Gene Vincent

Posted on 06/09/2011

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Gene Vincent est l’un des pionniers du rock’n’roll. Avec un seul authentique succès (« Be Bop a Lula »), il reste l’exemple presque unique du mauvais garçon tout à la fois sensuel, souffreteux, mais généreux. Pas tout à fait rescapé du tragique accident qui coûta la vie à Eddie Cochran en 1960, il offre deux des plus brillants guitaristes du genre, Cliff Gallup et Johnny Meeks. Avec lui, le rock’n’roll est authentifié comme une musique de tous les dangers.

Vincent Eugene Craddock est né le 11 février 1935 à Munden Point (Virginie). Ses parents Ezekiah Jackson (volontaire dans les garde-côtes) et Mary Louise tiennent une modeste épicerie. C’est un ami qui initie le jeune garçon à la musique en lui offrant une guitare.

Il s’essaie au gospel et au blues, et écoute de la country à la radio. En 1952, il s’engage dans l’armée : Craddock est considéré comme un bon marin à bord, et un faiseur d’embrouilles à terre. Stationné trois années plus tard en Corée, à bord d’un destroyer, et alors qu’il se pavane en permission au guidon d’une toute nouvelle Triumph, c’est à Norfolk qu’il est percuté par une Chrysler. Craddock est gravement blessé à la jambe gauche. Un temps envisagée, l’amputation est refusée à corps et à cris par le jeune homme, qui s’engage alors dans un interminable parcours au sein de diverses unités hospitalières. Après de multiples opérations, il est contraint de consolider son membre par une armature d’acier, qu’il conservera toute sa vie. La claudication sera permanente. En septembre 1955, il découvre Elvis Presley lors d’un concert organisé par la radio locale.

Au début de l’année suivante, il commence à se produire avec le groupe The Virginians dans un programme à dominante country (avec une première mouture de « Be Bop a Lula »). Cette chanson inspirée par une héroïne de bandes dessinées (Little Lulu) aurait été composée à l’hôpital, par Eugene et un voisin de lit, et ce dernier aurait cédé ses droits à un animateur de radio – Sheriff Tex Davis – pour une somme symbolique. Le chanteur rassemble le contrebassiste Jumpin’ Jack Neal, le guitariste rythmique Willie Wee Williams, le batteur Dickie Be-Bop Harrell, et le soliste Cliff Galloping Gallup. Agé de vingt-six ans, Gallup est déjà un instrumentiste émérite, qui rédigera sa Gretsch Black Duo Jet les fondamentaux dont s’inspireront plusieurs générations de guitaristes de rock. Le 11 février 1956, Vincent épouse Ruth Ann Hand.

Au printemps 1956, le label Capitol auditionne Gene Vincent et son groupe qui enregistrent le 9 avril une première démo incluant « Be Bop a Lula » et « Race with the Devil ». Ils se voient offrir une séance d’enregistrement à Nashville. Le 4 mai 1956, Gene Vincent & the Blue Caps (en référence aux marins engagés dans l’US Navy) entrent dans l’histoire de la musique syncopée. En un peu moins d’un mois, « Be Bop a Lula » se vend à plusieurs centaines de milliers de copies. Le deuxième 45 tours, « Race with the Devil » affiche des ventes plus modestes. Le groupe enregistre alors un premier album complété grâce à des standards ; « Bluejean Bop » est un nouveau disque d’or.

Les conditions de tournées finissent par lasser Williams et Gallup, remplacé par Russell Wilaford (présent dans le film The Girl Can’t Help It – La Blonde et moi). En juin 1956, Ruth Ann entame une procédure de divorce. En octobre, les Blue Caps synthétisent merveilleusement la rébellion adolescente dans leur deuxième album éponyme, grâce à des déferlantes comme « Cat Man » ou « Double Talkin’ Baby ». Vincent est alors engagé par le Sand Hotel de Las Vegas. Malheureusement, la jambe du chanteur le fait constamment souffrir. Il finit par se fracturer de nouveau la jambe en plein show. Le repos s’avère nécessaire, et c’est l’instant que choisissent Neal et Tex Davis pour s’éloigner du chanteur. A l’orée de 1957, Vincent et le survivant Harrell rassemblent à leurs côtés le guitariste Paul Peek, le bassiste Bill Mack (très vite remplacé par Bobby Lee Jones) et le soliste Johnny Meeks. Cette deuxième mouture des Blue Caps entame l’enregistrement de Gene Vincent Rocks and the Blue Caps Roll («Dance to the Bop » et « Lotta Lovin’ »). A son tour épuisé par les tournées, Harrell jette l’éponge, suivi par Peek et Facenda. Le chanteur participe à un nouveau film (Hot Rod Gang en 1958), et recrute un jeune guitariste à peine âgé de quinze ans, le Mexicain Juvey Gomez. Au mois de mai, il épouse Darlene Hicks.

