Body Count

Posted on 07/09/2012

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Véhicule politique en soi (des Noirs faisant du rock metal), Ice-T a brillement utilisé son envie de jeunesse de fonder un tel groupe pour offrir à la société américaine une véritable déflagration. La chanson « Cop Killer », sur le premier album de Body Count (1992), a été commentée jusqu’au sommet de l’état, et si la situation tendue a gêné la vente confortable des albums de Body Count, la popularité de son auteur n’a jamais été aussi large qu’à cette occasion.

En matière de hard core, le rap et le rock se sont longtemps observés en chiens de faïence, alors qu’une culture commune du boucan et des sons extrêmes les rapproche, par définition. Les tentatives de crossover furent diversement appréciées par les deux camps (on se souvient de la tournée réunissant Public Ennemy et Anthrax, où les deux publics ne se mélangeaient guère). La grande réussite du genre, qui influença par la suite une théorie de groupes à succès (Limp Bizkit et consorts), est à mettre à l’actif d’Ice-T, pionnier révéré du gangsta rap californien, qui décide en 1990 de monter, en parallèle à ses activités de rappeur et d’acteur, un véritable groupe de metal hargneux. Ice « Motherfucking » T se souvient alors de ses camarades d’école, à la Crenshaw High School, et rameute de quoi former un groupe véritablement scandaleux : un groupe de musiciens noirs, tous munis du look gangsta de rigueur en ce début des années 1990, qui va pratiquer un speed trash punk metal boursouflé d’électricité et de haine. Ice-T reste au micro, mi-rappant, mi-chantant, et délivrant ses invectives sur des morceaux composés avec son homme de main, le guitariste Ernie C. En 1991, Ice T performe lors du festival itinérant Lollapalooza, et en profite pour introduire son groupe auprès de ce public « alternatif » susceptible de s’y intéresser. Il commence son show de rappeur, avant de terminer, toutes guitares dehors, par un set de Body Count, qu’il invite par ailleurs sur le morceau du même nom, sur son album O.G. Original Gangster. La tension entre les aficionados de chaque genre musical est telle qu’il doit alors expliquer que Chuck Berry, Bo Diddley ou Little Richard ont inventé le rock’n’roll, et qu’il est donc tout aussi légitime dans ce style que dans le hip hop.

En 1992, paraît chez Sire (le label de Madonna et Talking Heads) le premier album éponyme de Body Count. Dix-huit brûlots mais on n’en retient qu’un, celui qui termine l’album. Avec « Cop Killer », Ice-T et son gang ont voulu dénoncer les flics corrompus, et pensent que le rock’n’roll est un vecteur de liberté d’expression garanti. Il se trompe lourdement, « Cop Killer » va devenir en quelques semaines une affaire d’état ! Une association de policiers du Texas lance une campagne de déclarations pour forcer Time Warner, qui distribue Sire Records, à retirer l’album de son catalogue. En quelques jours, c’est à travers tout le pays que les policiers réclament la censure de Body Count. Les défenseurs d’Ice T, et lui-même, invoquent le fameux Premier Amendement de la Constitution Américaine, qui garantit à chacun le « freedom of speech », mais l’affaire continue d’enfler dans les médias. Dan Quayle, le vice-président, et George Bush, le président en exercice, dénoncent l’obscénité de la chanson et dénoncent toute compagnie qui prétendrait distribue le disque. Lors d’une réunion des actionnaires de Time Warner (dont il fait partie), Charlton Heston, par ailleurs figure emblématique du lobby des armes, lit le texte de la chanson « KKK Bitch » et réclame des sanctions, tandis que la majorité des actionnaires menace de mettre en faillite le groupe de médias. Au bout de quelques semaines, Ice-T lui-même décide de faire retirer « Cop Killer » de Body Count, remplaçant la chanson incriminée par une nouvelle version de « Fredom of Speech », un morceau de son album The Iceberg…, paru en 1989. À la suite d’arguments contractuels, il quitte Warner un peu plus tard, emmenant Body Count avec lui.L’équipe trouve un havre chez Virgin Records, et Body Count revient aux affaires en 1993 (entre temps Ice-T a poursuivi ses nombreuses activités artistiques) avec une reprise de Jimi Hendrix, une version saignante de « Hey Joe », enregistrée pour un album hommage (Stone Free : A Tribute To Jimi Hendrix) sur lequel voisinent The Cure, Eric Clapton, Seal, The Pretenders et le violoniste classique Nigel Kennedy !

En 1994, Born Dead est le deuxième album de Body Count. Un disque qui creuse un sillon moins politique, et se complait dans l’imagerie gore, comme il sied souvent au genre metal. Mais cette fois l’album sort sans la controverse qui fait vendre, et le succès est limité. Au moment du troisième album, Violent Demise : The Last Days, qui sort en 1997, le groupe doit faire face à des changements de line up : c’est d’abord le bassiste Mooseman qui quitte Body Count, remplacé par Griz. Puis, juste après l’enregistrement, le batteur Beatmaster V meurt de leucémie. C’est le début qu’une série noire pour le groupe dont le nom porte finalement son nom avec une acuité insoupçonnée au départ : Mooseman est tué dans un drive-by shooting en 2001, puis le guitariste rythmique D-Roc décède à son tour d’un lymphome en 2004. Ernie C et Ice-T restent donc les seuls survivants d’un groupe fondé à l’origine sur une amitié de longue date. Le temps d’assumer ces pertes, et Body Count sort un quatrième album, en 2006, sur un label indépendant. Murder 4 Hire renoue avec une veine plus politique, couplée avec les traditionnels refrains misogynes et les histoires de gangs, mais la production souffre un peu d’intensité et de « largeur ». Quoi qu’il en soit, Ice-T et Ernie C ont l’intention de faire perdurer leur groupe, en donnant des concerts à l’occasion.

Source Music Story

1992 : The Winner Loses

1992 : There Goes The Neighborhood

1992 : Body Count’s In The House

1993 : Hey Joe

1994 : Born Dead

1994 : Necessary Evil

1997 : I Used To Love Her

Posted in: Années Nonante