Talk Talk

Posted on 26/03/2012

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Talk Talk, un quatuor anglais né au début des années 1980, a su imposer en cinq albums un style et des sonorités tout à fait uniques. Généralement assimilé à la vague électro-pop des années new-wave en raison de quelques tubes (« It’s My Life », « Such A Shame »), Talk Talk s’est ensuite orienté vers une musique ambient soignée et sans concession, selon la volonté de son chanteur et compositeur Mark Hollis.

Né à Tottenham (banlieue londonienne) en 1955, Mark David Hollis se dirige vers des études de psychologie en pédiatrie à l’université du Sussex quand il décide de se consacrer à une carrière musicale en 1975. Sur les traces de son frère aîné Ed Hollis, manager du groupe punk Eddie & The Hot Rods dans lequel Mark joue brièvement, il forme The Reaction deux ans plus tard. Publié sur Island, le premier single a pour titre « Talk Talk » et son successeur « I Can’t Resist » (juin 1978) signé par les deux frères, a la chance d’être inclus sur la compilation Streets (Beggars Banquet), lui apportant le statut de pépite collector prisée des mods.

A la recherche d’une autre voie, Mark Hollis travaille à d’autres compositions plus élaborées sous l’œil bienfaisant de Keith Apsden qui ne tarde pas à quitter son job dans le label Island pour s’occuper de l’avenir de l’artiste et de son nouveau groupe composé du bassiste Paul Webb, du clavier Simon Brenner et du batteur Lee Harris. Sous l’appellation Talk Talk, les musiciens confectionnent une maquette supervisée par Jimmy Miller, renommé producteur des Rolling Stones. Rapidement, Apsden conclue un accord avec EMI.

La vénérable maison de disques, souhaitant surfer sur la vague des groupes néo-romantiques, est bien décidée à formater l’image de Talk Talk sur celle de…Duran Duran en lui fournissant le même producteur Colin Thurston et programmant une tournée commune.  Les premiers simples « Mirror »  et « Talk Talk » s’écrasent dans le fond des classements mais l’album The Party’s Over (juillet 1982) obtient un certain succès, renforcé par le troisième simple « Today » (n°14).

Les premiers signes de désaccord entre Mark Hollis et EMI apparaissent quand il désaprouve le remix du titre « Talk Talk » sur un maxi-single et désavoue le producteur de l’album. Le clavier Simon Brenner fait aussi les frais de cette colère. Réduit à un trio, Talk Talk introduit les guitares dans ses nouvelles compositions (« My Foolish Friend », 1983) et engage le producteur et claviériste Tim Fries-Greene amené à collaborer dans l’écriture des titres avec Hollis. Cette nouvelle identité sonore est évidente sur « It’s My Life »  signé en tandem, et le tube numéro un « Such A Shame » présent dans l’album It’s My Life (février 1984). Ce deuxième opus ouvre une plus large audience au groupe et permet d’entrevoir son goût pour des compositions contemplatives, privilégiant la lenteur et le silence.

Le succès venant, Talk Talk peut s’investir dans un nouvel album à la hauteur de ses ambitions sans risque financier. The Colour Of Spring qui sort en février 1986 lui apporte son plus gros succès commercial (n°8) et les hits « Life’s What You Make It »  et « Living In Another World ». L’album entièrement écrit par Hollis et Friese-Greene reçoit l’organiste Steve Winwood (Spencer Davis Groupe, Traffic) et le guitariste Robbie McIntosh (Wings). Cependant, Talk Talk décide d’arrêter les tournées au profit du travail en studio.

Une année est nécessaire à l’élaboration du troisième album, l’expérimental Spirit Of Eden (1988) composé de six titres et aucun hit potentiel. Ses longues improvisations atmosphériques extraites d’une multitude d’enregistrements est un véritable défi commercial. Désireux de recouvrer sa liberté, Talk Talk est poursuivi par EMI jugeant l’album « commercialement insatisfaisant » mais la maison de disques est déboutée par la Cour.

Pendant que le groupe négocie avec Polydor, son ancien employeur publie la compilation Natural History (1990), engrengeant le fruit des ventes à un million d’exemplaires, et réédite avec succès « It’s My Life », puis un album de remixes et versions alternatives History Revisited (1991). Hollis, qui tente de se défaire de son addiction à l’alcool, poursuit à son tour EMI pour la parution de titres non-autorisés.

Talk Talk poursuit son chemin sans Paul Webb avec Laughing Stock (novembre 1991), dernier album du groupe qui n’a plus que le nom. Aussi pointu que son prédécesseur, l’album est un nouvel échec commercial qui précipite la dissolution de ces francs-tireurs de la pop anglaise.

Avec ses tubes et son virage à 180°, le groupe a acquis un statut particulier qui lui confère une certaine aura faisant de Spirit Of Eden un album de référence, non loin du Rock Bottom de Robert Wyatt.

A son rythme et en solo, Mark Hollis a poursuivi l’esthétique de Talk Talk en publiant un album remarqué en 1997. Sous le nom de O’Rang, Webb et Harris publient deux albums : Herd Of Instinct (1994) et Fields And Waves (1997) et en enregistre un troisième encore inédit, Loudhailer N°19. Sous le pseudonyme Rustin Man, Paul Webb est le co-auteur du magnifique Out Of Season (2002) avec Beth Gibbons (Portishead). Quant à Tim Friese-Greene, il poursuit son parcours musical caché sous le pseudonyme Heligoland.

Source Music Story

1982 : Today

1982 : Talk Talk

1983 : My Foolish Friend

1983 : It’s My Life

1984 : Such a Shame

1984 : Dum Dum Girl

1985 : Life’s What You Make It

1986 : Living in Another World

1986 : Give It Up

1988 : I Believe in You