Soundgarden

Posted on 06/09/2012

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Soundgarden fut l’un des tous premiers groupes de Seattle à connaître le succès dans le monde entier. Pionnier de ce qu’on appellera très vite la scène « grunge », Soundgarden a, entre 1988 et 1997, laissé une empreinte indélébile dans l’Histoire du rock, essentiellement grâce à ses albums Badmotorfinger (1991) et Superunknown (1994). Emmené par le charismatique Chris Cornell, le groupe se sépare en 1997, suite à des divergences artistiques. Avec Nirvana et Pearl Jam, Soundgarden restera un groupe emblématique pour toute une génération : celle qui a vu le monde du rock sortir enfin d’une certaine torpeur propre aux années 1980.

Soundgarden se forme en 1984 à Seattle sous l’égide de Chris Cornell, un batteur natif de cette ville pluvieuse du nord-ouest des Etats-Unis. Tout débute avec sa rencontre avec deux musiciens originaires de l’Illinois, fraîchement débarqués à Olympia, non loin de Seattle. C’est d’abord avec le bassiste Hiro Yamamoto, qui devient son colocataire, que le projet prend forme. Les deux musiciens décident de monter un groupe, et sur les conseils de Yamamoto, recrutent un guitariste répondant au nom de Kim Thayil. Soundgarden est né. Le nom du groupe est inspiré par une sculpture située dans le parc Magnuson Park à Seattle et nommée The Sound Garden, composée de tubes métalliques qui laissent échapper des ondes musicales étranges en réaction au vent. Parallèlement, Bruce Pavitt, un vieil ami de Yamamoto et Thayil venu lui aussi de l’Illinois, monte son fanzine, Subterranean Pop dans la région de Seattle. C’est ce même Bruce Pavitt qui créera très vite le label Sub Pop, et lancera des groupes comme Nirvana, Pearl Jam, Mudhoney, Tad ou encore… Soundgarden. Entre 1984 et 1985, Soundgarden n’en est encore qu’à ses balbutiements. Chris Cornell compose quelques titres avec Hiro Yamamoto et Kim Thayil, officiant à la batterie et au chant. Pas pratique… Le trio décide alors d’enrôler Scott Sundquist, un batteur local. Le groupe connaît ainsi son premier line-up complet et en studio de répétitions, les quatre musiciens s’essaient à des reprises de heavy metal ou de punk des années 70, en passant par des standards de Led Zeppelin ou de Black Sabbath. La production musicale de Soundgarden reste cependant assez limitée jusqu’en 1986. Ils éditent néanmoins deux titres sur une compilation de groupes locaux (avec les Melvins et Green River) intitulée Deep Six.

En 1986, les choses s’accélèrent. Scott Sundquist quitte le groupe et est remplacé par Matt Cameron, démissionnaire des talentueux Skin Yard. Quelques mois plus tard, en 1987, Bruce Pavitt signe Soundgarden sur son très prometteur label indépendant Sub Pop. Sortiront alors le single « Hunted Down », puis deux maxis, Screaming Life (1987) et Fopp (1988). Ces premiers essais achèvent de convaincre les membres de la scène musicale de Seattle. La qualité des compositions, mêlant metal, rock alternatif inspiré et psychédélisme, attire de plus en plus les majors qui sentent le potentiel lucratif du groupe. C’est pourtant sur le label indépendant SST Records que Soundgarden sort son premier album, Ultramega OK, en 1988. Le succès devient national et le disque est même nominé aux fameux Grammy Awards. Le pas de la « major company » est franchi l’année suivante, pour la sortie de leur deuxième album Louder Than Love, qu’ils signent chez A&M Records. Avec cet opus, le son de Soundgarden se diversifie et les critiques rock ne tarissent pas d’éloges sur le groupe. Paradoxalement, Yamamoto quitte la basse et le groupe, préférant retourner sur les bancs de l’université. Il est remplacé au pied levé par Jason Everman (guitariste de Nirvana sur la première tournée du groupe) qui est finalement remercié en 1990. C’est Ben Shepherd qui est embauché à son poste. Ce dernier restera à la quatre cordes jusqu’à la fin. Soundgarden a dorénavant son line-up définitif.

