Sylvie Vartan

Posted on 27/09/2011

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Une des premières chanteuses de rock’n’roll en France, Sylvie Vartan fait partie de ces « yéyés » qui ont réussi à sortir plus ou moins indemnes des années 1960. L’ex-Madame Johnny Hallyday, mère de David Hallyday, a connu une carrière riche et fructueuse, bien loin du passage obligatoire par le revival des années 1960 par lequel ont dû passer plusieurs artistes de l’époque. Désormais happée par le mouvement de la nouvelle chanson française, Sylvie Vartan est toujours la plus belle pour aller danser et chanter ses nombreux succès, de « La Maritza » ou « Comme un garçon » à « Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ». Partagée en l’Amérique et la France, la scène et les studios, l’éternelle chanteuse blonde reste l’une des valeurs sûres de la variété française. Au disque de reprises fétiches Nouvelle Vague (2007) succèdent les albums originaux Toutes Peines Confondues (2009) et Soleil Bleu (2010), séparés par un Sylvie Live.

Née en Bulgarie, à Iskretz, Sylvie Georges Vartanian voit le jour en 1944. Fille d’un employé bulgare de l’ambassade de France, la jeune fille au joli minois est approchée très vite par le cinéma pour faire, dès 1950, quelques figurations à l’écran, le plus souvent dans quelques productions patriotiques locales. L’arrivée de l’Armée Rouge en Bulgarie change totalement la vie des Vartanian qui décident alors de s’exiler de l’autre côté du Rideau de fer. Francophone distingué, le père de Sylvie choisit Paris pour lieu d’exil et c’est dans la capitale que la famille Vartanian (bientôt rebaptisée Vartan) pose ses valises en 1952. L’acclimatation est rude. Obligé de se contenter d’un travail de manutention pour nourrir femme et enfants, Georges Vartan ne peut offrir un cadre de vie luxueux à sa progéniture qui ne parle guère le français et doit multiplier les efforts pour l’apprendre au plus vite. À force de volonté, Sylvie et son frère Eddie parviennent à maîtrise cette langue en peu de temps, intégrant alors le collège Victor Hugo en classe de sixième. L’année 1960 voit le niveau de vie des Vartan évoluer positivement. Plus à l’aise financièrement, Georges Vartan peut s’offrir un appartement suffisamment vaste pour y loger confortablement toute sa petite famille. Sylvie et Eddie, pour leur part, commencent à vivre leur vie d’adolescents occidentaux du début des sixties, connaissant premières amourettes, premiers flirts et premières expériences musicales. Eddie est devenu un trompettiste et chanteur plutôt doué et évolue dès ses années de lycée au sein du milieu rock’n’roll de la capitale. Sylvie, chanteuse à ses heures, suit les traces de son frère qui l’a initiée à l’univers d’Elvis Presley.

