Murray Head

Posted on 05/02/2012

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Vu dans des films de Molinaro, Schlesinger ou Just Jaeckin, entendu avec « Chess », « Say It Ain’t So, Joe » ou « One Night in Bangkok», Murray Head, auteur, compositeur, acteur et chanteur, traverse le temps avec la même élégance, toute britannique. British jusqu’au bout des ongles mais amoureux passionné de l’Hexagone autant que francophile averti, cet artiste pluridisciplinaire balade indifféremment son visage buriné et son accent anglais de studios en plateaux depuis 1966.

Né le 5 mars 1946 au cœur d’une ville de Londres encore ravagée par les séquelles des bombardements allemands, Murray Seafield Saint-George Head, fils d’une actrice et d’un producteur de documentaires, avait toutes les cartes en main pour se destiner à une carrière dans le milieu du spectacle. Scolarisé toute sa jeunesse au lycée français de Londres, ce qui développe chez lui un goût pour l’Hexagone et sa culture, il suit également des cours de théâtre et de musique, s’intéressant aux deux branches artistiques dans lesquelles il s’épanouira plus tard.

Dès l’âge de 17 ans, il signe un contrat pour quelques titres avec EMI, alors l’une des maisons de disques majeures de la nouvelle scène britannique. Mais, en dépit de ce début de carrière qui s’annonçait sous les meilleurs auspices musicaux, c’est plutôt devant la caméra qu’il fait ses premiers pas en 1966, pour les besoins de The Family Way. Une petite prestation, cependant remarquée, puisqu’elle lui ouvre par la suite les portes de deux autres productions majeures : Sunday, Bloody Sunday, (1971) de John Schlesinger (traduit maladroitement Un dimanche comme les autres, en VF, le film fait grand bruit par sa description d’un rapport homosexuel) et Jesus Christ Superstar d’Andrew Lloyd Weber et Tim Rice. S’il ne participe pas directement à la comédie musicale jouée à Broadway ou à l’adaptation cinéma de 1973, c’est cependant lui qui prête sa voix à Judas sur l’album qui paraît en 1970. Il participe par ailleurs à l’écriture de certains morceaux de cette comédie musicale biblico-hippie.

Bilingue et capable de jouer en français, Murray Head se voit proposer en 1972 un rôle dans le film d’Edouard Molinaro, La Mandarine. Une collaboration qui sera loin d’être la dernière avec ce réalisateur. Sur d’autres fronts, le concept-album Nigel Lived, narrant au fil des titres l’ascension, la déchéance et la chute d’une jeune star du show-business ne marque guère les esprits. Il lui faut attendre 1975 pour que « Say I Ain’t So, Joe », là encore dédié à une star culminante, puis déchue (le joueur de base-ball Joe Jackson à qui le titre de l’album fait explicitement référence) pour que Murray Head rencontre le succès. C’est d’ailleurs l’un de ses rares vrais tubes dans sa Grande-Bretagne natale, le reste du monde – et notamment la France – étant plus accueillant envers son talent. Désormais produit par Islands Records, il peut se lancer sereinement dans l’écriture et l’interprétation de son répertoire avec un rythme de stakhanoviste. Les albums Voices, Find The Crowd, Shade et Restless sortent entre 1981 et 1984 à intervalle régulier. Par ailleurs, obnubilé par sa carrière musicale, on ne le voit plus guère au cinéma entre 1975 et 1984 (à l’exception d’une participation à El Poder del Deseo de Juan Antonio Bardem et au graveleux Madame Claude de Just Jaeckin).

En 1984, Murray Head retrouve Tim Rice pour un projet de comédie musicale majeure : Chess, spectacle original de production britannique tournant autour d’une histoire de transfuge entre l’Est et l’Ouest sur fond de championnat d’échecs international. Contacté pour composer les musiques de l’album et prêter sa voix au personnage de l’arrogant joueur d’échec américain Freddie Trumper (quelque peu inspiré du très réel Bobby Fischer), Murray Head est à l’origine du tube « One Night in Bangkok », qui marque à la fois l’album, la comédie musicale de Broadway et toutes les adaptations futures de cet opéra-rock. Renouant avec le grand écran, il est présent au générique de Sur la Route de Nairobi  (1987) de Michael Radford. Tout en continuant d’écrire des albums sous son nom propre (Sooner or Later, 1987), sa créativité musicale est également sollicitée par le cinéma pour la composition de bandes originales. Outre Un Été d’orage de Charlotte Brandstorm (1989 – dans lequel il joue également), il retrouve Edouard Molinaro pour les besoins de Pour cent briques, t’as plus rien  (1982) et A gauche, en sortant de l’ascenseur (1988). Certes pas les meilleurs Molinaro, mais le travail de Murray Head reste aussi impeccable que professionnel.

Après avoir sorti Wave en 1992, c’est vers le Québec qu’il se tourne : il y connaît un succès, avec des chansons aux paroles signées Luc Plamondon, complice avec qui il signera plus tard une comédie musicale.

Murray Head s’engage dans une tournée dans la Belle Province et fait le plein à chaque représentation. A son retour, c’est vers ses lointaines racines celtiques qu’il décide de revenir. Épris de folklore celte, de la Bretagne à l’Irlande, l’artiste compose plusieurs titres d’inspiration irlandaise qui seront repris sur Pipe Dreams (1995). En 1996, il retrouve Edouard Molinaro pour les besoins de Beaumarchais, l’insolent, dans le (second) rôle de Lord Rochford. Parallèlement à sa double carrière de musicien et d’acteur, l’artiste mène, trois ans durant (1995-1998), une étude sur l’histoire d’amour d’Alfred de Musset et George Sand. Ce travail aboutit sur grand écran avec Enfants du Siècle (titre inspiré du roman de Musset, Confession d’un enfant du siècle), dont il co-signe le scénario avec François-Olivier Rousseau et Diane Kurys. Le film, que co-produit et réalise cette dernière, sort en 1999.

En 2002, sortent coup sur coup son album Passion et le film Les Amants du Nil, dans lequel il tient l’un des seconds rôles. Globalement, et sans tomber dans une énumération exhaustive et fastidieuse, Murray Head n’a jamais vraiment cessé de tourner pendant ses périodes d’enregistrement et de composition et inversement. La même année, il compose le titre « La Mandarine » pour la comédie musicale Cindy, adaption revisitée de Cendrillon. Toujours à l’aise aussi bien derrière ses instruments que devant l’objectif d’une caméra, Murray Head donne dans la comédie familiale légère (Moi, César, 10 ans ½, 1,39 m  de Richard Berry) mais aussi dans les dramatiques aux thèmes plus sérieux (Les Enfants du siècle) tout en entretenant une carrière régulière dans des productions télévisuelles canadiennes et britanniques (Casualty, North Square, Judge John Deed…).

Sexagénaire très actif, dont le cœur balance sans cesse entre la France, le Canada et l’Irlande, ironiquement plus connu dans son pays d’origine comme acteur que comme chanteur et compositeur, Murray Head, ne semble toujours pas décidé à vieillir. Ainsi, en mars 2007, ce très distingué francophile sort-il Tête à Tête, seizième disque d’une carrière aussi constante que prolifique. Un peu plus d’un an plus tard, paraît Rien N’est Ecrit, au mois de juin 2008.

Source Music Story

1967 : She Was Perfection

1969 : Superstar

1975 : Say It Ain’t So, Joe

1976 : Someone’s Rocking My Dreamboat

1977 : Never Even Thought

1978 : Mademoiselle

1984 : One Night in Bangkok

1984 : When You’re in Love

1986 : Some People