Janet Jackson

Posted on 20/12/2011

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Pas facile lorsqu’on a des velléités artistiques d’évoluer dans l’ombre d’une formation aussi mythique que les Jackson 5, et encore moins dans celle d’une superstar comme Michael Jackson. Victimes, indirectement, du succès de leur frère Michael, les autres membres de la famille Jackson n’ont pas toujours réussi à convaincre en solo. Janet Jackson, quant à elle, fut l’exact contre-exemple au sein de sa famille, réussissant à se faire un prénom où d’autres se sont cassé les dents.

Cadette de la nombreuse et prolifique famille Jackson, Janet naît le 16 mai 1966 à Gary, dans l’Indiana. Elle n’échappe pas à la tradition musicale de la famille, imposée par le très rigide père, Joseph « Joe » Jackson, également manager de ses enfants. Adieu aux aspirations équestres (la jeune fille souhaitait devenir jockey) et bonjour aux feux de la rampe, car, chez les Jackson, on est artiste ou on n’est pas. C’est au côté de ses frères que Janet Damita Jo Jackson débute sur scène, à l’âge de sept ans, en tant que choriste des Jacksons (anciennement Jackson 5).

Ce n’est pourtant pas par la chanson qu’elle se fait surtout reconnaître : souhaitant, très jeune, entamer une carrière d’actrice, elle apparaît à la fin des années 70 et au début des années 80 dans quelques séries télévisées, dont Arnold et Willy et Fame. Mais sa carrière de comédienne ne décolle pas. Qu’importe : c’est en tant que chanteuse que Janet Jackson s’affirme, au début des années 1980, alors que son frère Michael commence à peine sa carrière solo, lui aussi.

En 1982, paraît un premier album, Janet Jackson, produit par les chanteurs soul Angela Winbush et René Moore, ainsi que Leon F. Sylvers III, qui avait travaillé avec notamment Shalamar ou Dynasty. S’il ne fait pas un flop, son succès reste cependant assez faible. Deux ans plus tard, sort Dream Street, co-produit notamment par son frère Marlon Jackson et par Giorgio Moroder (Donna SummerBlondie, Cameo…). Les ventes, là encore, ne sont pas extraordinaires et la critique ne voit en elle qu’une « Jackson de plus ». Elle-même admettra plus tard qu’elle avait alors plutôt à cœur de faire carrière en tant que comédienne plutôt que dans la musique et reniera partiellement ces enregistrements.

C’est son troisième album, Control (1986), qui marque le début de son succès : il atteint les sommets aux Etats-Unis, où il reste deux semaines en tête du classement Billboard 200 et huit semaines pour le classement hip-hop/R&B. Perfectionniste, la jeune femme, qui n’a alors que vingt ans, comprend qu’il lui est indispensable de ne pas marcher sur les plates-bandes de son frère et, alors que Michael s’impose tranquillement comme le « King of Pop », Janet choisit de prêter sa jolie voix à un répertoire exclusivement rhythm ’n’ blues. Ce disque contribue, par ailleurs, à dynamiser la carrière du duo de producteurs Jimmy Jam / Terry Lewis, qui deviendra ultérieurement un des plus sollicités par les artistes pop et R&B (Boyz II Men, Mariah Carey, Michael Jackson, Mary J. Blige, Usher…). En 1987, comme pour mettre en pratique le titre de l’album, elle prend le contrôle de sa carrière et renvoie son manager de père.

En 1989, Janet Jackson’s Rhythm Nation 1814 – également produit par le duo Jimmy Jam / Terry Lewis – est un raz-de-marée dans le paysage musical américain. Ce quatrième album atteint la première place du classement, à laquelle il se maintient quatre semaines durant ; il restera même durant trente-cinq semaines dans le Top 5. Par ailleurs, sept chansons sont éditées en single et se classent dans le Top 5, record que même son frère ne battra jamais. Et, alors que Michael incarne à l’écran un extraterrestre emmenant avec lui une poignée d’enfants sur sa planète dans Moonwalker, Janet entame une tournée internationale qui attire plus de deux millions de spectateurs et en fait une star mondiale.

