Roxy Music

Posted on 19/02/2012

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Un chanteur crooner de soul blanche, un sorcier de l’électronique et des instrumentistes hyper-doués, telle est la composition hétéroclite de Roxy Music, formation art-rock par excellence qui ne cesse de renaître depuis son entrée tonitruante et glamour au début des années soixante-dix.

Fils de mineur et élève du grand artiste pop-art anglais Richard Hamilton à l’Université de Newcastle, Bryan Ferry (né en 1945) forme ses premiers groupes The Banshees puis, au milieu des années 60 avec Graham Simpson, The Gas Board orienté vers le rhythm and blues. Il poursuit parallèlement les activités professionnelles successives de disc-jockey, chauffeur-livreur puis professeur en arts plastiques (céramique) dans un collège de jeunes filles.

L’année suivante, lors d’une audition infructueuse auprès de King Crimson cherchant un successeur à Greg Lake, il est remarqué par David Enthoven, relations publiques chez E.G. Management, susceptible de financer son premier disque dès qu’il aura constitué un groupe. C’est ainsi qu’en 1971 il fait les rencontres décisives de Brian Eno (1948), joueur de claviers autodidacte fraîchement sorti de son école d’art, et de son camarade le saxophoniste classique Andy Mackay (1946, ex-London School Symphony Orchestra et Nova Express). Le guitariste Roger Bunn et le percussionniste Dexter Lloyd, recrutés par petite annonce et jouant sur les premières demos, sont vite remplacés en juillet 1971 par David O’List (ex-Nice) et Paul Thompson (1951). La formation se stabilise avec la promotion début 1972 de Phil Manzanera (né Targett-Adams, 1951, ex-Quiet Sun), guitariste et ingénieur du son provisoire du groupe en remplacement de O’List et le départ de Simpson au profit de Rik Kenton.

Roxy Music est né de l’imagination débordante de Bryan Ferry, fasciné par l’univers hollywoodien, qui souhaite réintroduire l’imagerie glamour dans le rock et renouveler le genre en le frottant aux expérimentations de ses acolytes.

Après quatre passages dans l’émission Sound Of The Seventies de l’influent programmateur radio John Peel, la bande est signée par Island Records, tête chercheuse du rock anglais, et confiée à Pete Sinfield (parolier de King Crimson et ici producteur) chargé de mettre en son les idées du premier album Roxy Music qui paraît à l’été 1972. Sur ce premier essai transformé dans le Top 10 anglais, les inflexions de crooner de Ferry survolent le tapis sonore mouvementé créé par Eno avec son mini-moog, son modulateur EMS et ses boucles pré-enregistrées. L’association est tout aussi étrange sur scène, en première partie de David Bowie et Alice Cooper, où le style classique du chanteur tranche avec l’accoutrement à plumes et paillettes du claviériste dégarni devant, cheveux longs derrière. Le 45 tours « Virginia Plain » absent de l’album se paie le luxe d’une quatrième position dans les charts britanniques. Il sera repris en 1998 par le super-groupe Venus In Furs (avec Thom Yorke) pour le film Velvet Goldmine.

Le suivant « Pyjamarama » tout aussi abstrait, précède l’album For Your Pleasure (mars 1973) sans y être inclus. Le nouveau bassiste s’appelle John Porter. Ce deuxième opus se signale notamment par sa fameuse pochette « avec la panthère » tenue en laisse par Amanda Lear ; il sera de coutume pour le groupe d’adopter des modèles féminins toujours plus sexy. Le contenu est à la hauteur des espérances avec sa poignée de hits flamboyants « Do The Strand », « Editions Of You » et le sublime « In Every Home Dream A Heartache ». Roxy Music est vite associé au mouvement glam-rock qui bat son plein avec les succès du T.Rex de Marc Bolan, des Slade, Sweet et de David « Ziggy » Bowie. Une étiquette qui s’appuie sur le look scintillant des musiciens dont on ne peut reprocher de faire dans la sucrerie musicale.