En 1991, Soundgarden sort son troisième disque, Badmotorfinger. C’est le véritable tournant pour le groupe. Les titres « Rusty Cage », « Jesus Christ Pose » et « Outshined » connaissent un gros succès en radios, les Grammy Awards sélectionnent le groupe et les médias leur dressent des portraits dithyrambiques. Le label A&M Records se frotte les mains… Seule ombre au tableau : les albums Nevermind de Nirvana, et Ten de Pearl Jam sortent au même moment et connaissent tout de suite les succès que l’on sait… Si Badmotorfinger a finalement du mal à se partager une réelle part du gâteau avec les deux autres groupes de Seattle, c’est que ceux–ci proposent des albums plus évidents à écouter, en y intégrant une dose de pop, une production plus « mainstream » en comparaison à la kyrielle d’arrangements bizarroïdes qui jalonnent l’album de Soundgarden. A l’automne 1991, Soundgarden s’engage dans la tournée des Guns N’Roses, Lose Your Illusion Tour. Pendant ce temps, le mouvement « grunge » explose aux Etats-Unis et dans le monde entier. Chris Cornell et Matt Cameron récoltent aussi les fruits du succès de l’album de Temple of The Dog, leur formation éphémère créée avec des membres de Pearl Jam, en hommage au défunt chanteur de Mother Love Bone, Andrew Wood. Le groupe fera aussi ses débuts au cinéma, avec une apparition dans Singles, le film de Cameron Crowe, prétexte sentimental pour un film sur le grunge. A moins que ce ne soit l’inverse… On y retrouve Chris Cornell et sa bande dans quelques séquences (notamment sur scène), avec des membres de Pearl Jam. Soundgarden tourne beaucoup en 1992, et leurs concerts au Lollapalooza (énorme festival itinérant aux Etats-Unis) y seront pour beaucoup dans leur réputation de groupe de scène. Avril 1994. Kurt Cobain vient de se donner la mort et la scène musicale internationale est en deuil. Le quatrième album de Soundgarden sort début mars, quelques jours avant le décès de Cobain. Superunknown se hisse au sommet des charts américains et devient en quelques semaines un album culte. Quelques titres comme « Black Hole Sun », « Spoonman », « Fell on Black Days » ou « My Wave » parviennent à séduire un « grand public » jusqu’alors sourd à leurs performances. Les thèmes principaux de Superunknown restent inchangés : dépression, suicide, impuissance face aux malheurs du monde et humour noir (voir l’excellent clip de « Black Hole Sun »). Soundgarden passe alors du haut du pavé de l’underground au rang de star en rotation maximale sur MTV. Le disque se vend par millions, récolte deux Grammy Awards et est, selon la critique, l’un des meilleurs albums de l’année.

Après des tournées mondiales glorieuses mais interminables, Soundgarden sort son nouvel album Down on the Upside en 1996. Ce disque, aux mélodies encore plus accessibles et à la production léchée, se hisse directement à la deuxième place des charts US, notamment grâce aux titres « Burden in My Hand », « Blow Up the Outside World » et « Pretty Noose ». Mais le succès sur le long terme ne sera pas au rendez-vous, comme il le fut pour Superunknown deux ans avant. En effet, le grunge et la scène de Seattle commencent à s’essouffler un peu et l’intérêt du public, presque trois ans après la mort de Kurt Cobain, est moindre. Pour couronner le tout, des rumeurs de mésentente entre Chris Cornell et Kim Thayil persistent. Ce dernier reprocherait à Cornell de vouloir annihiler son jeu de guitare au profit de sa voix. De voir trop policer le son du groupe. En février 1997 à Honolulu, Soundgarden fait les frais de gros problèmes techniques lors d’un concert. Ben Shepherd quitte la scène, furieux. Le reste du groupe est contraint d’arrêter de jouer. Chris Cornell terminera le concert a cappella… C’en est trop pour le combo de Seattle. Chris Cornell annonce la séparation du groupe le 9 avril 1997. Quelques mois plus tard, une compilation intitulée A-Sides sort dans les bacs, reprenant les standards qui ont jalonné la belle carrière de Soundgarden.

Source Music Story

1993 : Spoonman

1994 : The Day I Tried to Live

1994 : Black Hole Sun

1994 : My Wave

1994 : Fell on Black Days

1996 : Pretty Noose

1996 : Burden in My Hand

1996 : Blow Up the Outside World

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