Le début des années 1990 voit Janet Jackson s’imposer comme l’une des artistes féminines les plus vendeuses de sa génération, aux côtés de Madonna, Whitney Houston et Paula Abdul. D’autant qu’en 1991, la chanteuse quitte sa maison de disques (A&M) pour signer sur le label de Richard Branson, Virgin. En 1992, elle enregistre « The Best Things in Life Are Free » avec Luther Vandross, pour la bande son de la comédie Mo’ ‘Money. Le succès du single est à nouveau au rendez-vous, celui-ci se classant dans le Top 5 d’une demi-douzaine de pays.

Le cinquième album de Janet Jackson, Janet , paraît en 1993 et la propulse loin devant ses concurrentes sur la scène féminine américaine et même devant Michael, que son mode de vie de plus en plus excentrique et les premières rumeurs embarrassantes commencent à rattraper. Il se vend rapidement à huit millions d’exemplaires et se classe premier dans plusieurs pays. La chanteuse se lance ensuite dans une tournée mondiale de douze mois. Cette même année, elle apparaît pour la première fois sur grand écran au côté du rappeur Tupac Shakur (2Pac), tenant le rôle principal du film dramatique Poetic Justice. En septembre, elle fait la couverture de Rolling Stone, les mains d’un homme (son compagnon René Elizondo) cachant ses seins, photo que le magazine élira en 2000 sa « couverture la plus populaire ».

Le label A&M publie en 1995 une compilation : Design Of A Decade 1986/1996. Celle-ci rassemble surtout les succès de la période A&M, ceux des albums Control et Rhythm Nation 1814. Le disque comporte également deux inédits et une seule chanson de l’album Janet, publié chez Virgin. La version internationale comporte des versions remixées de la plupart des singles ainsi que le duo avec Luther Vandross. 1995 marque également la collaboration de Janet Jackson avec son frère Michael, alors de plus en plus dans la panade, pour le duo « Scream », premier single du double album-compilation de ce dernier, HIStory. Le clip est le plus cher de l’histoire, se chiffrant à 7 millions de dollars. Le succès est immense, si bien que Virgin ne propose pas moins de 80 millions de dollars à la chanteuse pour rester.

Mais si la success-story est enviable, en privé, Janet craque et fait une dépression en 1996, alors qu’elle enregistre son sixième album. Et cela commence à se ressentir dans son attitude en public : d’icône ultra-glamour, elle devient presque une idole trash, multipliant les propos tendancieux, les piercings et les attitudes provocantes. Révélant dans plusieurs interviews les rapports conflictuels qu’elle entretenait avec son père et certains autres membres de sa famille, Janet dévoile une facette d’elle-même plus trouble que son image ne laissait supposer. Elle pointe notamment du doigt les méthodes managériales extrêmes du patriarche de la famille Jackson dont le mot d’ordre pour mener ses enfants sur la route du succès ressemblait à « marche ou crève ». De fait, The Velvet Rope, qui sort en 1997, est très marqué par sa dépression et d’une tonalité relativement introspective. L’album choque du fait des poses et des propos plus qu’équivoques de l’artiste, n’en est pas moins salué comme l’un des albums les plus « mûrs » de Janet Jackson qui, en plus de ses déboires, subit le contrecoup de son deuxième divorce. La tournée mondiale qui suit voit la chanteuse se produire – chose rare – sur les cinq continents.

Après cette tournée qui s’achève en 1999, Janet Jackson enregistre quelques duos : « Luv Me, Luv Me » avec Shaggy, « Girlfriend / Boyfriend » avec Blackstreet, « What’s it Gonna Be ? » avec Busta Rhymes et enfin « I Know the Truth » avec Elton John. A la fin de l’année, le Billboard Magazine place Janet Jackson comme la deuxième artiste ayant eu le plus de succès durant la décennie, derrière Mariah Carey. En 2000, elle apparaît pour la seconde fois sur grand écran, dans La Famille Foldingue II. Elle y compose un personnage de savante folle donnant la réplique à Eddie Murphy et signe par ailleurs une chanson de la bande originale, « Doesn’t Really Matter ». Le titre est repris en 2001 sur le très dansant  All For You, septième album, plus orienté R&B que ses prédécesseurs. Celui-ci se voit reprocher, en dépit de son immense succès, sa « facilité », alors que Janet Jackson avait habitué son public à un univers musical plus construit et plus personnel. Ce qui n’empêche pas l’album de faire un carton, se classant dans le Top 20 de près d’une trentaine de pays, et valant à la chanteuse une nouvelle pluie de récompenses. En 2002, paraît un single enregistré en duo avec la star du dancehall Beenie Man, « Feel it Boy », produit par les Neptunes.

