Herbert Léonard

Posted on 26/01/2012

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Artiste pour ces dames, Herbert Leonard a bercé les années 1980 avec ses chansons sentimentales. Tout d’abord chanteur et guitariste de rhythm’n’blues au sein des Lionceaux, l’artiste a connu quelques années noires avant de revenir triomphalement avec des tubes comme « Pour le plaisir », « Quand tu m’aimes » et  « Amoureux Fous » dans les années 1980… et de connaître à nouveau une longue traversée du désert. Habitué des retours gagnants mais aussi des échecs à répétition, après quarante-cinq ans d’une carrière en dents de scie, l’interprète de « Puissance et gloire » est toujours dans la course.

Strasbourgeois de naissance, Hubert Loenhard voit le jour en février 1945 au sein d’une famille populaire de cette région encore fortement germanisée. Les Loenhard sont d’ailleurs exclusivement germanophones et la jeunesse de Hubert se déroule dans un environnement marqué par le ressentiment « anti-Boche » lié à la Libération. S’orientant scolairement vers le dessin industriel, Hubert Loenhard (qui se fait de plus en plus appeler spontanément « Léonard » du fait de la consonance allemande de son nom) se passionne également pour l’Histoire, mais en amateur.

Son parcours scolaire, cependant, s’arrête au lycée car, à l’image d’une grande partie de la jeunesse française des années 1960, l’adolescent est happé par la vague du rock’n’roll venu des Etats-Unis. Grand admirateur des Shadows et de Ray Charles, Hubert connaît à l’âge de quinze ans un événement à la James Dean : un accident de mobylette qui le laisse cloué sur un lit d’hôpital pendant plusieurs mois. Une fois requinqué, le jeune homme s’investit totalement dans le milieu du rock’n’roll strasbourgeois puisque ce « blanc » dans sa scolarité lui a fait perdre l’équivalent d’une année d’études.

Guitariste à ses heures perdues, Hubert Léonard intègre les Jets, un petit groupe local reprenant les grands tubes qui tournent alors sur les radios, mais aussi les premières chansons de Christophe, qu’admire le chanteur Michel Ragot. Habitués des dancings, les Jets se créent une petite réputation locale en remportant un concours organisé par un magazine spécialisé, ce qui leur vaut de passer au Golf Drouot, véritable Mecque du rock’n’roll hexagonal, à Paris.

Revenus de la grande ville avec des paillettes plein les yeux et des rêves de gloire dans la tête, les petits Alsaciens s’aperçoivent qu’ils sont devenus de véritables stars dans leur ville d’origine car la presse locale n’a pas manqué de couvrir l’escapade parisienne des « enfants du pays ». L’appel sous les drapeaux, cependant, brise net la carrière des Jets qui ne se reforment jamais réellement ; affecté à la base de Frescaty, en Moselle, Hubert Léonard profite de ses « perms » pour parcourir les dancings d’Alsace et de Lorraine, montant même un petit groupe à l’existence éphémère, les Liverpool’s.

Mais la petite notoriété locale ne permet cependant pas à Hubert Léonard de vivre de la musique et, tout en intégrant les Bonds, un groupe monté par Michel Ragot, le jeune conscrit fraîchement libéré de sa caserne trouve un travail dans une usine de la région. Alternant entre sa scie industrielle et sa Gibson (une nouveauté pour l’époque), Hubert Léonard est victime d’un accident de travail en 1965 : épuisé par les séances de répétitions, il s’endort sur son outil de travail et se tranche le pouce. En dépit des efforts des médecins, le guitariste ne récupère jamais totalement l’usage de ce doigt et doit se trouver un style musical nécessitant le moins possible l’usage de son pouce.

