Lofofora

Posted on 14/09/2012

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1989 : année emblématique du punk français. Bye-bye Bérurier Noir, welcome Lofofora ! Passage de flambeau symbolique, transition entre deux époques. Alors que tout chez les Béruriers évoquait les années 1980 avec leur lot de riffs rageurs mais bâclés et de boîtes à rythmes saturées, Lofofora, au contraire, se place d’emblée dans la décennie suivante en adoptant le phrasé typique de cette nouvelle musique urbaine qu’est le rap et les accents du métal hardcore. Enragé et énervé, faisant cracher les guitares au gré de Peuh !, Le Fond Et La Forme ou Mémoire de Singes (2007), Lofofora reste fidèle au punk et au hardcore avec Monstre Ordinaire en 2011.

Quatuor parisien à l’origine, Lofofora se créé en 1989 sur les décombres de petites formations locales comme The Hammers ou MST. Phil, Karl, Erik et Reuno, quatre jeunes gens nourris au punk old school de The Exploited, des Dead Kennedys ou de Bérurier Noir, mais aussi aux groupes de hip-hop américains comme Public Enemy, tout en gardant dans un coin de leur coeur une petite touche d’affection pour le metal. Le tout mis dans un shaker, bien secoué et servi chaud donne Lofofora, un groupe dont le patronyme évoque le champignon peyotl, un célèbre hallucinogène. Première année, premières répétitions, Lofofora commence à se créer un petit répertoire avec lequel il entame une série de concerts dans quelques arrières salles de bars et autres squats.

Changement de line-up dès 1992 avec l’arrivée d’Edgar à la batterie et de Pascal à la guitare, deux musiciens plus en adéquation avec le style que Lofofora cherche à se donner. 1992 est également l’année des premières démos autoproduites et des concerts-marathons dans les squats du XVIIIe arrondissement de Paris. Concerts qui se terminent parfois en chassés-croisés avec la police ou en bagarres avec d’autres formations lorsque la bière coule à flots. En 1993, grâce à une aide à la création musicale, Lofofora enregistre sa première galette « pro », un EP tout simplement appelée Lofofora et sur laquelle on retrouve quelques titres empreints d’une douce poésie comme « Trou du con », « No facho », « Baise ta vie » ou une reprise de « Zobi la mouche » (Les Négresses Vertes). Très engagé à gauche, Lofofora s’associe volontiers à quelques mouvements radicaux comme SCALP ou la Fédération Anarchiste, tout droit dans la lignée de leurs illustres prédécesseurs. Quelques sessions remarquées amènent Lofofora à se voir contacté par l’équipe d’Iggy Pop qui leur propose d’assurer la première partie de l’Iguane. Porté par la visibilité médiatique de la star, le groupe est approché par la presse anglo-saxonne qui s’intéresse aux petits Frenchies encore méconnus dans leur propre pays. L’effet boule de neige étant lancé, Lofofora attire l’attention de la presse spécialisée francophone.

En 1995, Lofofora signe son premier contrat professionnel chez PolyGram et sort un nouvel album là encore intitulé Lofofora où se mêlent dub, sonorités ragga, punk, metal et phrasé rap hardcore. Si la plupart des titres de leur premier EP y sont repris, quelques morceaux hargneux s’y ajoutent et le disque rencontre un franc succès. Si Rachid Tadjine succède à Pascal Lalaurie à la guitare, Lofofora n’en reste pas moins fidèle à la ligne tracée par Reuno, celle d’un punk hardcore sans concessions. Quelques dates internationales mènent le quatuor aux Etats-Unis et au Québec avant qu’il ne reparte en studio pour l’enregistrement de Peuh !, sur lequel on trouve une reprise de « Vive le feu » de Bérurier Noir. S’ils évoluent quelque peu dans l’ombre d’autres fondations fusion comme No One Is Innocent, Oneyed Jack ou Silmarils, les quatre membres de Lofofora ont pour eux le bénéfice de la constance, s’attachent lentement, mais sûrement à leur public au lieu de tout griller sur un ou deux singles flamboyants mais éphémères. Associé le temps de deux morceaux au groupe de rap Kabal ainsi qu’à Docteur L du groupe Assassin, Lofofora surprend un peu la presse spécialisée en s’affichant ainsi avec « l’ennemi » déclaré du hard rock mais n’en a cure tant que le public, lui, comprend la démarche artistique de la bande à Reuno qui n’hésite pas à brouiller les lignes traditionnelles du hard rock en reprenant « L’opportuniste » de Jacqus Dutronc en compagnie de Treponem Pal ou en posant sa voix sur des compilations de hip-hop.

Dur Comme Fer, en 1999 confirme l’engagement de Lofofora sur les grands sujets de société, même si Reuno, accusé de se poser en « conscience morale » du groupe est contraint d’enregistrer le morceau « Charisman » pour contrer les mauvaises langues l’accusant d’avoir pris la grosse tête. La tournée qui s’ensuit et qui donne naissance à un album live, révèle toutefois les dissensions au sein de Lofofora qui se voit amputé de Rachid Tadjene après le show-tour, préférant aller exercer ses talents au sein de La Calcine ou In Vivo. A une année près, Edgar Mireux quitte également la formation, laissant sa place à Pierre Belleville, venu le remplacer au pied levé sur le quatrième album du groupe, Le Fond Et La Forme. Certains prophétisent alors la fin imminente du groupe, mais au final, en dépit de la tempête, Lofofora tient bon contre vents et marées et voit même son public rajeunir lors de ses concerts. Les vieilles rancunes ne durent d’ailleurs pas et, à plusieurs reprises, on revoit les anciens compères ensemble qui pour une séance d’enregistrement, qui pour un projet commun avec les nouvelles formations des partants.

Si Lofofora a toujours montré une extraordinaire sympathie envers la mouvance rap, l’année 2005 les voit s’associer avec un groupe majeur d’un autre de leurs genres de prédilection : Parabellum. Vieux de la vieille du punk rock à crête et à Doc Martens ferrées, Schultz et ses potes se prennent de sympathie pour les « petits jeunes » de Lofofora et acceptent de monter plusieurs projets en commun. À « L’Anarchie de Chriaquie » de Parabellum répond en guise de caisse de résonance la reprise d’ « Anarchy in the UK » de Lofofora et conduit très logiquement à la tentative d’un « Anarchie en Sarkozie » qui sera cependant rendue impossible par les ayant droits des Sex Pistols. L’influence de Parabellum se fait néanmoins sentir sur l’album Les Choses Qui Nous Dérangent, dans lequel on trouve quelques fulgurances typiquement punk comme « Buvez du cul », « Mondiale paranoïa » ou « Enfant du chaos ». S’ensuit une tournée internationale des deux groupes avant une nouvelle séance d’enregistrement en 2006, prélude à la sortie de Mémoire de Singes, l’année suivante. Puis, Lofofora se fait oublier et pour tout dire passe de mode, avant de resurgir toujours droit dans ses creepers punk hardcore en 2011 avec Monstre Ordinaire.

Source Music Story

1995 : L’Œuf

1995 : Zobi La Mouche

1995 : Holiday In France

1995 : Justice Pour Tous

1996 : Amnes’History

1996 : Arraché

1999 : Les Gens

2007 : Employé Du Mois

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Posted in: Années Nonante