Téléphone

Posted on 08/12/2011

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Précurseur avec d’autres groupes de la fin des années 70, comme Starshooter ou Lili Drop, d’un véritable rock à la française, Téléphone est LE groupe qui a su faire exploser le genre auprès du grand public en étant sur la longueur d’onde de toute une génération. Trois garçons et une fille dans le vent condamnés à raccrocher un beau jour de 1986…

Quel destin a réuni Jean-Louis Aubert, Richard Kolinka, Louis Bertignac et Corinne Marienneau ? Jean-Louis Aubert, chanteur, guitariste joue déjà avec Kolinka et Daniel Roux dans le groupe Sémolina. Celui-ci enregistre même un single en maison de disques, sans lendemain. De son côté, le duo Louis Bertignac (alors guitariste pour Jacques Higelin) – Corinne Marienneau écume les salles de concert. Un soir, alors que Kolinka et Aubert doivent jouer en compagnie d’un groupe, celui-ci fait faux bond. Le duo fait appel à Bertignac qu’il a rencontré peu de temps avant pour assurer lors de ce concert imprévu. L’histoire de Téléphone commence ce jour-là, le 12 novembre 1976 au Centre américain de Paris.

La nouvelle entité dite Téléphone enchaîne les concerts, seul moyen de promotion du groupe et vend en juin 1977 un 45 tours auto-produit, « Hygiaphone – Métro, c’est trop ». C’est également en juin que Téléphone fait son premier grand concert en remplaçant au pied levé Blondie qui devait faire la première partie du groupe Télévision à l’Olympia. Le directeur artistique d’EMI fait alors signer un contrat à Téléphone. Le groupe sort en novembre 1977 un premier album Anna enregistré avec le producteur des Sex Pistols, Mike Thorne. Nous sommes à la fin des années 70 : La France se trémousse entre « variétoche » et disco. Téléphone donne un coup de pied dans la fourmilière d’un rock français quasi inexistant.

1979 : Téléphone enregistre à Londres son deuxième album Crache ton venin. Il fait beaucoup de concerts : Grande Bretagne, Palais des Sports (7 juin 1979) et à la Fête de l’Humanité où le groupe porte pour l’occasion des masques d’hommes politiques (Chirac, Giscard, Mitterrand et Marchais) ! Le nouvel album venimeux se vend à 400 000 exemplaires. C’est le disque du tube intemporel, « La Bombe Humaine». Au début de l’année 1980, Téléphone confirme son ascension ultra rapide avec une tournée en Italie, à New York et à Berlin. Le groupe doit sa grande popularité à l’énergie exceptionnelle de ses concerts. Ces moments sont d’ailleurs au centre d’un documentaire de Jean-Marie Périer : Téléphone Public. Le 20 octobre 1980 sort le troisième album de Téléphone, Au cœur de la nuit. Ce disque abrite encore des succès comme « Argent trop cher »  ou « Fleur de ma ville ». Le groupe s’offre même le luxe de faire la première partie d’Iggy Pop en Allemagne et en Grande-Bretagne (1981). Ce qui fait alors le succès imparable de Téléphone ? Quatre musiciens talentueux, une rebellion bon-enfant baignée dans un rock pur et surtout une grande sensation de liberté pour le public.

Que peut espérer un groupe de rock comme Téléphone qui en 1982 a déjà conquis un large public et fait des dizaines de concerts ? Faire la première partie d’un groupe de rock, LE groupe de rock ? C’est ce qui arrive le 14 juin 1982 : Téléphone fait la première partie des Rolling Stones à l’Hippodrome d’Auteuil devant 70 000 personnes. Pourtant, selon Téléphone, ce moment ne restera pas le meilleur souvenir de leur carrière. Cette année-là, Téléphone sort également un nouvel album, dynamite de hits : Dure limite, vendu à 500 000 exemplaires. « Ca c’est vraiment toi », « Cendrillon », autant de chansons que plusieurs générations reprennent encore. On se souvient de l’excellent clip de « Ca c’est vraiment toi » où le groupe dérange ses voisins jusqu’à les rallier à eux. En 1983, le groupe fête ses sept ans d’existence. Il prépare alors son cinquième et ultime album, sous la houlette de Glyn Johns.

7 mai 1984 : Un autre monde voit le jour. Comme à l’accoutumée, ce disque atteint des sommets de vente avec 700 000 albums envolés. Il y a encore des chansons proches du public : « Un autre monde », « New York avec toi ». Téléphone fait le Zénith de Paris deux soirs en octobre 1984 ce qui donnera lieu à une sorte de live posthume.  Le 25 juin 1985, Téléphone joue également au stade Olympique d’Athènes, sous l’Acropole avec deux groupes cultes de l’époque : Depeche Mode et Cure. Le groupe reste donc très actif mais la rumeur d’une séparation agite déjà les fans… Le single inédit « Le jour s’est levé » annonce la séparation du groupe, officielle le 2 mai 1986. On évoque alors comme dans tous les grands groupes de rock, des questions d’ego et des problèmes d’entente entre Aubert et Corinne. « Le jour s’est levé », préfiguration du style Aubert en solo, dit : « Si ce n’était pas un rêve / Qu’il faille s’en aller ». En l’espace de dix ans, 450 concerts et cinq albums, Téléphone a su imposer un rock populaire et sans concessions. Il reste un modèle pour la scène rock française.

Aujourd’hui, les membres du groupe Téléphone mènent une carrière solo de manière inégale. Jean-Louis Aubert, accompagné de Kolinka à la batterie a connu de belles années avec des albums plébiscités par le public (Bleu, blanc vert, H). Louis Bertignac a d’abord monté avec Corinne Les Visiteurs avant de poursuivre en solo (Elle et Louis, Longtemps) ou de travailler sur l’album de Carla Bruni. Seule Corinne semble s’être définitivement éloignée de la scène. Elle disait à l’époque : « Je ne suis pas bassiste, je suis bassiste de Téléphone ». Lors d’un concert de Bertignac le 26 mai 1994 au Bataclan, les quatre musiciens se retrouvent autour de deux guitares, une basse et une batterie. Un moment de grâce inattendu pour les fans. 2006 : Téléphone « fête » les vingt ans de sa séparation. Un dernier rappel ?

Source Music Story

1980 : Argent trop cher

1982 : Ça (c’est vraiment toi)

1984 : Un autre monde

1984 : New-York avec toi

1985 : Le jour s’est levé