Pour compenser, il se met au chant et rejoint les Lionceaux, un groupe de Reims. Disposant d’une notoriété grandissante dans le milieu du rock’n’roll hexagonal, les Lionceaux accueillent leur nouveau chanteur en lui accordant une liberté dans le choix des morceaux à interpréter sur scène. Reims d’abord, la capitale ensuite. Retour à Paris pour le Strasbourgeois qui se produit pour la première fois sur la scène de l’Olympia avec beaucoup d’aisance… et de trouille dans le ventre. Otis Redding, Aretha Franklin et James Brown constituent l’essentiel des reprises des Lionceaux qui deviennent, de fait, l’un des premiers groupes de soul made in France. En dépit de leur succès, les Lionceaux se séparent en 1966 suite à la rupture de leur contrat avec leur maison de disque.

S’installant à Paris à la demande d’Alain Hattat, Hubert Léonard fait merveille en tant que chanteur, particulièrement sur des morceaux anglais… langue qu’il n’a pourtant jamais apprise mais dont il arrive à reproduire les tons de manière convaincante (mais à l’époque, il n’est guère le seul yé-yé à chanter en yaourt). Faisant la connaissance d’Antoine, il intègre son groupe les Problèmes et se produit aux côtés de Jean Sarrus, Gérard Rinaldi, les futurs Charlots.

Bien que chanteur secondaire, ses prestations vocales lui valent de taper dans l’œil de Lee Hallyday, oncle par alliance et producteur de Johnny qui offre une opportunité en or au jeune homme : enregistrer son premier album solo de rhythm’n’blues à New York. Un peu sonné par une telle proposition, Hubert accepte et s’envole donc pour les Etats-Unis afin d’y adapter quelques titres de Mort Schuman et Howard Tate, devenant de fait, le premier chanteur de rhythm’n’blues français recensé.

Si Je Ne t’Aimais Qu’un Peu sort en 1967 sous le patronyme d’Herbert Léonard, « Herbert » sonnant plus anglo-saxon que « Hubert ». Le disque passe sur les périphériques, mais ne permet pas au jeune homme d’en vivre. C’est donc en tant que musicien d’Antoine que le désormais Herbert continue à tourner.

Le succès ne vient réellement qu’avec Quelque Chose Tient Mon Cœur, son deuxième album, en 1968 et notamment le titre « Pour un peu d’amour », adaptation francophone de « Somebody to Love » de Jefferson Airplane. Triomphe immédiat, Herbert Léonard devient l’un des chouchoux de Salut les Copains et des midinettes de son temps, d’autant que le look de « beau ténébreux » qu’il adopte alors lui donne un petit air de séducteur d’outre-Atlantique, ce qui est loin de déplaire à la gent féminine.

Jouant déjà le jeu du chanteur de charme, Herbert Léonard devient l’une des nouvelles coqueluches de la scène française ainsi qu’une authentique vedette populaire en chantant en première partie de Sylvie Vartan ou de Johnny Hallyday, les vedettes colossales de l’époque. Tel Quel, en 1969 en revanche, est un semi-échec car sa maison de disques, Philips, n’assure que peu sa promotion médiatique.

En mars 1970, Herbert Léonard est victime d’un grave accident de voiture qui le laisse partiellement défiguré. Les photos montrant le chanteur en piteux état font le tour des rédactions des magazines crapoteux et l’artiste se trouve grandement affecté tant par sa convalescence que par cette image de « monstre de Frankenstein » (comme il le qualifie lui-même) à mille lieues du chanteur de charme qu’il incarnait alors.

Une fois rétabli, Herbert Léonard se voit pris en main par le producteur Gérard Manset, succédant à Lee Halliday au sein de l’écurie Philips. Mais Trois Pas Dans le Silence, son nouvel album, est un flop retentissant, le public ne retrouvant pas le chanteur dans cette expérience étrange et très psychédélique. La série noire entamée avec l’accident ne s’arrête pas à cet échec commercial puisque Herbert Léonard se voit souffler par Gérard Lenormand le rôle principal de la comédie musicale Hair avant de se faire violemment rejeter par le public de Robert Charlebois dont il assurait la première partie.

