Indochine

Posted on 13/06/2012

0


Les années 1980 auraient-elles existé sans Indochine ? Oui, mais non : si un groupe a dominé en France l’imaginaire musical, jusqu’à symboliser toute une décennie, c’est bien la formation des frères Sirkis. Après avoir tenu le haut du pavé rock gothique à la française de « L’Aventurier » à « Troisième sexe », Indochine tombe dans une impitoyable ringardisation, marquée par les départs et les drames, avant de ressurgir la tête haute depuis l’album Paradize (2002), dominant les années 2000 du haut de la stature des vétérans. La République des Météors paru en 2009 assoit la réputation de ce qui demeure le plus grand groupe de rock français en activité, à l’oeuvre sur la scène du Stade de France, dont Putain de Stade découle en 2011.

En 1980, tandis que la vogue punk achève d’agoniser dans le caniveau des excès, le rock relève la tête en France. Dans une ambiance électrique et novatrice, dont le groupe Téléphone est l’un des porte-drapeaux, le jeune Nicolas Sirchis, dit Nicola Sirkis, âgé de dix-neuf ans, tente de se frayer un chemin dans l’univers musical, comme manager du groupe parisien Les Espions. Ayant passé une annonce pour recruter un guitariste, il fait la connaissance de Dominique Nicolas, qui a déjà participé à plusieurs groupes amateurs. La carrière des Espions ne décollant pas, Nicola et Dominique, qui sont devenus amis, décident d’abandonner le groupe à son sort pour tenter de leur côté une aventure musicale.

En 1981, c’est la naissance d’Indochine, qui tire son nom de la sonorité « exotique » de quelques accords de guitare de Dominique Nicolas : les deux jeunes musiciens composent une première maquette. Mais, une expérience de la scène étant indispensable pour convaincre des producteurs, les larrons recrutent à la dernière minute Dimitri Bodianski, saxophoniste de formation, pour assurer une partie de l’instrumental (saxophone et synthétiseur). Le groupe se produit pour la première fois le 29 septembre 1981 à Paris, au club Le Rose Bonbon : ce concert, couronné de succès, leur vaut un contrat et Indochine sort son premier single, « Dizzidence politik », quelques mois plus tard. Stéphane Sirkis, le frère jumeau de Nicola, devient au début de 1982 le quatrième larron du groupe, en tant que guitariste : c’est au complet que l’équipe d’Indochine assure les premières parties des groupes Depeche Mode et Taxi Girl. Leur succès est tel que le manager de Taxi Girl obtient leur éviction de la tournée, considérant qu’ils font trop d’ombre à ses propres poulains. En septembre 1982 sort le premier album d’Indochine, L’Aventurier, dont la chanson-titre fait référence à l’univers de Bob Morane, le personnage de bande dessinée créé par Henri Vernes. Ce bref album de six titres se vend à 250 000 exemplaires, mais c’est le single de la chanson homonyme qui lance définitivement les quatre compères sur orbite : à l’été 1983, « L’Aventurier » est le succès numéro un en France, Indochine devenant le groupe-phare du jeune public. En décembre 1983, Indochine creuse la veine « asiatique » avec son second album Le Péril Jaune et son single « Kao Bang ». Un nouveau clin d’oeil à Henri Vernes, avec « Miss Paramount », et la mayonnaise prend à nouveau : l’allure gentiment destroy et ambiguë des membres du groupe, leur musique énergique, cristalline et sautillante, fonctionnent parfaitement auprès du public, qui leur fait un triomphe lors de leur passage à l’Olympia et de leur tournée à travers toute la France. En 1984, la France est en pleine « Indo-mania » : avec en poche le Bus d’acier, récompense décernée par la critique rock, l’équipe d’Indochine est on top of the world.

En 1985, Indochine prend appui sur son énorme succès public pour aborder une musique plus élaborée, et des chansons aux thèmes moins bande dessinée. Le troisième opus d’Indochine, tout simplement intitulé 3 est moins prosaïque que son titre : empreints d’allusion au sexe et ses ambiguïtés, l’album fait sensation, grâce aux tubes « 3ème Sexe », « Canary Bay », « Tes yeux noirs » et « 3 Nuits par semaine ». Cautionné par un incontournable de la musique française comme Serge Gainsbourg, qui réalise le clip de « Tes yeux noirs », Indochine gagne sur tous les tableaux : l’album se vend à environ 750 000 exemplaires et la tournée française de 1986, qui passe par le Zénith de Paris, est un énorme succès. Le groupe s’exporte désormais dans plusieurs pays européens, comme la Suède, où il est n°1 du hit-parade. Avec son quatrième album, 7000 Danses, Indochine s’aventure sur des chemins plus expérimentaux, plusieurs chansons étant jugées assez surprenantes et indiquant un nouveau changement de registre. Mais, même en se faisant plus pointue, la musique d’Indochine ne fait plus l’unanimité auprès des critiques : sans doute agacés par l’omniprésence du groupe, un certain nombre de spécialistes du rock commencent à se défouler sur Indochine, qu’ils considèrent comme une baudruche à dégonfler. Cela n’empêche pas l’album de bien fonctionner – sans atteindre cependant les scores de 3 – et le groupe de remporter un grand succès en 1988 avec sa tournée internationale (dans des pays francophones comme la France, la Belgique, la Suisse et le Canada, mais aussi au Pérou). Mais la fin des années 1980 marque aussi la fin de l’équipe mythique d’Indochine, avec le départ de Dimitri Bodianski. Les frères Sirkis et Dominique Nicolas continuent en trio : si les ventes de l’album Le Baiser, tout en restant correctes, marquent un certain fléchissement, celles du Birthday Album de 1991 qui fête les dix ans du groupe, montrent que la popularité d’Indochine n’est pas si entamée que cela.