Eddie quitte très tôt le lycée, ayant trouvé un job d’impresario au sein du label RCA qui le charge de prendre en main la carrière d’une star montante de l’époque, Frankie Jordan (Claude Benzaquen pour l’état civil), l’un des pionniers du rock hexagonal, lequel commence à se tailler une petite réputation avec des titres comme « J’en ai ma claque » ou « Odile ». C’est via Eddie que Sylvie connaît sa première chance de percer dans la chanson. En effet, un duo prévu entre Frankie et la chanteuse Gillian Hills est annulé au dernier moment et, pour éviter la catastrophe, Eddie Vartan doit trouver d’urgence une nouvelle chanteuse pour donner la réplique au crooner. Son premier choix se porte bien évidemment sur sa soeur qui interrompt ses révisions du bac français pour courir au studio enregistrer « Panne d’essence » et « J’aime ta façon de faire ça », deux titres qui se retrouvent sur le 45-tours de cet ex-dentiste devenu rocker. Le disque rencontre un franc succès et la jeune Sylvie se voit proposer en 1961 l’enregistrement d’un premier 45 tours sous son nom propre, « Quand le film est triste ». « Passe ton bac d’abord », lui rétorque son père lorsqu’elle lui annonce sa volonté de faire carrière dans la chanson. Mais finalement, Georges Vartan se range à l’avis du conseil de famille qui choisit de laisser Sylvie tenter sa chance. Au lieu de passer ses examens pour obtenir la précieuse peau d’âne, Sylvie Vartan part en tournée en première partie de Gilbert Bécaud durant l’été 1961. Le succès de la première chanteuse de Rock made in France est immédiat et RCA propose à Vartan l’enregistrement d’un premier album intitulé Sylvie, en 1962. Pour celle qui était encore assise sur les bancs de l’école quelques mois plus tôt, le changement est fulgurant et la France danse sur les titres de cette jeune fille blonde à la voix chaude qui chante en ouverture du show à l’Olympia du rocker Vince Taylor pour assurer la promotion de l’album. « La Loco-Motion » ou « Baby, c’est vous » deviennent les tubes des dancings et la famille de Sylvie est bien obligée de se rendre à l’évidence que le choix de la laisser abandonner ses études n’était pas si mauvais. « Twiste et Chante » (1963) et « A Nashville » (1964) confirment l’implantation de la jeune femme dans le milieu rock, première chanteuse à gagner le respect d’un courant musical jusqu’alors assez macho et partage la scène de l’Olympia avec les Beatles en 1964. Sollcitée par les chaînes de télévision américaines et italiennes, la « french rock’n’roll singer » Vartan s’exporte à l’étranger et gagne ses galons auprès du public américain lors d’une série de concerts aux Etats-Unis.

Devenue l’une des égéries du magazine Salut les Copains, Sylvie Vartan se voit présenter la même année par son frère Eddie la star montante du rock’nrRoll français, Jean-Philippe Smet, que le public connaît mieux sous son pseudonyme américanisé de Johnny Hallyday. L’accompagnant aux Etats-Unis, Sylvie en profite pour enregistrer l’un de ses plus fameux tubes, « La Plus belle pour aller danser » et se fiance avec lui peu avant son départ au service militaire. Pendant cette année sous les drapeaux, Johnny n’abandonne pas vraiment Sylvie puisqu’il la confie aux soins de son secrétaire artistique, Yvan-Chrysostome Dolto, fils de la sociologue Françoise Dolto, que le grand public ne connaît pas encore sous le pseudonyme de Carlos. Dès son retour de caserne, Johnny demande la main de sa fiancée et leur mariage, le 12 avril 1965 est l’un des événements people les plus couverts par la presse de l’époque. La naissance d’un fils, David, l’année suivante vient encore alimenter les chroniques des journaux mondains, d’autant que cette maternité n’empêche guère Sylvie de poursuivre sa carrière artistique, notamment au cinéma (genre qui l’a toujours attiré depuis ses figurations d’enfance) puisqu’on la voit dans Cherchez l’idole de Michel Boisrond ou Patate de Robert Thomas, qui lui permet d’accéder à un rôle plus conséquent. Elle qui a raté de peu l’un des rôles principaux des Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy, obtient ainsi une reconnaissance publique sincère, bien que la critique soit plus sévère quant à ses prestations devant la caméra. En 1967, « 2 minutes 35 de bonheur », enregistré avec Carlos, fait d’elle une star en Italie et en Espagne, pays qu’elle n’avait alors que peu touché à la différence des Etats-Unis ou du Japon. « Comme un garçon » vient la même année confirmer la notoriété de Sylvie Vartan tant dans son pays d’adoption qu’à l’étranger.