Une paire 45-tours est enregistrée, mais les disques passent inaperçus et Philips arrête sa collaboration avec le chanteur en 1973. Deux tentatives de come-back en 1976 et 1979 sont sans lendemains et, à l’exception de l’animation de galas dans des discothèques de province et de quelques tournées en tant que musicien de Michèle Torr ou Sylvie Vartan, la carrière d’Herbert Léonard stagne au fond du trou.

Une reconversion professionnelle s’avérant nécessaire, Herbert Léonard, qui a toujours été passionné par les avions militaires, rejoint la rédaction d’Aviation Magazine, une publication spécialisée dans l’aéronautique où il s’occupe tout d’abord de dessiner des plans (du fait de sa formation initiale de dessinateur industriel), avant de se spécialiser dans les modèles d’avions russes dont il devient très vite un spécialiste reconnu, au point d’écrire un livre faisant autorité dans ce domaine.

La fréquentation de quelques amateurs de Stukas lui vaut quelques articles acerbes d’une certaine presse, car au sein des cercles d’amateurs des avions allemands se cachent quelques nostalgiques du Troisième Reich, avec lesquels le chanteur n’a par ailleurs jamais fricoté. Quelques procès valent à Herbert Léonard d’être rétabli dans son bon droit et la tentative de le faire passer pour un affreux sympathisant nazi fait long feu.

Respectable journaliste, Herbert Léonard met de côté sa carrière artistique en dehors de quelques galas ici et là, pour arrondir les fins de mois. Pourtant, il est des gens qui croient encore en lui. Notamment un jeune compositeur lorrain quasi-inconnu qui, depuis quelques années, frappe à toutes les portes pour essayer de placer ses chansons. Le hasard veut que le jeune homme, Julien Lepers en l’occurrence, frappe à celle de Vine Buggy en 1979, productrice et vieille amie de Herbert Léonard, l’une des rares à ne pas l’avoir laissé tomber pendant sa période de vaches maigres.

Buggy organise une rencontre et l’un des titres du futur animateur du jeu télévisé français Questions pour un champion retient l’attention de Herbert Léonard : « Pour le plaisir ». L’album du même nom sort en 1981 et le retour en grâce du chanteur est foudroyant. Outre le tube éponyme, les autres titres de l’album montrent également un léger virage dans l’image de marque du chanteur qui, de chanteur de charme « respectable » dans les années 1970, devient un susurreur de ritournelles coquines aux sous-entendus plus qu’explicites comme « Suzie m’attend » ou « Et toi, sexuellement parlant ».

Retour gagnant pour le chanteur qu’on voit à nouveau sur tous les plateaux de télévision et sur toutes les radios. Demi-dieu au Japon, Léonard y fait une tournée triomphale en 1982 avant d’enregistrer Commencez Sans Moi, en 1984. Crooner à la voix chaude, Herbert Léonard s’installe sur le créneau du chanteur d’amour physique, n’hésitant pas à aller plus loin dans la description de l’acte que n’importe quel chanteur de variété avant lui, se faisant même taxer de « chanteur vulgaire » par certains.

De ses tournées internationales, Herbert Léonard rapporte un concept artistique encore méconnu en France : le duo. À l’époque, Julie Pietri est la chanteuse à la mode qui enchaîne les tubes et Herbert Léonard la contacte en vue d’un projet de duo de chanteurs. « Amoureux Fous » est le résultat et l’ambiguïté des relations entre Julie et Herbert favorise les ragots, les on-dit… et, de fait, la promotion du titre.

Bienheureux parmi les bienheureux, Léonard est alors contacté par la production du feuilleton Châteauvallon qui lui commande la chanson de générique. « Puissance et gloire » devient derechef un tube, mais déjà, la carrière de l’artiste recommence à stagner car Julien Lepers, son compositeur attitré, croule sous les projets personnels et ses nouvelles compositions ne brillent guère par leur originalité. Malgré le succès de l’album Laissez-Nous Rêver (1987) et le live à l’Olympia qui s’ensuit l’année suivante, Herbert Léonard tourne un peu en rond et ne renouvelle pas vraiment son répertoire.