Le début des années 1990 est cependant le début d’une période plus sombre pour le groupe, victime de sa surexposition médiatique, et donc du passage des modes. Un sketch du trio comique Les Inconnus, qui caricature Indochine en groupe ressassant inlassablement la même chanson aux paroles idiotes, avec des variations minimes (« Isabelle a les yeux bleus » et sa resucée « Gwendoline a les yeux verts ») est le signal de la lassitude vis-à-vis du groupe. Il devient peu à peu branché de considérer Indochine comme ringard : en 1993, les médias et les radios opposent une souveraine indifférence à l’album Un Jour Dans Notre Vie, qui passe en conséquent relativement inaperçu (100 000 exemplaires vendus, ce qui est un bon résultat dans l’absolu, mais ridicule en comparaison des anciens scores du groupe). En 1995, Dominique Nicolas, l’un des moteurs d’Indochine, quitte le groupe, en partie par découragement. Les frères Sirkis le remplacent par Alexandre Azaria. L’année suivante, l’album Wax se vend encore moins bien que le précédent ; les relations d’Indochine avec sa maison de disque BMG se tendent, et aboutissent à la fin du contrat liant le groupe au label. Jetés comme des vieilles chaussettes trouées, les frères Sirkis et consorts réussissent néanmoins à se relancer par la scène, en sortant le CD Indo Live tiré de la tournée de promotion de leur dernier album. Cela suffit à convaincre un nouveau label, et Indochine signe avec la filiale française du groupe belge Double T Music. Mais la préparation de l’album come-back d’Indochine est endeuillée par un drame : le 27 février 1999, le public apprend la mort de Stéphane Sirkis, des suites d’une hépatite foudroyante. Différé, l’album Dancetaria sort néanmoins quelques mois plus tard.

Après une tournée acoustique réalisée en 2001, à la suite d’un concert donné en l’honneur de Stéphane Sirkis, Indochine réalise son grand retour : en 2002, l’album Paradize, à l’inspiration rock, remporte un grand succès, grâce notamment au single « J’ai demandé à la Lune », signé par Mickaël Furnon, de Mickey 3D. Jean-Louis Murat offre au groupe un autre titre, « Un singe en hiver ». Une certaine nostalgie des années 1980, et la curiosité de revoir des vétérans que l’on croyait carbonisés, jouent à plein. Avec plus d’1 200 000 albums et 150 000 singles vendus et une tournée de deux ans qui remporte un véritable triomphe, Indochine est relancé au plus haut des cieux. Le groupe persévère dans la veine rock avec l’album suivant, Alice & June, qui remporte un très bon succès sans approcher le record de Paradize, et une nouvelle tournée de deux ans (2005-2007) qui déplace les foules avec de nombreuses dates doublées, triplées, et même quadruplées. Naguère méprisé et traité de tous les noms, Indochine (qui ne garde de la formation d’origine que la présence de Nicola Sirkis, entouré d’une succession de musiciens) est désormais à nouveau une référence rock en France, prouvant que les « retours gagnants » ne sont pas qu’une invention des as du marketing. La sortie au printemps 2009 de La République des Météors consolide la position d’Indochine au sommet du rock français. Cet album, s’il ne change guère la formule gagnante du groupe, rapporte une nouvelle moisson de hits avec les singles « Little Dolls », « Le Lac » et « Le Dernier jour ». Le 26 juin de l’année suivante, Indochine frappe un grand coup en devenant le premier groupe français à remplir le Stade de France, en préambule à une longue tournée qui le voit sillonner l’Hexagone, faire un Bercy en décembre et un tour européen en janvier 2011 à l’occasion de la sortie du double album live et du DVD Putain de Stade. Le fameux concert triomphal marquant l’apogée du groupe de Nikola Sirkis se permet le luxe d’être diffusé dans les salles de cinéma le 16 janvier.

Source Music Story

1982 : Dizzidence politik

1983 : L’Aventurier

1983 : Miss Paramount

1984 : Kao Bang

1985 : Canary Bay

1985 : 3ème sexe

1986 : Tes yeux noirs

1987 : Les Tzars

1987 : La Machine à rattraper le temps

1988 : La Chevauchée des champs de blé

1990 : Le Baiser

1990 : Des fleurs pour Salinger

Publicités