temps.

Mais si sa vie c’est toujours du rock and roll, c’est aussi et trop souvent n’importe quoi : disparition de ses parents et de son fils cadet (en 1962, Steve Allen se noie dans une piscine), et de son aîné (en 1973, Jerry Lee Lewis Jr. se tue dans un accident automobile), divorces (Myra est partie en 1970, elle sera suivie de beaucoup d’autres, et deux de ses épouses disparaîtront tragiquement), alcool et amphétamines (il manque de mourir en 1981 d’une perforation de l’estomac), services fiscaux sourcilleux (il est officiellement déclaré en banqueroute en 1988), l’accablent progressivement. En 1982, Hellfire de Nick Tosches, fait référence sur le personnage, et est accessoirement l’un des plus beaux livres écrits sur un chanteur de rock.

Le chanteur a été honoré en 1986 par le Rock And Roll Hall Of Fame. En 1989, le film biographique Great Balls of Fire (de Jim McBride, et où Dennis Quaid incarne un assez convaincant Jerry Lee) redore son blason, et rappelle, conjointement à rééditions, hommages, et documentaires, à l’humanité entière qu’il n’y a qu’un seul et unique Jerry Lee Lewis. En 1993, il devient tenancier d’un night-club, le Jerry Lee Lewis Spot, à Memphis. En 1994, il ouvre sa demeure aux visiteurs pour régler ses arriérés d’impôts. En 1996, l’université de Memphis lui confère une chaire de rock and roll. En 1997 et 1998, le Killer assure une tournée européenne aux côtés de Chuck Berry et Little Richard. En 1999, c’est une comédie musicale (Great Balls Of Fire, de nouveau) qui tient plus d’une année l’affiche d’un théâtre londonien. En 2006, l’album Last Man Standing, rassemblant une noria de stars, connaît un grand succès, tant commercial (un millions d’exemplaires) que critique. En 2008, le chanteur a donné de nouveaux concerts en Grande-Bretagne, cinquante ans après avoir été chassé du pays par le scandale. De retour en 2010 à l’âge de soixante quinze ans, l’éternel mauvais garçon du rock soigne sa légende sur Mean Old Man, produit par Steve Bing et Jim Keltner. L’opus accueille pas moins les stars du calibre de Solomon Burke (pour un dernier « Railroad to Heaven »), Mick Jagger (« Dead Flowers »), Keith Richards (« Sweet Virginia »), Ron Wood, John Fogerty, Eric Clapton, Sheryl Crow, Ringo Starr, Willie Nelson, Merle Haggard et quelques autres. On considère que Jerry Lee Lewis a vendu plus de vingt-cinq millions de disques, et accumulé quatorze numéros un, plus neuf disques d’or.

Source Music Story

1957 : Whole Lotta Shakin’ Goin’ On

1957 : Great Balls of Fire

1957 : You Win Again

1958 : Breathless

1958 : High School Confidential

1958 : Fools Like Me

1961 : What’d I Say

1968 : To Make Love Sweeter For You

1969 : One Has My Name (The Other Has My Heart)

1969 : She Even Woke Me Up to Say Goodbye

1970 : Chantilly Lace