Mais en 1968, Sylvie Vartan est victime d’un accident de voiture dont elle sort indemne, mais très affectée par la mort de sa passagère, par ailleurs marraine de David. Elle ne revient sur scène qu’un an plus tard, prête à communier à nouveau avec le public pour oublier sa peine, mais l’année suivante, un deuxième accident de voiture, avec Johnny, lui vaut six mois de soins chirurgicaux esthétiques aux Etats-Unis pour se refaire le visage, salement amoché par le crash. La nouvelle fait bien sûr la une de la presse people et Sylvie profite de sa convalescence pour étudier la danse avec le professeur de danse de Barbra Streisand, autant pour préparer ses futures prestations que pour retrouver la « niaque » lui permettant de surmonter les conséquences de ses opérations multiples. Une fois remise, Sylvie, en guise de catharsis, remonte sur les planches et retourne en studio enregistrer des albums avec la frénésie de vivre de la survivante : Shang Shang a Lang, Je Chante Pour Swanee, Qu’est-ce Qui Fait Pleurer les Blondes, Ta Sorcière Bien Aimée, Fantaisie sont autant d’échappatoires pour la chanteuse qui croque plus que jamais la vie à pleine dent après avoir vu la mort de près. Des tournées à Las Vegas, Paris, Tokyo ou Los Angeles lui permettent également de se confronter à différents public aux exigences différentes. « Non, je ne suis plus la même », « J’ai un problème », « Bye Bye, Leroy Brown », « Danse là, chante là », « L’amour, c’est comme les bateaux », « Petit Rainbow » ou « Solitude » se classent très honorablement dans les classements et maintiennent Sylvie Vartan dans la course tout au long des années 1970, à l’heure ou tant de chanteurs yéyés disparaissent dans les brumes de l’oubli et de la ringardisation fulgurante. Le phénomène Sylvie marche à plein régime et même si sa marque de prêt-à-porter a du déposer le bilan, la chanteuse n’en continue pas moins à faire la une des journaux musicaux. L’increvable Sylvie semble partie pour durer et cette marathonienne des tours de chants continue à multiplier les concerts et les tournées mondiales, remplissant les plus grandes salles et offrant à son public de grands spectacles à l’américaine, avec danseuses et effets spéciaux : elle est l’une des pionnières françaises en la matière.

En novembre 1980, l’annonce du divorce de Sylvie Vartan et Johnny Hallyday fait grand bruit dans le Landerneau parisien. La chanteuse en tire deux albums, Bienvenue Solitude et Ça Va Mal, qui connaissent un succès relatif. Ouvrant une école de danse à Paris (elle en ouvrira plus tard une à Tokyo), elle entame une carrière de chorégraphe afin de former de futurs danseurs d’opera-rock. Plus active que jamais, elle sort quasiment un album par an, tourne dans des comédies musicales, épate le public international…. mais la France commence tout doucement à l’oublier. Ses albums se vendent toujours, mais son image est désormais celle d’une survivante yéyé (malgré une authentique créativité musicale originale) et Sylvie Vartan se voit obligée d’appliquer à elle-même l’adage « Nul n’est prophète en son pays ». Son remariage en 1984 avec le producteur américain Tony Scotti fait encore vendre du papier, mais son statut d’icône rock commence à être bien ébranlé, d’autant que quelques adaptations en français de standards new-wave et pop britanniques (notamment « Déprime », la reprise de « Sweet Dreams » d’Eurythmics) font davantage ricaner que planer. Bien qu’elle reste perpétuellement active sur le plan de la composition et de la sortie d’album, Sylvie Vartan commence à se traîner une image de dinosaure un peu passé de mode et, en dépit de quelques audaces artistiques comme Made in USA, en 1985, le public semble ne plus être au rendez-vous.

