Michel Polnareff

Posted on 08/10/2011

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Si l’appellation « pop française » à jamais eu un sens alors c’est à Michel Polnareff qu’elle s’applique (à l’instar de la « pop music », fatras de récupérations anglo-saxonnes que le show-biz français nous resservait volontiers au début des années 70). On peut affirmer sans crainte que sur les années 60-70 Polnareff avait musicalement 10 ans d’avance au moins sur le contexte Hexagonal. Pianiste, guitariste, chanteur et surtout arrangeur, inspiré par les courants pop, folk des années 60 et le classique, il marie une musique ample, inédite en France, à un chant romantique et une attitude de liberté totale qui dérange bon nombre de ses contemporains.

Comme Gainsbourg, il est issu d’une famille d’émigrés russes, et son père est musicien, mais montrera une inclination plus marquée pour le piano classique qui lui vaudra d’être à 11 ans premier prix de solfège du Conservatoire de Paris. Etant allé très tôt chercher esprit et inspiration de l’autre coté du Channel, il cherchera ses marques dans le Paris bohème du milieu des années 60 et se fera remarquer dans quelques tremplins. Suffisamment pour que Lucien Morisse l’homme d’Europe n°1 lui propose un premier contrat.

Le jeune Michel Polnareff part enregistrer à Londres en 1966 ou il montrera de suite sa capacité durable à travailler à l’anglo-saxonne. Commence une série de collaboration avec des arrangeurs de talent comme Jean Bouchéty ou Jean-Claude Vannier, et dès le début son succès est énorme avec des titres comme « La poupée qui fait non » et « Love me please love me ». La France, un peu bousculée par ce beatnik hexagonal, provocateur naturel mais involontaire, tombe sous le charme d’un mélodiste raffiné, grand orchestrateur qui sait intégrer à merveille les sons du psychédélisme ambiant.

De 1966 à 1970, dans sa période de plus forte créativité, il assènera tube sur tube (« Tous les bateaux tous les oiseaux » et « La maison vide » rien qu’en 1969 !). Quittant son look de jeune homme timide, il construit peu à peu l’icône seventies qui reste encore dans les mémoires : perruque bouclée et lunette noires, qui ne sont que l’expression d’un malaise grandissant. Déjà se profilent la paranoïa, la dépression et l’abandon de ses affaires à un entourage douteux qui le mèneront à la fameuse banqueroute de 1973, puis à son départ pour les Etats-Unis.

Au début des années 70, il reste toutefois musicalement très actif. Membre à part entière de la famille de la variété française, il montre toute la diversité de ses talents, sur scène avec Johnny Halliday, en tournée avec son groupe « Dynastie Crisis », ou dans des musiques de film comme La folie des grandeurs de Gérard Oury. Bien qu’en perte de vitesse, il produit encore des pépites comme« Holidays » ou « On ira tous au paradis ».

Mais ceux qui sont dérangés par cette icône atypique et androgyne veillent (« Je suis un homme » se sentira-t-il obliger de déclamer). Après le coup d’éclat de l’affiche de l’Olympia en 1972, vient vite l’exil de 1973 et cette période d’éloignement qui mêle imprégnation avec le milieu musical américain et jeu du chat et de la souris nostalgique avec sa chère France (illustré par l’impressionnant « Lettre à France » de 1978).

Le début de cette phase 100% U.S. lui vaudra une 35ème place au Billboard en 1975 pour le titre « Jesus for tonight » tiré de USA. Mais, malgré l’évasion que procure les tournées internationales, l’attraction magnétique pour France ne le lâche pas, et il revient peu à peu régler ses problèmes avec le fisc et assurer sa promotion, c’est d’abord Coucou me revoilou en 1978 puis le succès de Bulles en 1981, qui marque le début d’un retour qui n’aura jamais réellement lieu.

A son retour Polnareff n’est plus le même, sa tendance à une variété de plus en plus facile raréfie les pièces brillantes qui le tenaient à ses débuts loin au dessus de la mêlée. Il est devenu 50% figure mythologique de l’artiste inspiré et reclus des années 60-70 et 50% producteur de tubes dans la tonalité terre à terre des années 80 (comme « Goodbye Marylou » en 1989). Il défrayera encore une fois la chronique en s’installant 800 nuits de suite à l’hôtel Royal Monceau pour préparer l’album Kama-Sutra qui sera en 1990 un succès sans vraiment d’étincelles.

Le vrai-faux album en public Live at the Roxy en 1996, fait office de best of enregistré en public. Sa place de n° 1 des ventes permet de mesurer l’attachement du public à cet artiste hors normes. Après diverses compilations, c’est le vrai retour sur scène en 2007, pour une tournée qui parcoure l’hexagone. Une Victoire de la Musique du Meilleur Spectacle Musical, et un concert au Champ de Mars à Paris, pour la Fête Nationale, couronnent ce flamboyant come back. L’album Ze (Re) Tour 2007, se classe sans difficulté dans le top 20 français, en attendant de satisfaire l’espoir de voir Michel Polnareff livrer de nouvelles chansons.

Source Music Story

1966 : La Poupée qui fait non

1966 : Love me, please love me

1966 : L’Amour avec toi

1967 : Âme câline

1968 : Le Bal des Laze

1968 : Y’a qu’un ch’veu

1969 : Tous les bateaux, tous les oiseaux

1969 : Tout tout pour ma chérie

1969 : Dans la maison vide

1970 : Je suis un homme

1971 : Qui a tué grand-maman ?

1972 : La Mouche

1972 : On ira tous au paradis

1977 : Lettre à France

1989 : Goodbye Marylou

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Posted in: I say yéyé