Les séances suivantes produisant l’album A Gene Vincent Record Date sont considérées comme les plus historiques du rock’n’roll : Eddie Cochran rend en effet visite à son ami, et participe aux chœurs de « Rocky Road Blues » et « Summertime ». En octobre 1958, les Blue Caps se séparent ; seul le guitariste Johnny Meeks reste au côté de Vincent, lui offrant « Say Mama ». Poursuivi par les services fiscaux et le syndicat des musiciens, Vincent décide alors de transporter ailleurs ses talents. Le 27 avril 1959 naît sa première fille, Melody Jean.

C’est après avoir rencontré le guitariste Jerry Merritt que le chanteur s’envole pour une tournée japonaise à l’été 1959. Le mois d’août est ensuite occupé à l’enregistrement de Crazy Times, album qui rencontre un grand succès, mais sur lequel on déplore l’absence de Meeks. « She She Little Sheila » offre un nouveau hit. C’est en Angleterre que le Sudiste pose le pied le 6 décembre 1959. Son manager britannique, constatant que le chanteur n’est pas le mauvais garçon annoncé, mais bien un méridional courtois et posé, habille Vincent de cuir noir, et d’un médaillon d’argent autour de son cou. Vincent fréquente toujours les plateaux de cinéma (Live It Up, pellicule britannique qui voit également les débuts d’un certain Steve Marriott, futur chanteur de The Smalll Faces et Humble Pie). Après un nouveau triomphe à l’Olympia de Paris, Vincent est rejoint par Eddie Cochran en Angleterre. Le 17 avril 1960, après un concert à Bristol, les deux chanteurs rallient Londres en taxi. Un virage mal négocié les propulse contre un réverbère : Cochran perd la vie dans l’accident, et Vincent souffre de fractures à la clavicule et de côtes cassées. « Pistol Packin’ Mama », arrangé par les deux amis, est enregistré par Vincent quelques jours après les funérailles de Cochran : il y est accompagné par le jeune organiste Georgie Fame.

Le 13 octobre 1960 naît son fils, Gene Vincent Jr. En 1961, lassée de patienter à la maison alors que son mari est en tournée, Darlene demande le divorce, et s’en va, ses deux enfants sous le bras. Malgré une inspiration constante (« I’m Going Home »), le chanteur peine à retrouver la voie du succès. Il s’épanouit bien davantage sur scène, lors d’une tournée avec Brenda Lee. La même année, il participe à la comédie It’s Trad, Dad! de Richard Lester. Le 29 mai 1963, sa nouvelle épouse Margaret Griffith lui donne une fille, Sherri Ann. Mais Vincent devient une victime collatérale de l’ascension des Beatles. Sa survie économique passe alors par d’harassantes tournées en Allemagne, ou en Italie. Le 19 septembre 1965, son mariage ayant de nouveau sombré, le chanteur s’envole pour l’Afrique du Sud, où il officialise ses fiançailles avec Jackie Frisco, qu’il épouse l’année suivante. C’est à la fin de 1965 que Vincent se retire pour dix-huit longs mois en Californie. Il effectue un come back placé sous le signe de la déshérence, de l’alcoolisme, de la violence, et de l’autodestruction.

Il enregistre en 1969 l’album I’m Back and I’m Proud. Et c’est sur l’insistance de John Lennon qu’il participe en octobre à Toronto au concert du Plastic Ono Band. Gene Vincent ne survit alors que par l’initiative de fans qui lui font enregistrer une poignée de chansons en septembre 1971, et peu de temps après un album complet en Grande-Bretagne. C’est dans ce pays qu’il donne ses deux derniers concerts, à Liverpool les 3 et 4 octobre 1971. Rapatrié à Newhall (Californie), il décède le 12 octobre 1971, des suites d’un ulcère – et d’une hémorragie stomacale – alors qu’il rendait visite à son père. Il est inhumé à l’Eternal Valley Memorial de la ville. Il était âgé de trente-six ans. En 1993, le guitariste Jeff Beck lui consacre un album entier (« Crazy Legs »). C’est en 1997 qu’on inaugure par son souvenir le Rockabilly Hall of Fame. En 1998, il est honoré par le Rock and Roll Hall of Fame. On peut marcher sur une étoile à son nom sur Hollywood Boulevard. Gene Vincent est incarné en 2008 par Carl Barât dans Telstar, film de Nick Moran, inspiré de la pièce londonienne du même nom.

Source Music Story

1956 : Be-Bop-A-Lula

1956 : Race With The Devil

1956 : Bluejean Bop

1956 : Woman Love

1957 : Lotta Lovin’

1957 : Dance to the Bop