Cock Robin

Posted on 04/06/2012

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Ironie du sort, Cock Robin fait partie de ces groupes américains ayant essentiellement marché en Europe, à tel point que beaucoup ont cru qu’il s’agissait d’une formation britannique. Pourtant, c’est sur la côte californienne que le groupe de Peter Kingsbery et Anna LaCazio voit le jour en 1982. Ayant marqué les années 1980 avec des tubes tels que « Just Around the Corner » ou « The Promise You Made », ce quatuor puis finalement duo s’est éteint en 1990 après trois albums studio… avant de se reformer seize ans plus tard, pour un quatrième opus.

À en croire son patronyme, on pourrait prendre Peter Kingsbery pour un britannique pur jus. Et pourtant, en dépit d’un nom fleurant bon le chapeau melon, les clubs de Coven Garden et le five o’clock, celui-ci n’en est pas moins un authentique Texan, né à Austin. Bien qu’ayant été élevé dans le culte du piano classique, de Ludwig van Beethoven et de Frédéric Chopin, c’est à la guitare qu’il fait ses premières armes devant des publics composés d’étudiants réfractaires, comme lui, à la guerre du Vietnam. Quelques petits ennuis avec la conscription lui valent de devoir s’exiler quelques années en Californie (où les règles de l’engagement sont plus souples qu’au Texas) et c’est au cœur d’un San Francisco hippie, alors capitale de la contre-culture américaine, où se croisent les fantômes de Richard Brautigan et de Jack Kerouac, qu’il rencontre la chanteuse et organiste Anna LaCazio, le batteur Louis Molino et le guitariste Clive Wright. Peter Kingsbery, cependant, n’est pas un néophyte de la composition car il a déjà eu l’occasion de travailler avec Brenda Lee ou Smokey Robinson. C’est donc mûr d’une certaine expérience qu’il se lance dans l’aventure Cock Robin, dont le nom est inspiré d’un vieux conte traditionnel anglais, Le mariage de Cock Robin et Jenny Wren. Cock Robin, groupe de pop-rock commence alors à évoluer, au début des années 1980, dans les petites salles de concert de la côte californienne, cherchant son public.

Avec les années 1980, la mode hippie des guitares sèches s’essouffle et de nombreuses formations musicales découvrent les possibilités artistiques et techniques qu’offre le synthétiseur. A l’instar des groupes de l’époque, Cock Robin ne se prive pas d’utiliser cette innovation technologique dans ses compositions. Les claviers seront d’ailleurs toujours des valeurs sûres pour le groupe qui, outre Peter Kingsbery lui-même et Anna LaCazio (l’organiste officielle), fera, au cours des années, appel à pas moins de trois claviéristes différents. Les premières années sont difficiles pour le groupe. Nonobstant le duo charismatique que forment LaCazio et Kingsbery, Cock Robin peine à décoller et à sortir d’une audience strictement californienne. Il faut attendre 1984 pour que le groupe se trouve pris en main par Steve Hillage, musicien new age et new wave, ancien des groupes Khan et Uriel, par ailleurs bon ami de Rachid Taha et Jean-Louis Aubert. Coaché par son nouveau bienfaiteur, Cock Robin enregistre un premier album à son nom (Cock Robin), qui sort dans les bacs en 1985. « The Promise You Made », premier single extrait de l’album s’avère un grand succès, mais essentiellement en Europe et peu aux Etats-Unis. Les clubs britanniques, allemands, scandinaves, néerlandais et français s’arrachent ces représentants de la pop music typiquement british… venue d’outre-Atlantique. En Amérique, si Cock Robin se taille un petit succès d’estime dans les clubs, les ventes s’avèrent décevantes et Steve Hillage se décide à concentrer la promotion de l’album sur le Vieux Continent.

Très vite, cependant, des tensions se créent au sein du groupe car Clive Wright et Louis Molino se trouvent relégués au second plan, loin derrière le dynamique tandem Kingsbery/LaCazio. Le clash a très bientôt lieu car Kingsbery choisit de mettre en avant Anna LaCazio au détriment des deux autres musiciens. After Here Through Midland, en 1987 confirme la formule telle qu’elle fonctionne : deux têtes d’affiche en vedette et quelques figurants au second plan, parmi lesquels Louis et Clive Wright ne constituent que deux visages parmi tous les musiciens que le groupe invite sur l’album. « Just Around the Corner », le single vedette, se taille un fort succès d’estime en Europe et le groupe concentre sa promotion sur ce continent au détriment des Etats-Unis. De toute façon, l’accueil réservé à leur premier album avait convaincu Peter Kingsbery de choisir l’Angleterre et la France comme lieux de villégiature secondaire. Désormais, le divorce est consommé entre les quatre membres du groupe et c’est désormais quasiment seuls sur scène que se produisent LaCazio et Kingsbery, en compagnie des musiciens Tim Pierce, Dennis Herring, Brian Kilgore et Denny Fongheiser. La tournée européenne de Cock Robin est un triomphe, qui persuade le chanteur de s’installer définitivement en France.

Pour son troisième album, Cock Robin s’offre les services de Rhett Davis, le producteur de Roxy Music$$$ pour les besoins de Fast Love, Last Rites, leur troisième album qui voit les maracas et les tambours s’associer aux claviers et aux guitares. Rencontrant un succès mitigé – y compris en Europe –, celui-ci doit moins son échec à ses qualités artistiques – convenables – qu’à sa promotion, extrêmement mal agencée. La déception qu’entraîne le succès en demi-teinte de l’album convainc les compères que Cock Robin appartient désormais au passé en cette aube des années 1990. De fait, le duo décide de se séparer et met fin à l’aventure qui durait depuis près d’une dizaine d’années. Peter Kingsbery, de son côté, s’installe en France et, s’il s’avère toujours un organiste et un guitariste émérite, développe un certain talent… pour l’accordéon. Participant à l’aventure Tycoon (l’adaptation anglophone de Starmania), il emporte un beau succès en 1994 grâce au tube « Only the Very Best » (adaptation anglophone du « SOS d’un Terrien en détresse », initialement interprété par Daniel Balavoine$$$). S’il continue à enregistrer des albums et à composer dans un registre folk ou jazz, Peter Kingsbery s’avère plus chanceux que son ex-confrère dont la contribution à la chanson se révèle plus qu’anecdotique. Cependant, lorsqu’il lui propose de reprendre en sa compagnie la chanson « More Than Willing » en 1999, celle-ci accepte de contribuer à cette ébauche de reconstitution du groupe. Aucun des albums de Kingsbery ne connaît toutefois le succès de ceux de Cock Robin. En 2006, le duo décide de se reformer pour les besoins I Don’t Want to Save the World, le quatrième album sous le nom de Cock Robin, soutenu par une tournée en France et aux Etats-Unis. Revenus alors que personne ne les attendait, Peter Kingsbery et Anna LaCazio sont donc à nouveau partenaires dans cette association à but fort lucratif qui voit ressusciter l’une des formations les plus emblématiques des années 1980.

Source Music Story

1985 : When your heart is weak

1985 : The promise you made

1986 : Throught you were on my side

1986 : Once we might have known

1987 : Just around the corner

1987 : The biggest fool of all

1988 : El norte

1989 : Worlds apart

1990 : Straighter line

1990 : Manzanar

1990 : It’s only make believe