Desireless

Posted on 01/02/2012

3


Avec Jeanne Mas et Guesch Patti, Desireless fut représentative d’une certaine image des années 1980 « à la française ». Figure androgyne, coupe de cheveux inimitable, look à l’encan… « Voyage, voyage » et « John » furent les deux titres sur lesquels la jeunesse de l’époque se trémoussa dans les clubs, mais eurent le défaut de limiter la chanteuse à ces uniques morceaux dans l’esprit du grand public, en dépit d’une carrière qui se poursuit encore et toujours.

Née le jour de Noël 1952, c’est sur la côte d’Albâtre, au Tréport, que Claudie Fritsch-Mentrop passe la majeure partie de son enfance. Âgée de 16 ans en 1968, la jeune adolescente suit avec attention l’évolution des desideratas de la jeunesse de son époque et se laisse séduire par les promesses de changements sociaux véhiculés par l’esprit de Mai. Dès 18 ans, Claudie quitte le carcan familial pour tenter ses propres expériences professionnelles et humaines et entame des études de stylisme qui se concrétisent en 1975 par la création d’une ligne de vêtements, « Poivre et Sel » en collaboration avec le designer Claude Sabbah. L’expérience ne se révélant pas concluante, la jeune styliste préfère s’adonner à sa seconde passion : la chanson. Évoluant de formation éphémère en groupe sans lendemain, elle se lie d’amitié en 1984 avec le parolier Jean-Michel Rivat, déjà à l’origine des « Daltons » de Joe Dassin ou de « Géant » pour Alain Chamfort, et intègre le groupe Air 89, formation new-wave tout à fait en conformité avec son temps. Deux 45-tours sortent en 1984 (« Cherchez l’amour fou ») et 1986 (« Qui peut savoir »), mais restent cantonnés à un public restreint.

Un voyage en Inde sera l’occasion pour Claudie Fritsch-Mentrop, devenue entre-temps Desireless (littéralement « privée de désir ») de se remettre en question et d’opter pour le choix d’une carrière solo. Toujours coachée par Jean-Michel Rivat, elle sort en 1986 son premier single solo, « Voyage, voyage » qui rencontre un fulgurant succès et se classe aux sommets du Top 50 en France, mais également dans tous les hit-parades européens. Beat calibré pour boîtes de nuit, paroles exotiques, marketing féroce autour d’une interprète au look reconnaissable à cent kilomètres : tous les éléments nécessaires pour faire de Desireless une vedette sont au rendez-vous et l’alchimie fonctionne parfaitement. La chanteuse est de tous les plateaux télés et sur toutes les radios. Exportable jusqu’à Moscou, Desireless joue totalement la carte de la new-wave pour le grand public et devient aussi connue pour son titre-phare que pour sa brosse traumatisante qui lui vaudra entre autres les quolibets goguenards de quelques humoristes, à l’image du subtil et délicat Lagaf‘, qui en fera même un élément central de son sketch « Bo le lavabo ».

Mais le public ne peut éternellement rester fidèle à un seul tube et Desireless sort son deuxième single en 1988, « John ». Même recette que pour « Voyage, voyage », même si le succès s’avère moindre, bien que toujours au rendez-vous. Se produisant avec succès en ex-Europe de l’Est à l’heure où l’ancien bloc soviétique se détache, la chanteuse devient en quelque sorte une sorte d’ambassadrice de son temps, prêchant la bonne parole de la variété néo-pop tendance synthé Yamaha dans ces terres lointaines. Les origines tchèques de la chanteuse lui valent par ailleurs un véritable triomphe en Tchécoslovaquie.

Un premier album, François (du nom de son compagnon) sort en 1989, reprenant bien évidemment « John » et « Voyage, voyage », mais également quelques titres intéressants comme « Animal », « Qui sommes nous ? » ou « Elle est comme les étoiles ». Malgré un classement fort honorable au Top Albums (n°29), le public ne suit plus vraiment la chanteuse car, à l’image de nombreux groupes et interprètes de l’époque (A Caus’ Des Garçons, Les Calamités, Cookie Dingler, Raft…), Desireless donnait l’impression d’un produit très formaté et à la durée de vie limitée à deux ou trois singles et, éventuellement, un album. Progressivement, Desireless perd le contact avec le public, d’autant que la naissance de sa fille l’accapare complètement. C’est donc en tant que maman à plein temps que Claudie Fritsch-Mentrop passera le cap des années 1990, ne renouant avec les studios qu’en 1994 avec I Love You, album plus acoustique, qui ne rencontre pas le succès en dépit de la sortie des singles « Il dort » et « I Love You ».

Retour peu concluant pour l’artiste, passée chez le coiffeur entre-temps, qui persiste cependant mais abandonne son répertoire new-wave / pop pour se consacrer à la chanson acoustique et la bossa nova, accompagnée sur scène par un seul guitariste (l’argentin Domingo, puis le français Michel Gentil).

Aucun album, toutefois, ne sortira de cette tournée modeste. Desireless n’en continue pas moins de se produire, sur un registre de chanson française plus intimiste, dans des salles modestes, allant de MJC en salles des fêtes. Il faudra attendre le début des années 2000 et le dépoussiérage mi-nostalgique, mi-sarcastique des stars des années 1980 pour que Desireless soit à nouveau invitée sur les plateaux de télévision, exercice auquel elle accepte de se prêter sans naïveté sur les raisons profondes de ce come-back. Habile en affaires, elle profite de cette occasion de retour gagnant pour ressortir ses deux premiers albums remixés en 2001, ainsi qu’un best of en 2003 sur lequel Claudie Fritsch réussit à placer quelques unes de ses nouvelles compositions.

Relancée par cet élan médiatique, Desireless, qui s’est séparée de son compagnon, sort coup sur coup sa compilation Les Plus Grands Succès et le live acoustique Un Brin de Paille. Une tournée spectacle La Vie Est Belle rencontre également un grand succès en Europe. New-wave, pop, variété, bossa nova, chanson à textes… il ne manquait plus que l’électro en guise de corde sur un arc qui en contenait déjà beaucoup. L’oubli est réparé en 2007 avec More Love & Good Vibrations, mêlant morceaux originaux et remixes de succès passés. Succès en club, cet album sort en même temps que la tournée 80 RFM Party à laquelle Desireless participe.

Désormais privée de sa brosse légendaire, Desireless poursuit son petit bonhomme de chemin, entre vie familiale, tournées acoustiques et expériences électro. L’icône pop des années 1980 a laissé place à une brave mère de famille à lunettes, à la carrière moins flamboyante que jadis, mais régulière et éclectique. Avec ou sans coupe néo-punk, Desireless, survivante de l’enfer des années 1980, fait toujours partie du voyage.

Source Music Story

1986: Voyage Voyage

1988 : John

1989 : Qui sommes-nous ?

1990 : Elle est comme les étoiles

1994 : Il dort

1994 : I love you