Alain Chamfort

Posted on 07/12/2011

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Alain Chamfort, artiste subtil et insaisissable a su naviguer entre chanson à texte et pop française. Après des débuts yéyé avec Les Mods dans les années 1960 puis sous l’aspect d’un chanteur de charme dans la décennie suivante, Alain Chamfort s’est au fil des ans et des collaborations, de Claude François à Serge Gainsbourg, imposé comme un chanteur singulier dont le talent de mélodiste a survécu aux modes. Eternel dandy, il promène sa fine silhouette de tube en tube depuis « Manureva ». On lui doit d’autres hits (« Bambou », « Paradis », « Traces de toi » jusqu’au « Grand retour ») et quelques albums magnifiques comme Rock’N’Rose (1978), Secrets Glacés (1983) et Le Plaisir (2003). En 2010, le conceptuel Une Vie Saint Laurent s’avère l’aboutissement de son oeuvre.

Alain Le Govic naît le 2 mars 1949 à Paris. Précoce, il apprend le piano classique à trois ans et ne tarde pas à passer les concours officiels de la salle Gaveau. Adolescent, il découvre le jazz et le rock’n roll ; il crée alors un groupe en 1965, les Mod’s. Le groupe sort un disque et croise surtout le chemin de Jacques Dutronc qui engage Alain Chamfort comme organiste lors de ses tournées. Fort de son expérience auprès de Dutronc, il sort un premier 45T solo, toujours sous le nom de Le Govic. Si l’essai n’est pas inoubliable, il n’empêche pas le musicien de collaborer avec d’autres artistes dont Dick Rivers. Car son aisance musicale ne se dément pas. Alain Chamfort va tout au long de sa carrière poursuivre un travail de compositeur, récemment encore pour le dernier album de Véronique Sanson.

1970 : Alain Chamfort fait la deuxième rencontre déterminante de sa carrière. Claude François, alors au sommet de sa popularité remarque le jeune chanteur et met à sa disposition un studio d’enregistrement dans les locaux de sa maison de disques, Flèche. Il lui fait également enregistrer un 45 T et choisit lui-même son pseudonyme : Chamfort. Un nouvel artiste est né. Celui-ci enchaîne alors les succès mielleux et les galas. Il prend de l’ampleur et empiète sur le public de Claude François. Ce dernier n’apprécie guère et ne reconduit pas son contrat. C’est alors le début d’une nouvelle ère pour Alain Chamfort, loin de son image de chanteur à minettes et col pelle à tartes…

Nouvelle maison de disques. Alain Chamfort part à Los Angeles afin de préparer la maquette d’un album. Il contacte alors Serge Gainsbourg qui accepte de lui écrire des textes dont l’album Rock’n Rose. L’homme à la tête de chou lui apporte la crédibilité qui lui manquait. Alain Chamfort apparaît désormais comme un dandy que le succès de «Manureva», vendu à un million d’exemplaires, consacre. C’est l’envol des années 80. Le chanteur a trouvé son style : une poésie étrange, des mélodies harmonieuses, une voix frêle. Celui qui aurait pu disparaître dans le tourbillon des années 70 flirte désormais avec une pop à la française, teintée de fragilité et d’ironie. Alain Chamfort aligne les succès dont les inoubliables «Palais Royal», «Bambou» ou l’énigmatique «Paradis». Sa vie privée évolue, il affiche publiquement sa liaison avec Lio pour qui il produit un album. Son entourage artistique a également changé, il collabore désormais avec Jacques Duvall et Jay Alanski, orfèvres de ses meilleurs titres. En 1986, Chamfort signe un nouveau succès, le fameux «Traces de toi». C’est l’avènement du Top 50, il lance alors le duo éphèmère d’A cause des garçons, duo éphémère.

Dans les années 90, la notoriété d’Alain Chamfort reste intacte, la critique l’encense toujours mais le grand public semble moins réceptif. L’ex-pianiste de Dutronc s’essaye désormais au sampling et augmente les pulsations de ses rythmiques dans «Souris puisque c’est grave» et «L’amour samplé». Cette période reste marquée par une série d’albums, Neuf dans un esprit acoustique et Personne n’est parfait, plus confidentiel. Chamfort s’investit également dans la lutte contre le sida à travers divers projets dont l’album Entre sourires et larmes. Fin de contrat avec CBS. Un Chamfort flambant neuf revient en 2003. L’album Le Plaisir a tout pour ravir à la fois son public d’initiés et la génération actuelle. En effet, le chanteur tout en restant proche de son fidèle acolyte Jacques Duvall a su s’entourer de Bertrand Burgalat et Michel Houellebecq. Le disque n’obtient pas les ventes espérées. Le has-been magnifique est viré…

Que serait un artiste malmené sans un peu d’auto-dérision ? Alain Chamfort l’a bien compris : sans se considérer comme une victime du star-system, il tourne en 2004 un clip drôle et décalé sur ses mésaventures dans le monde des majors. Le clip des «Beaux yeux de Laura», réalisé en une heure et inspiré de Dylan circule insidieusement sur internet. Ironie du sort : il reçoit la victoire de la musique du meilleur clip ! Aujourd’hui, l’univers d’Alain Chamfort a indéniablement inspiré une partie de la scène française actuelle. Il y d’abord eu Etienne Daho que Chamfort aida à ses débuts. Si Daho semble d’emblée new-wave, l’on ne peut que constater une filiation au fil du temps. Benjamin Biolay s’impose également comme un de ses fils spirituels de par sa nonchalance et son élégance musicale. On peut encore citer Albin de la Simone dont l’humour décalé rappelle certains titres d’Alain Chamfort pour qui il a d’ailleurs tâté du clavier lors de sa dernière tournée. En 2010, l’éternel dandy est de retour avec l’album conceptuel Une Vie Saint Laurent, composé et produit par Jean-Philippe Verdin (alias Readymade FC) sur des textes de Pierre-Dominique Burgaud (Le Soldat Rose). Alain Chamfort rend non seulement hommage à l’un des plus éminents couturiers du siècle dernier, mais il ajoute une pierre précieuse à sa discographie. D’abord disponible au format digital, l’album sans label fixe est ensuite commercialisé via un site de vente privé, avant d’être édité sous une luxueuse version physique pour les fans. Le single « A la droite de Dior » est le premier extrait de ce qui constitue un véritable aboutissement de son oeuvre.

Source Music Story

1972 : Dans les ruisseaux

1972 : Signe de vie, signe d’amour

1973 : L’Amour en France

1973 : Je pense à elle, elle pense à moi

1973 : L’amour n’est pas une chanson

1974 : Adieu mon bébé chanteur

1974 : Madona Madona

1975 : La Musique du samedi

1975 : Le temps qui court

1977 : Joujou à la casse

1978 : Seul à la fin

1979 : Manureva

1980 : Géant

1981 : Bambou

1986 : Traces de toi

1986 : La Fièvre dans le sang

1990 : Souris puisque c’est grave