Parabellum

Posted on 24/06/2012

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« Mort aux vaches, mort aux condés, vive les enfants d’Cayenne, à bas ceux d’la Sûreté ! » Reprise maintes fois, cette chanson anar du début du XXème siècle s’est de nouveau imposée comme un hymne du rock alternatif français après avoir été remise au goût du jour par Parabellum, au même titre que le « J’enc… » de Gogol Ier et le « Salut à Toi » de Bérurier Noir.

L’histoire de Parabellum est avant tout la chronique de ce qu’a pu produire le rock alternatif et le mouvement punk français dans la deuxième moitié des années 80. Une certaine histoire du rock, écrite dans la sueur, les riffs rageurs et la bière tièdasse.

Né de la rencontre de plusieurs musiciens évoluant alors dans diverses formations dont la plupart ne sont pas passées à la postérité (BB Rock, Electrodes, GTI…), Parabellum voit le jour sur le frontispice d’une ANPE du Xème arrondissement de Paris en 1984 sous la houlette du chanteur/parolier Schultz et du « Géant Vert », graphiste et alors manager des Porte-Mentaux, dont le t-shirt fétiche orné de la maxime de l’écrivain latin Végèce Si Vis Pacem Para Bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »), donne sa raison sociale au groupe.

De paix, cependant, il n’en sera pas question car c’est plutôt l’aspect Lüger 9 mm qui inspire le groupe davantage que l’antique dicton romain. « Stalag 27 », « Momo » et « Arbeit Macht Frei » sont les trois premiers titres composés par le groupe, mais après quelques performances scéniques, Parabellum les trouve décevants et les abandonne. Ces trois morceaux seront par la suite repris par un groupe punk : les Rats.

C’est à cette époque que le batteur Cambouis rejoint la bande et que le groupe diversifie sa panoplie instrumentale, permettant à Schultz, principal compositeur de Parabellum, de développer des projets musicaux plus ambitieux que les trois sempiternels accords de gratte qui, à l’époque, constituent la substantifique moelle et le modèle indépassable des trois-quarts de la production punk française.

Une première démo enregistrée au cœur des friches industrielles de Lorraine, d’où Schultz est originaire, voit alors le jour. Les premiers concerts sont houleux : lorsque ce ne sont pas les membres du groupe qui négligent de se déplacer pour les concerts, c’est le matériel qui fait faux-bond ou les musiciens qui sont incapables de jouer sur la même tonalité. Cela donne certes un cachet authentiquement destroy aux prestations de Parabellum, mais ne contribue pas à le faire percevoir comme un groupe de qualité, juste, à la rigueur, l’une de ces petites formations éphémères, destinées à disparaître très vite dont l’histoire du mouvement punk est jalonnée.

C’est au début 1985 que s’organise la rencontre du groupe avec Rascal et Ronan, les initiateurs du circuit musical « Parribarrocks » (ceux-là même à qui Pigalle dédiera le morceau « Chez Rascal et Ronan » sur l’album Regards Affligés), lesquels proposent au Géant Vert de fournir à Parabellum une salle et un public. Pendant près de deux ans, régulièrement programmé entre les bars de Bagnolet et de Buzenval, le groupe se soude, joue, s’améliore et développe de nouvelles compositions. Le public, lui, est de plus en plus nombreux aux concerts et le nom de Parabellum commence à sortir de l’anonymat.

Le projet d’un 45-tours voit le jour sous les auspices du collectif Gougnaf Mouvement, qui décide de produire le disque. Le résultat est « On est Gouverné par des Imbéciles », sorti en janvier 1985. Riton, futur Garçons Bouchers, remplace pendant quelques mois Roland qui décide de prendre un peu de champs avec le groupe. Cependant, le succès n’est pas au rendez-vous et, en guise de salles de concert prestigieuses, Parabellum doit se contenter d’écumer les arrières salles de bars particulièrement miteux sur les routes de France et de Navarre et de se coltiner les inévitables bastons qui vont avec. Schultz avouera plus tard que cette partie de l’existence de Parabellum a eu l’avantage de forger le caractère des membres du groupe…

Malgré une série de concerts ratés et parfois éprouvants, Parabellum diversifie son répertoire et améliore les morceaux déjà existants. « R.I.P. », « Cayenne », « Doc Bollocks » et « Ilot d’Amsterdam » viennent étoffer les standards de Parabellum et contribuent à l’accroissement de leur notoriété auprès du public de la scène rock alternative, d’autant qu’un sujet leur est consacré par l’émission d’Antenne 2, les Enfants du Rock.

C’est à ce moment-là que Sven, l’excentrique guitariste s’installe définitivement au sein de la formation et que Cambouis quitte le groupe pour être remplacé par Patrick. L’arrivée de ces deux nouveaux zigotos permet au groupe de se ressouder autour de Schultz et de prendre un nouveau départ.

L’album Quatre Garçons dans le Brouillard en 1987, dont la pochette est dessinée par Vuilllemin, est le résultat de ce changement et rencontre un véritable succès d’estime auprès du public. La même année, Parabellum joue au Printemps de Bourges en compagnie des Béruriers Noirs et commence à réellement compter dans le mouvement punk. On retrouve les titres du groupe sur diverses compilations comme « France Profonde », « Mon Grand Frère est un Rocker » ou « Les Héros du Peuple sont Immortels ». Même la défection du Géant Vert, qui claque la porte pour se consacrer à une carrière de pigiste chez Télérama et Rock & Folk et à l’écriture de polars, n’arrête pas le succès grandissant de Parabellum.

Pendant les années qui suivent, concerts et albums se succèdent. Désormais, Parabellum s’exporte et on les retrouve en tournée en Belgique ou au Canada. Anarchie en Chiraquie rencontre, en 1988, un véritable succès et touche un public largement plus vaste que celui de la scène rock habituelle. Plusieurs disques (Split avec Pigalle, Dense Microsillon, Parabellum, In Vivo Veritas…) sortent avec une régularité de métronome. Quasi introuvables aujourd’hui, la plupart des titres qu’ils contiennent ont été réédités au format CD en 1996 et 1997 sous forme de deux albums L’intégrale Volume 1 et L’intégrale Volume 2, en toute simplicité.

1991 est l’année de la sortie du dernier disque du groupe, Le Dernier Trocson, mais aussi de sa séparation. Cependant, malgré cela, le label Mantra/Arcade qui édite le groupe continue à sortir d’anciens titres, des lives originaux et des inédits avec constance.

En 1998, le groupe décide de remonter sur les planches et de retrouver le chemin des studios. Bordel Inside, en 1999, Bunker, en 2002 et Panem, Circenses & Rock n’ Roll (une paraphrase du poète latin Juvénal) en 2005 seront le résultat du retour de Parabellum, autour de Schultz, Sven, Xavier Mésa (à la batterie) et Olivier Meyrand (à la basse). En 2007, Si Vis Pacem (forcément !) prouve que vingt trois ans après sa création, le vieux Lüger Parabellum ne s’est toujours pas enrayé.

Source Music Story

1985 : La Bombe et Moi

1985 : S.V.P 08 38

1985 : Momo

1986 : Cayenne

1986 : Welcome to Paradise

1987 : Osmoze 99

1987 : For you

1988 : Anarchie en Chiraquie

1988 : Saturnin

1991 : Le Dernier Trocson