En février 2004, Janet Jackson est invitée pour animer la mi-temps du trente-huitième Superbowl, finale du championnat de football américain et événement télévisuel majeur aux Etats-Unis, ce qui lui vaudra d’être au cœur d’un scandale très américain.

Sur fond de chorégraphie à grand spectacle, elle chante « All For You » et « Rhythm Nation » seule, avant d’être rejointe par Justin Timberlake pour un « Rock Your Body » (chanson de ce dernier) en duo. Son costume trop exigu ayant craqué sous l’effet d’un mouvement de danse entamé avec son partenaire, la chanteuse dévoile involontairement un sein en public. Hurlements d’orfraie de la part des conservateurs : la partie exhibée par Janet devient une quasi affaire d’Etat ; on parle même de « Nipplegate » et la chaîne CBS, qui diffusait le spectacle, ainsi que Janet Jackson et Justin Timberlake sont victimes de poursuites judiciaires. Tous deux doivent même formuler des excuses publiques… Si l’incident n’affecte pas la carrière du jeune chanteur, en revanche, la popularité de Janet Jackson commence à décliner : Damita Jo, son nouvel album qui paraît le 22  mars, loin de provoquer l’engouement, se voit boycotter par toute une partie du public. Peu aidé par les critiques, majoritairement négatives, ce huitième album fait un flop, comparativement à ses prédécesseurs : s’il atteint néanmoins la deuxième place du classement américain, il se vend relativement mal dans le reste du monde.

Il semble que le succès ait quitté Janet Jackson, car 20 Y.O., qui sort en septembre 2006, fait un nouveau flop critique et commercial. Lassée de se faire étriller par la presse spécialisée, la chanteuse abandonne même la promotion de l’album après six mois éprouvants. Si Janet Jackson ne semble pas avoir à s’en faire financièrement parlant (elle est classée septième plus grosse fortune féminine de l’industrie du divertissement américain par le magazine Forbes), les demi-échecs de ses derniers albums n’incitent pas Virgin reconduire leur contrat, qui expire avec ce disque. En 2007, la maison de disques annonce qu’elle se sépare de l’artiste qui, pour sa part, revient au cinéma, avec Why Did I Get Married ?, comédie dramatique de Tyler Perry, qui sort en mars. Le film est un succès, essentiellement du fait de la présence de Janet Jackson, laquelle accepte de tourner pour un documentaire Janet : Return Of The Icon, qui sort en bonus du DVD du film.

C’est avec un label plus confidentiel, Island Def Jam Records (tout est, cependant, relatif, le label étant celui de Bon Jovi, Rihanna, Mariah Carey ou encore Sum 41) que la chanteuse signe en 2007. Un dixième album studio intitulé Discipline, est annoncé pour le 26 février 2008.

Source Music Story

1986 : What Have You Done for Me Lately

1986 : Nasty

1986 : When I Think of You

1986 : Control

1987 : Let’s Wait Awhile

1989 : Miss You Much

1989 : Rhythm Nation

1990 : Escapade

1990 : Alright

1990 : Black Cat

1990 : Love Will Never Do (Without You)

1993 : That’s the Way Love Goes

1993 : If

1993 : Again

1994 : Any Time, Any Place

1994 : You Want This

1995 : Whoops Now

1997 : Got ’til It’s Gone (feat. Joni Mitchell & Q-Tip)

1998 : I Get Lonely (feat. Blackstreet)

2000 : Doesn’t Really Matter

2001 : All for You