Gérard Blanc & Les Martin Circus

Posted on 19/04/2012

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Moustachu lumineux, sorte de clone français de Frank Zappa, Gérard Blanc s’est éteint le 24 janvier 2009. Ancien leader du Martin Circus, il avait été la tête pensante de toutes les expérimentations musicales de cette joyeuse bande de fous furieux avant de se lancer dans une carrière plus personnelle à partir de 1987. Artiste discret, Gérard Blanc avait entamé un come back prometteur en 2007.

Né le 8 décembre 1947, Gérard Blanc connaît une enfance placée sous le signe du rock’n’roll. Ray Charles, Chuck Berry, The Platters… marquent définitivement l’environnement sonore d’un jeune homme qui commence à « gratter » sur une guitare fabriquée maison avant que sa famille ne se décide à lui en offrir une vraie. La découverte du « Rock Around The Clock » de Bill Haley et du « Tutti Frutti » de Little Richard le poussent à monter un premier groupe adolescent qui répète en cachette dans une arrière-salle de son collège. Avec les années 1960, l’Hexagone reçoit de plein fouet la vague rock’n’roll venue du monde anglo-saxon. Elvis Presley, bien sûr, mais aussi les Beatles ou les Rolling Stones deviennent les idoles d’une génération. Génération à laquelle appartient bien entendu Gérard Blanc. Cependant, s’il adhère totalement à ce nouveau son venu d’Amérique, le jeune homme n’en garde pas moins une certaine tendresse pour la puissance des voix des crooners, et notamment des chanteurs noirs, qu’ils soient américains comme Ray Charles et Sammy Davis Jr., ou français comme Henri Salvador.

Le groupe de Gérard Blanc, que nul alors n’a encore songé à baptiser, connaît ses premiers petits succès et participe à l’un des célèbres concours organisés par le Golf Drouot. Le groupe anonyme, devenu « les Windings » en quatrième vitesse juste avant de se produire sur scène, ne remporte pas la compétition, mais obtient un petit succès qui amène la direction du célèbre club parisien à les rappeler à de nombreuses reprises pour animer des soirées rock ‘n’ roll. Alors qu’approchent les années 1970 et leur cortège de moustaches fournies et de tignasses fleuries, les Windings, qui évoluent encore dans un registre très rock, décrochent un contrat de trois mois au Sénégal et se produisent dans un club de Dakar. Le Sénégal : un pays que Blanc n’oubliera pas de si tôt , d’autant qu’avec cette expérience professionnelle, les Windings commencent à espérer une vraie carrière. Troquant leurs reprises des standards du rock anglo-saxon contre des compositions personnelles, les Windings deviennent Balthazar et enregistrent quelques titres qui sortent au format 45 tours. Cependant, le ton monte entre les membres du groupe qui se délite au gré des dissensions et des départs. Dans le même temps, Gérard Blanc ambitionne une carrière d’acteur et participe à quelques castings. On le retrouve ainsi donnant la réplique à Jean-Claude Drouot dans un épisode de Thierry la fronde.

Mais Blanc se lasse des querelles incessantes qui minent son groupe et il quitte Balthazar en 1969 pour rejoindre une autre formation qui vient de perdre son chanteur : Martin Circus. Evoluant tout d’abord dans un registre classique de pop-rock à l’anglo-saxonne, les Martin Circus se voient proposer par leur manager, Ticky Holgado, l’enregistrement d’un morceau plus léger, « J’m’éclate au Sénégal » en 1971. Succès colossal, le disque s’écoule à près de 800 000 exemplaires et propulse les Martin Circus en tête des hits parades, modifiant au passage le style du groupe qui, de formation pop, évolue vers un groupe fantaisiste de chanson d’humour. La même année, à la demande du réalisateur Claude Zidi, ils participent, en guise de guests-stars, au film Les Bidasses en folie mettant en scène un autre groupe de chanteurs-humoristes : Les Charlots. Tentant de surfer sur le même créneau que leurs collègues, les Martin Circus participent au projet Les bidasses en vadrouille quelques années plus tard, mais le résultat est mitigé, le public étant alors saturé de comédies faciles et lourdingues mettant en scène de jeunes appelés du contingent réfractaires à l’autorité militaire.

S’ils ne percent pas au cinéma, les Martin Circus ont cependant la chance de rester les rois de la scène avec La révolution française, un opéra pop, relecture colorée, psychédélique et moustachue des événements de 1789. Véritables stars des seventies, les Martin Circus passent indifféremment du rock à la pop, en passant par le disco et la soul, le tout revisité avec humour et potacherie. Capables du meilleur (« Marylène ») comme du pire (« Notre meilleur copain, c’est Tintin »), ils traversent la décennie avec leurs coupes de cheveux improbables, leur bonne humeur et leurs costumes à paillettes.