Cependant, lassé de voir ses propres compositions mises à l’écart et jalousé par Ferry qui entend bien maintenir le leadership, Eno quitte la bande pour se lancer dans un double parcours de producteur recherché et musicien expérimental, traçant la voie à la musique électronique ambient et techno. Il s’illustre notamment dans la « période berlinoise » de Bowie (77-78). Bryan Ferry profite de ce temps suspendu pour réaliser son péché mignon, un disque de reprises de ses titres favoris (These Foolish Things, 1973). Dès lors, il mènera de front sa propre carrière et celle de son groupe avec habileté, louant les services de ses musiciens sans jamais mélanger les genres.

La formation qui enregistre Stranded (fin 1973), à savoir Ferry, Manzanera, Mackay, Thompson, le nouveau venu Eddie Jobson (claviers et violon, ex-Curved Air) et les bassistes d’appoint John Gustafson en studio et Sal Maida en tournée, n’est guère déboussolée par l’absence d’Eno et ses synthétiseurs à en juger par la solidité des compositions, soient « Street Life » (n°9), « A Song For Europe » ou « Mother Of Pearl ». L’album se hisse même au sommet des classements. Insatiable, Ferry obtient de larges succès avec son album Another Time, Another Place et ses singles l’année suivante, tandis que Mackay sort son propre album instrumental In Search Of Eddie Riff (été 1974). Les honneurs qui étaient jusqu’à présent concentrés en Angleterre et sur le Vieux-Continent sont désormais étendus aux Etats-Unis qui prennent le train Roxy Music en marche et acclament la parution de Country Life (novembre 1974) avant une tournée avec le bassiste John Wetton (ex-Family et King Crimson). Le plébiscite de ce disque serait-il seulement dû à la pochette réunissant deux créatures largement dévêtues prises sous le flash d’un photographe, ou aux titres porteurs « All I Want Is You » (n°12 en Angleterre) et « The Thrill Of It All » que les Anglais boudent pour la première fois ?

En réparation, le single « Love Is The Drug » est un triomphe (n°2), profitant de l’engouement pour les prémisses de la vague disco outre-Atlantique où il atteint le Top 40. L’album Siren (octobre 1975) qui présente le top model Jerry Hall (compagne de Ferry et future Mrs. Jagger) rampant sur un rocher, est pareillement fêté (n°4 anglais, Top 50 US) malgré une légère baisse de régime. Il a été enregistré en un éclair (cinq jours en juin) aux studios Air sous la houlette de Chris Thomas. Après une tournée épuisante qui donne lieu à l’album Viva ! Roxy Music Live (juillet 1976), le groupe annonce sa séparation. Les membres du groupe divergent vers différents projets : Mackay signe la musique de la comédie à succès Rock Follies ; Manzanera réunit quelques collègues pour Diamond Head  (1975), participe au disque de reformation de Quiet Sun Mainstream puis forme l’épisodique 801 avec Eno (801 Live, Listen Now) ; Jobson se joint au groupe de Frank Zappa tout en multipliant les collaborations ; et Ferry employant ça et là les talents de ses acolytes retourne à sa carrière solo (Let’s Stick Together en 76, In Your Mind en 77 et The Bride Stripped Bare, 1978).

Fin 1978, c’est avec une nouvelle mouture composée des fidèles Manzanera, Mackay et Thompson plus les arrivants Paul Carrack (ex-Ace et futur Squeeze), Gary Tibbs (bassiste studio, ex-Vibrators) et David Skinner (pour les tournées) que réapparaît Roxy Music et son chef Bryan Ferry. Jobson et Wetton sont partis rejoindre UK. Manifesto (mars 1979) signe ce retour sous forte influence disco-soul avec des titres plus courts et facilement assimilables (« Angel Eyes » n°4, « Ain’t That So »), démontré par le bon accueil général (n°7 anglais, n°23 américain). « Dance Away » fait même un excellent n°2. Cette formule très propre, éloignée des frasques des débuts, se poursuit avec le septième album studio Flesh + Blood  (mai 1980) et sa pléiade de singles : « Over You » (n°5), « Oh Yeah (On The Radio) » (idem), « Same Old Scene » (n°12) et la reprise de Wilson Picket « In The Midnight Hour » non classée. L’album est tout autant un grand succès commercial (n°1).

