Talking Heads

Posted on 03/07/2012

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Partant de l’underground punk-new-wave du CBGB à New York, les Talking Heads sont devenus en quelques années un des groupes les plus respectés de la scène rock. Et entre-temps, sous l’influence de leur producteur Brian Eno, ils auront défriché à tout-va : pop à guitare, funk blanc, échappées africaines… Jusqu’à devenir des icônes parfaites d’un modèle qui fait fantasmer l’histoire de la pop : l’étudiant en art.

Car les Talking Heads se sont rencontrés au début des années 70 à la Rhode Island School of Design. Ils lâcheront vite ce milieu pour devenir des architectes sonores, des designers de la pop. En 1974, ils tournent définitivement la page sur leur ancienne vie et partent à New York afin de se concentrer sur la musique. Ils ne sont alors que trois : David Byrne, chanteur/guitariste et leader incontesté, Tina Weymouth, bassiste et Chris Frantz, batteur. Ils décident de s’appeler les Talking Heads en référence à ces programmes télé où l’on ne voit que des têtes parler, sans autre mise en scène. Tout est dit : les Talking Heads ne se réfugieront pas dans l’artifice mais se concentreront sur le fond. Au point parfois de virer trop expérimental, trop cérébral.

Leur premier fait d’armes new-yorkais est une première partie des Ramones au CBGB, club cradingue appelé à devenir mythique. C’est à l’issue de ce concert qu’ils sont approchés par Sire Records avec qui ils finiront par signer un contrat. Les Talking Heads sont au complet dès 1976 avec l’arrivée du clavier Jerry Harrison, transfuge des Modern Lovers, le groupe de Jonathan Richman. Et en 1977, ils sortent leur premier album intitulé modestement 77. Les débuts sonnent comme une pop guillerette pervertie par une section rythmique tendue et des paroles à la limite de la psychose : « I’m tense and nervous and I can’t relax / I can’t sleep / ’cause my bed’s on fire / Don’t touch me I’m a real live wire / Psycho Killer / Qu’est Que C’est ». Le succès critique est immédiat et installe durablement les Talking Heads dans le landernau rock.

La confirmation vient en 1978 avec l’excellent More Songs About Buildings & Food. Avec un changement déterminant : les Talking Heads sont maintenant produits par Brian Eno qui devient presque le cinquième membre du groupe. L’Anglais est une référence de la scène électronique naissante et il impulse une nouvelle énergie aux Talking Heads qui vont s’ouvrir à des sonorités extérieures au rock. Le titre « Take Me To The River », repris de Al Green, fait connaître le groupe au grand public. Le single se classe dans le top 30 américain. Le parcours se poursuit sans faute avec Fear of Music (1979) et Remain In Light (1980). Au rythme d’un classique par an, les Talking Heads se montrent d’une régularité exemplaire. Ces deux albums sont ceux de l’arrivée de rythmiques africaines et de l’accentuation de l’aspect expérimental. Malgré cela, le single « Once in a Lifetime » devient un tube, notamment sous l’impulsion de son clip, annonçant une vogue qui vampirisera les années 80.

Le début des années 80 marque une deuxième phase dans la vie du groupe. Brian Eno est parti vers d’autres cieux (dont U2) et les projets parallèles des membres du groupe se multiplient. On recense notamment un projet de danse classique pour David Byrne (The Catherine Wheel) et un succès dancefloor pour les mariés Tina Weymouth et Chris Frantz réunis sous l’appellation Tom Tom Club. Le retour de Talking Heads est pour 1983 avec le carton de l’album Speaking in Tongues. Talking Heads rentre enfin un single dans le top 10 américain. « Burning Down The House » restera comme le tube de leur carrière. La tournée faisant suite sera immortalisée par le réalisateur Jonathan Demme sur le film Stop Making Sense. La B.O. marche fort et en 1985, le succès de l’album Little Creatures confirme ce qu’on pensait : en adoucissant leur formule, les Talking Heads sont devenus des artistes très populaires. Succès public, certes, mais toujours une grande légitimité critique.

Fin de carrière en pente douce. En 1986, l’album True Stories reprend les titres d’un film musical réalisé par David Byrne en personne. La dernière performance du groupe s’appellera Naked en 1988. Mais le roi Byrne ne sera vraiment nu qu’en 1991 avec l’annonce officielle de la séparation des «Têtes qui parlent». Les 3 autres, sans Byrne, tenteront l’impossible en 1996 : reformer le groupe sans sa pièce maîtresse. Cela donnera le groupe The Heads dont l’empreinte dans la musique rock reste à prouver.

Les Talking Heads auront eu une influence décisive sur la pop moderne. Tant sur les mélodies, les rythmes que les paroles de Byrne. Un groupe majeur comme Radiohead tire d’ailleurs son nom d’une chanson du groupe. Une quinzaine d’années de bons et loyaux services et une image inaltérable, malgré les pièges de la ringardise : en 2002, ils rentrent au Rock’n’Roll Hall of Fame et l’ont bien mérité.

Source Music Story

1977 : Psycho Killer

1978 : Take Me To The River

1980 : Crosseyed and Painless

1981 : Once in a Lifetime

1983 : Burning Down the House

1983 : This Must Be the Place (Naive Melody)

1983 : Swamp

1985 : And She Was

1985 : Road to Nowhere

1985 : The Lady Don’t Mind

1986 : Stay Up Late

1986 : Wild Wild Life

1986 : Love for Sale

1988 : Blind

1988 : (Nothing But) Flowers

1991 : Sax And Violins

1992 : Lifetime Piling Up