« Sur des musiques érotiques » et « Quand tu m’aimes » sont autant de succès pour le chanteur, mais son image, elle, devient davantage celle d’un quadragénaire pervers que d’un chanteur de charme. Surnommé le « chantre du priapisme », Herbert Léonard commence à s’engluer réellement en 1989 avec un « Je suis un grand sentimental » qui, à l’exception du titre-phare, ne rencontre qu’un succès en demi-teinte.

Une tentative de retour au rhytm’n’blues en 1991 avec Herbert Léonard est un échec, confirmé en 1993 avec Une Certaine Idée de l’Amour, compilation qui tente de surfer sur la vague de sa grande époque variétés. Entre le rhythm’n’blues et la chanson de charme, Herbert ne sait guère choisir et le public, lui, l’attend de moins en moins. Certes, il conserve son public, mais artistiquement, il semble complètement perdu et s’accorde une pause de quelques années avant de s’atteler à nouveau à l’écriture de Notes Intimes, en 1995, qui ne marche qu’à moitié.

Si J’avais un Peu d’Orgueil (1998) rencontre un succès similaire. Le public « historique » d’Herbert Léonard suit toujours son idole, mais il ne parvient pas à percer auprès d’une audience plus jeune. S’il ne parvient pas à toucher le jeune public, Herbert Léonard voit cependant qu’un nouveau style musical a refait son apparition en France depuis quelques années : la comédie musicale à forte médiatisation. Pris d’une véritable frénésie de création sur la lancée de Notre-Dame de Paris, la scène française se lance dans l’adaptation de tout et n’importe quoi en version « comédie musicale » : si cela fonctionne avec Roméo et Juliette, ça pourra fonctionner avec n’importe quel sujet. Dans les faits, la plupart des projets de l’époque ne dépassent pas le stade de la conception publicitaire et nombre de spectacles sont annulés avant même la première faute de réservations et de pré-ventes.

Herbert Léonard, lui, préfère tabler sur quelque chose de solide, à savoir le divertissement qui a ramené la mode : Notre-Dame de Paris. Apprenant le départ de Daniel Lavoie de la troupe, il postule pour reprendre le rôle de l’archevêque Frollo et l’obtient. Pendant deux ans, Herbert Léonard tourne et impose son interprétation du cruel clerc dans toute l’Europe.

Habitué à revenir là où on ne l’attend pas, Herbert Léonard enregistre un album thématique plus que troublant, Génériquement Vôtre, y interprétant une douzaine de génériques de fictions télés diffusés en France, de Princesse Rebelle à Nestor Burma en passant bien évidemment par une reprise de celui du thème de Châteauvallon. Projet surprenant, mais qui a le mérite de toucher un large public. Sur la lancée du succès de Génériquement Vôtre, il entame l’écriture et l’enregistrement d’Aimer une Femme, pour lequel il rappelle son ancienne complice Julie Piétri, dont la carrière stagne depuis de nombreuses années.

En 2004, en revanche, Entre Charme et Beauté passe inaperçu du fait d’un énorme déficit dans la promotion de l’album. Revenu au Casino de Paris en 2007, le crooner prépare son retour dans les bacs avec Au Clair des Femmes. Les femmes, toujours…

Source Music Story

1968 : Pour être sincère

1981 : Pour le plaisir

1983 : Amoureux fous (w/ Julie Pietri)

1985 : Puissance et gloire

1987 : Quand tu m’aimes

1987 : Sur des musiques érotiques

1989 : Jaloux de vous

1991 : Parlons d’amour

1995 : Je serais fou de l’oublier

2001 : Les Feux de l’amour