Il faudra attendre 1989 et l’album Confidanses, écrit en collaboration avec Etienne Daho, pour que Sylvie Vartan renoue avec le succès et retrouve un public qui l’avait un peu négligée au profit d’autres blondes incendiaires ayant émergé tout au long de la décennie 80. La tournée française qui s’ensuit est un peu difficile pour la chanteuse, mais l’Italie, l’Espagne et le Japon lui font toujours un accueil chaleureux. Au cinéma, L’Ange Noir de Jean-Claude Brisseau lui permet de s’imposer comme une véritable actrice. 1993 la voit également renouer – du moins sur scène – avec son ex-mari venu fêter ses cinquante ans au Parc des Princes. Mais les faibles ventes de la chanteuse la persuadent de faire le choix d’une certaine modestie dans le choix des salles et des spectacles qu’elle offre. Son grand retour se fait au Casino de Paris en 1995, suivi d’une tournée dans des salles plus intimistes, attirant un public moins nombreux, mais lui permettant de se lancer dans le registre de la chanson acoustique. Cette tournée est un véritable succès, qui offre à Sylvie Vartan l’occasion de tester ses compositions fortement inspirées par la nouvelle scène française. Sessions Acoustiques, sorti en 1994 est pour l’artiste l’occasion de renouveler un style musical qui n’avait que peu évolué depuis ses débuts. Le public découvre une nouvelle Sylvie Vartan, moins strass-paillettes, plus réservée et calme. Un vrai changement d’orientation qui se confirme avec Toutes les Femmes Ont un Secret, même si elle ne renonce pas aux orchestrations sophistiquées qui furent sa marque de fabrique, puis Sensible, en 1998. Passée de chanteuse de variétés à chanteuse à textes, Sylvie Vartan retrouve les chemins de la scène, moins « flashy » que par le passé, certes, mais avec une désarmante sincérité. Le nouveau cru Vartan, à l’image d’un bon vin, devient meilleur en vieillissant et les spectateurs, qu’ils soient parisiens, japonais ou monégasques ne s’y trompent guère. Certes, en concert, elle reprend ses anciens standards, mais ne concentre pas ses prestations dessus et surtout, ne s’engage pas dans le phénomène revival qui pourrait constituer pour elle une véritable voie sans issue. Surfer sur la nostalgie peut parfois être bénéfique, mais rarement lorsqu’on a des plans de carrière qui ne s’arrêtent pas à une tournée thématique. Décorée de la Légion d’honneur en 1998, Sylvie Vartan redécouvre sa jeunesse bulgare et s’implique dans l’aide au développement de son pays en créant une association pour l’aide à ce pays, ce qui lui vaudra l’une des médailles nationales bulgares. Un album de reprises de chansons à textes en 2004 (année qui la voit également participer au rapatriement des infirmières bulgares depuis la Libye) et de vieux standards du rock’n’roll et de la pop dans Nouvelle Vague en 2007 (des Beatles aux Rolling Stones, en passant par Dylan) confirment la présence de la grande chanteuse blonde sur la scène française. A l’automne 2009 sort Toutes Peines Confondues sous une pochette Pierre et Gilles. Sylvie Vartan est entourée par les auteurs Didier Barbelivien, Serge Lama, Marc Lavoine, Nathalie Rheims, Alice Dona, Eric Chemouny, et Carla Bruni qui signe celui du premier single « Je chante le blues ». Son spectacle à l’Olympia de Paris du 18 au 20 octobre donne lieu à l’album Sylvie Live, dans lequel elle chante ses grands succès, des titres de son dernier album, quelques reprises (de Léo Ferré, Paul McCartney et The Everly Brothers). C’est aussi l’occasion de retrouver Sylvie Vartan en duo avec Johnny Hallyday sur « L’Hymne à l’amour » et « Non, je ne regrette rien » d’Edith Piaf. Une toute autre équipe et un répertoire bien différent font suite sur l’album Soleil Bleu paru en novembre 2010. La chanteuse y est entourée par son fils David, Etienne Daho, Keren Ann, Doriand, Patrick Loizeau, Arthur H, La Grande Sophie, Frédéric Botton et Julien Doré qui signe le morceau-titre.

Source Music Story

1962 : Le Locomotion

1964 : La plus belle pour aller danser

1963 : Si je chante

1967 : 2’35 de bonheur (w/ Carlos)

1967 : Comme un garçon

1968 : La Maritza

1973 : J’ai un problème (w/ Johnny Hallyday)

1974 : Da dou ron ron

1976 : Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ?

1980 : Tape tape (reprise de Pata, Pata de Myriam Makeba)

1981 : L’amour c’est comme une cigarette (reprise de Morning Train de Sheena Easton)

Posted in: I say yéyé