C’est donc au sommet de sa notoriété qu’est enregistrée « Jealous Guy » (n°1) la fort belle reprise-hommage à John Lennon récemment assassiné le 8 décembre 1980. Ferry et de nouveaux partenaires Neil Hubbard, Alan Spenner et Andy Newmark (en remplacement de Carrack, Tibbs et Thompson) s’enferment dès lors en studio pour accoucher du très étheré Avalon (mai 1982, n°1 sur trois semaines), album majestueux et sophistiqué marqué par la prédominance des synthés, qui influencera bon nombre de groupes new wave (« More Than This » n°6, « Avalon », « Take A Chance With Me »).

Cet incontournable des années 80 qui place la vieille formation british aux côtés des grosses machines apparues plus récemment (The Police, Dire Straits) est suivi d’une tournée avec plus de claviers (Guy Fletcher, Jimmy Maelen) et de choristes (Michelle Cobbs, Tawatha Agee). En mars 1983 paraît le mini-album quatre titres Musique – The High Road avec sa reprise du « Like A Hurricane » de Neil Young. Mais Roxy Music est déjà séparé depuis la fin 82, Mackay et Manzanera sont déjà à leur nouvelle aventure The Explorers (puis feront un album en commun en 89) et Ferry réactive sa carrière solo, auréolée d’une popularité sans tache, de Boys And Girls (1985, n°1) en Bête Noire (1987), et de Taxi (93) à Mamouna (94) de son propre cru, jusqu’aux vieux standards de As Time Goes By (99) enregistré sur du matériel d’époque.

En 86, la compilation Street Life : 20 Great Hits (n°1) vient rappeler que le groupe n’est guère oublié. Quatre ans plus tard sort Heart Still Beatin’, un live inédit de la tournée française de 1982 (un concert enregistré à Fréjus) et fin 95 le magnifique coffret The Thrill Of It All – Roxy Music 1972-1982  (4 CD) retrace la belle aventure de ce groupe si élégant et atypique. On la croit alors lointaine et appartenant définitivement au passé.

Pourtant, comme une annonce nous rendant fort sceptiques, la nouvelle d’une reformation fait son chemin. Et la première question venant à l’esprit : avec ou sans Eno ?. Ce sera sans, le discret gentilhomme goûtant peu à ce genre de réunions. Roxy Music revient donc en quatuor (Ferry, Manzanera, Mackay et Thompson). Juin 2001, une tournée d’une cinquantaine de dates – aucune en France –  démarre sous l’intitulé mythique, ce que résume le double Roxy Music Live de provenance diverse et le DVD Live At The Apollo extrait d’un concert londonien.

En 2002, Eno répond à l’invitation de Ferry sur l’album Frantic (« I Thought ») sans toutefois participer aux concerts ponctuels de Roxy Music au festival de l’île de Wight (11 juin 2005) puis au Live8 de Berlin le mois suivant. Après diverses déclarations contradictoires des deux parties, Brian Eno se laisse convaincre de jouer sur le nouvel album en préparation, composant deux titres à cet effet. Phil Manzanera se fait le porte-parole du groupe en annonçant la sortie du nouveau projet prévu pour 2007, le premier depuis vingt-cinq ans, après la parution de l’hommage Dylanesque de Bryan Ferry.

Source Music Story

1972 : Virginia Plain

1973 : Pyjamarama

1973 : Street Life

1975 : Love Is the Drug

1979 : Dance Away

1979 : Angel Eyes

1980 : Over You

1980 : Oh Yeah

1980 : Same Old Scene

1980 : In the Midnight Hour

1981 : Jealous Guy

1982 : More Than This

1982 : Avalon

1982 : Take a Chance With Me