S’ils sont les kings des seventies, les années 1980 les ramènent à la triste réalité : les flon-flons et les chansons rigolotes, mais très datées, les ont ringardisés à vitesse grand V. En dépit d’albums co-écrits par Serge Gainsbourg ou Daniel Balavoine, la mayonnaise ne prend plus : les Martin Circus restent, aux yeux du public, les joyeux loufoques des années 70. Les tentatives de surfer sur le créneau des chansonnettes populaires à destination des animations de mariage (« Agadou », « Viens boire un p’tit coup à la maison »…) déplaisent à Gérard Blanc qui ne se reconnaît pas artistiquement là-dedans. En 1985, il annonce son départ et entame l’écriture d’un album personnel, Ailleurs Pour Un Ailleurs. En 1987, le public découvre un Gérard Blanc nouveau, looké Frank Zappa et doté d’un répertoire plus sérieux. « Une autre histoire » (n°2 du Top 50 en juin), « Tonton bâton » et « Du soleil dans la nuit » sont accueillis favorablement et rapportent au chanteur une Victoire de la Musique et un Grand Prix de la SACEM.

Après quelques années de pause, Gérard Blanc revient avec un nouvel album, Noir & Blanc qui rencontre, là encore, le succès. Après une tournée en France et au Canada, Gérard Blanc décide de se consacrer avant tout à sa famille et, lorsqu’il revient en studio, en 1995, c’est désormais sans moustache : A cette seconde-là ! est cependant un semi-échec. Il en est de même de la compilation Tout Blanc sortie quelques années plus tard. Si Gérard Blanc conserve son propre public, il ne parvient pas à élargir son audience. Sollicité dans le cadre de la composition de bandes originales de films, il signe notamment celle de Recto-Verso, le premier long-métrage de Smaïn et apparaît en tant qu’acteur dans Nettoyage à sec, d’Anne Fontaine, en 1997. Il est également l’auteur de plusieurs génériques de téléfilms et émissions de télévision. Si cette activité ne correspond pas forcément à ses ambitions, elle n’en est pas moins fort lucrative et lui permet de vivre confortablement, même si la scène lui manque.

Retrouvant régulièrement ses anciens amis de Martin Circus (la fâcherie n’a pas duré), Blanc envisage un temps une reformation du groupe sous la forme d’un coup ponctuel. C’est chose faite à l’occasion de l’album A Tribute to Trust qui voit les anciens interprètes de « J’m’éclate au Sénégal » reprendre à leur manière le tube « Antisocial » de la bande à Bernie Bonvoisin. La reprise est, certes, spéciale mais elle fonctionne. En 2003, un nouvel album, Mes Plus Belles Histoires, composé en partie de reprises mais aussi de titres originaux prouve que le chanteur, que le public avait un peu oublié, est toujours là, même s’il entrecoupe ses sorties de disques et ses tournées de longues plages de silence. En 2005 sort un premier DVD best of, Blanc Public qui s’accompagne d’un documentaire, Dans Le Blanc Des Yeux, retraçant toute sa carrière depuis les Windings. Deux ans plus tard, Gérard Blanc est de retour sur scène pour une tournée de deux ans. Une tournée, hélas interrompue par un malaise cardiaque qui l’oblige à prendre un repos forcé. Contacté par les organisateurs de la tournée revival Age Tendre et Tête de Bois, Gérard Blanc donne son accord, sortant dans la foulée une compilation des plus grands succès du Martin Circus, mais, alors que rien ne l’annonçait, une brutale hémorragie interne l’emporte le 24 janvier 2009, à son domicile. Gérard Blanc est définitivement parti, emporté à jamais vers une autre histoire.

Source Music Story

1971 : Martin Circus – Je m’éclate au Sénégal

1974 : Martin Circus – À vous de jouer Milord

1974 : Martin Circus – Un coin qui sent le foin

1975 : Martin Circus – Bye Bye Cherry

1975 : Martin Circus – Marylène

1976 : Martin Circus – Si tu me loupes

1977 : Martin Circus – Planche de skate

1978 : Martin Circus – Et puis, tu t’en vas

1978 : Martin Circus – J’en perds mes baskets

1979 : Martin Circus – Notre meilleur copain, c’est Tintin

1979 : Martin Circus – Shine Baby Shine

1987 : Une autre histoire

1988 : Du soleil dans la nuit