Soft Cell

Posted on 19/01/2012

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Si le duo Soft Cell a marqué l’histoire de la pop music grâce au tube « Tainted Love », un morceau qui a fait le tour de tous les clubs du monde, il mérite que l’on s’y intéresse aussi pour la poignée de chansons exceptionnelles qui figure sur chacun des albums du groupe  – en particulier Non-Stop Erotic Cabaret en 1981 – et pour la voix désespérée et fragile de Marc Almond.

Lorsque les routes de Marc Almond (né en 1957) et de David Ball (1959) se croisent à l’Ecole d’art Polytechnique de Leeds en 1979, ceux-ci s’aperçoivent rapidement qu’ils partagent les mêmes goûts pour l’extrême, la marge…mais aussi pour la musique. Ils commencent alors à jouer ensemble une musique synthétique minimaliste, David Ball aux claviers et Marc Almond au chant. Leur première prestation a lieu dans le cadre de leur école. Puis ils enregistrent un premier simple intitulé « Mutant Moments » avec l’aide de la mère de David Ball, à qui ils empruntent 2000 livres.

Rapidement s’enchaînent les concerts et, en septembre 1980, alors qu’ils sont sur scène dans le cadre du festival Futurama II à Leeds, ils sont repérés par Stevo Pearce, la tête pensante du label Some Bizarre, à la recherche de nouveaux talents. La musique synthétique de Ball alliée aux apparitions spectaculaires d’Almond lui laissent penser qu’il tient là un duo hors norme. C’est pourquoi il intègre le morceau « The Girl With the Patent Leather Face » dans une compilation regroupant ses poulains (on retrouve également sur ce Some Bizarre Album inaugural la crème des groupes synthétiques de l’époque : Blancmange, The The … et surtout Depeche Mode avant que le groupe ne rencontre le succès). Plusieurs maisons de disque se disputent alors les grâces du duo : ils enregistrent tout d’abord deux nouveaux singles chez Mute Records, « A Man Can Get Lost » et « Memorabilia », puis enregistrent un troisième simple chez Phonogram où le succès de Soft Cell va éclater. Le titre « Tainted Love » fait mouche, il s’agit de la reprise d’un titre méconnu interprété en 1964 par Gloria Jones, ancienne fiancée de Marc Bolan (T.Rex), et écrit par Ed Cobb. Le morceau a déjà connu un succès relatif au milieu des années 70, mais sans comparaison avec celui rencontré par la nouvelle interprétation de Soft Cell. Le titre sera numéro 1 des charts dans 17 pays et reste dans les annales pour s’être maintenu 40 semaines au sein du Billboard. Le morceau sera repris par les groupes plus extrêmes les uns que les autres : Coil, Marilyn Manson, Christian Death, mais aussi plus récemment, et dans un autre registre, par les Pussycat Dolls.

Marc Almond avouera que cet immense succès les a dépassés. Ils se jettent alors à corps perdu dans les excès en tous genres. L’album qui suit s’intitule Non- Stop Erotic Cabaret (1981) ; il est le reflet de ces excès. Fortement marqué par la marge et la sexualité, les morceaux sont évocateurs et s’intitulent « Sex Dwarf » (nain sexuel), « Frustration » ou « Seedy Films ». Le duo y décrit les bas-fonds de Londres avec le regard naïf des jeunes adultes qu’ils sont encore. Les clips réalisés pour la promotion de l’album (par Tim Pope, le réalisateur attitré des clips de The Cure) traduisent encore plus les excès de l’époque puisqu’on y retrouve notamment Marc Almond, sanglé de cuir et entouré de créatures interlopes. Ils profitent de leur séjour à New York pour enregistrer un nouveau disque comprenant des mixes de titres déjà enregistrés tels que « Memorabilia ». Cette nouvelle production intitulée Non Stop Ecstatic Dancing (1982), réalisée sous influence de l’ecstasy, reine des clubs new-yorkais à cette époque. Deux albums vont suivre dans le même registre. En 1983 The Art of Falling Apart, et en 1984 Last night in Sodom. On y retrouve toujours les obsessions de Marc Almond pour le sexe, la marge et les extrêmes, et musicalement des morceaux pop synthétiques finement ciselés. Malgré un succès critique, le public n’est pas au rendez-vous. De plus des divergences musicales commencent à poindre entre les deux hommes. Marc Almond, qui lorgne vers une tradition pop lyrique, et David Ball, toujours passionné de synthés, possèdent désormais deux visions de leur futur musical. Le groupe se dissout officiellement en 1984. Marc Almond poursuivra un parcours solo de crooner lyrique en dent de scie, pendant que David Ball participera au groupe The Grid de 1990 à 1996, mais ils ne resteront jamais très éloignés l’un de l’autre. Plusieurs compilations du groupe voient le jour durant ces années de séparation.

En mars 2001, ils amorcent la reformation du groupe par un concert à Londres puis par une mini-tournée en Grande-Bretagne. Après avoir fait paraître un premier morceau « God Shaped Hole » sur une nouvelle compilation du label Some Bizarre, ils sortent en 2002 un album intitulé Cruelty Without Beauty, qui comprend leurs premières compositions en commun depuis presque 20 ans. Le single « The Night », tiré de l’album, rencontre un certain succès en 2003 et rentre dans les classements britanniques. Le duo travaille sur un album de remixes de leurs singles, auquel participerait notamment Ladytron ou Spektrum. L’univers expressionniste de Marc Almond a emporté l’adhésion d’une base fidèle qui retrouve en lui une sincérité et une folie souvent absente ou simulée chez bien des artistes.

Source Music Story

1981 : A man could get lost

1981 : Memorabilia

1981 : Tainted love

1981 : Bedsitter

1982 : Say hello wave goodbye

1982 : Torch

1982 : What

1982 : Where the heart is

1983 : Numbers

1983 : Soul inside

1984 : Down in the subway