Limp Bizkit

Posted on 16/09/2012

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Depuis le succès de Rage Against the Machine dans les années 1990, le style rapcore – fait d’un subtil mélange d’influences punk, de hip-hop et de metal – marque le renouveau d’une certaine contre-culture rock américaine. Limp Bizkit a émergé au coeur du creuset artistique que représente désormais le courant fusion. En dépit de quelques heurts – le festival Woodstock ’99, les querelles intestines dues à des différences de vue sur la direction artistique – la formation de Fred Durst et Wes Borland est devenue l’une des références majeures du néo-metal, dans la droite lignée de Deftones ou de Korn, avec l’album Significant Other (n°1 en 1999) et son hit « Break Stuff ». Après l’échec de Results May Vary (2003), le groupe revient avec The Unquestionable Truth (Part 1) sans Wes Borland en 2005. En 2011, il retrouve sa formation d’origine pour Gold Cobra.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est loin de la côte californienne, épicentre de la contre-culture américaine, que Limp Bizkit voit le jour. C’est même en Floride, à Jacksonville, que le chanteur Fred Durst (né en 1971 – alors artiste tatoueur fils d’un officier de police spécialisé dans les narcotiques), Sam Rivers (1977 – basse), Wes Borland (1975 – guitare) et John Otto (1978 – batterie) commencent à pousser leurs premiers vagissements punkoïdes au cours de l’année 1994.

Groupe de lycéens comme il en existe des milliers à travers les Etats-Unis, Limp Bizkit (un « Biscuit Mou » trempé dans l’argot) s’affranchit cependant rapidement des contingences traditionnelles du rock du fait de l’influence du hip-hop sur Fred Durst qui adopte très vite le flow des rappeurs de la Côte Ouest pour les plaquer sur les textes du groupe naissant. Influencés tant par Red Hot Chili Peppers, Rage Against The Machine, Sum 41, Nirvana ou les Dead Kennedys que par Dr. Dre, Eminem et Snoop Doggy Dogg, Limp Bizkit évolue à la frontière de plusieurs styles contestataires sans pour autant réussir à se définir dans un genre précis. En 1995, l’arrivée au sein du groupe de DJ Lethal (ancien de House of Pain) et de ses mixes contribue encore au mélange absolu des disciplines, conférant à Limp Bizkit un répertoire vraiment à part, même si certains des musiciens n’acceptent que difficilement de mêler sonorités hip-hop et rythmes punk. Si le groupe peine dans un premier temps à évoluer en dehors de la Floride et de Jacksonville, la rencontre avec Korn va changer les choses. Ayant rencontré les membres du groupe lors d’une tournée floridienne, Fred Durst se lie d’amitié avec Jonathan Houseman, le leader vocal de la formation de néo-métal californienne. Chapeauté par les « grands anciens » de Bakersfield, Limp Bizkit est embauché pour assurer leur première partie lors du Family Values Tour à travers tous les Etats-Unis (avec House of Pain et Deftones), permettant au groupe de Jacksonville de s’assurer une réputation nationale. Fort d’une démo transmise par Korn à son producteur Ross Robinson, Limp Bizkit se retrouve signé par le label Interscope. Leur premier album, en 1997, Three Dollars Bill, y’All $ (Interscope) est très représentatif de ce tâtonnement initial : un tiers rap, un autre punk, et un zeste de grunge… Limp Bizkit ne possède pas de réelle identité en dépit d’une énergie incontestable. Ce premier album est un demi-succès, mais les puristes ne prédisent pas un grand avenir à ce groupe qui a tendance à trop saturer ses compositions par des riffs de guitares plus qu’agressifs, dans la grande tradition du punk rock. Sous l’influence de Korn, Durst commence à imposer une orientation « metal » aux compositions du groupe, ce qui plaît certes à Borland ou Waters, mais le place en porte-à-faux avec Lethal qui commence à se sentir un peu mis de côté. L’année suivante, le quintette tourne avec Faith No More, avant une seconde édition du Family Values Tour (ils en seront la tête d’affiche l’année suivante).

Significant Other, n°1 en 1999 (quatre millions d’exemplaires vendus), s’avère bien plus travaillé et construit que ne le fut Three Dollars Bill, y’All $ et Limp Bizkit fait suffisamment évoluer son répertoire pour se retrouver invité dans divers festivals consacrés au metal. En dépit de cette évolution, le groupe reste tout de même fidèle aux orientations de ses débuts et si les sonorités metal remplacent progressivement le grunge de départ (un genre de toute façon en désuétude depuis la mort de Kurt Cobain et la fin de Nirvana), Limp Bizkit s’inscrit toujours dans le registre de la fusion et n’en est pas encore au point de succéder à Manowar au rang d’« enfants terribles du metal ». Toutefois, loin du son des débuts, le groupe de Fred Durst commence à marcher dans les pas des Red Hot Chili Peppers, Deftones ou même d’Evanescence en dépit de la présence du flow très en avant. D’ailleurs, le clip de « Break Stuff » est une véritable foire au guests stars puisque Dr. Dre, Eminem ou Snoop Dogg se pressent devant la caméra pour venir y faire un petit coucou.  Le style de Limp Bizkit suscite désormais un grand nombre de fans célèbres au nombre desquels on retrouve l’acteur Brad Pitt ou le catcheur Mark William Callaway, plus connu sous le sobriquet de The Undertaker. Ces derniers ne manquent par ailleurs jamais d’assurer à Limp Bizkit une publicité non négligeable. Au revers de la médaille, le groupe est mis en accusation dans les medias pour ses provocations scéniques : sa prestation est écourtée lors du festival Woodstock ’99 alors que des bagarres et un viol ont lieu, avant les émeutes du lendemain. En 2000, l’album Chocolate Starfih and the Hot Dog Flavoured Water voit sa promotion assurée par le film de John Woo, Mission Impossible : 2 dont certains morceaux figurent sur la B.O. Grâce aux aventures pétulantes et explosives de Tom Cruise sur grand écran, Limp Bizkit connaît un succès international proportionnel à celui du film. Cela, cependant, n’empêche pas les bisbilles en interne. Wes Borland, qui a toujours haï le rap, insiste pour que le groupe s’affranchisse de ses influences hip-hop pour se tourner vers un néo metal pêchu, sans fioritures enfin débarrassé des scratches de DJ Lethal (que le guitariste n’a jamais tellement apprécié à titre personnel par ailleurs). L’ambiance se dégrade et Wes Borland pose un ultimatum à Limp Bizkit : désormais, c’est lui ou Lethal. Le résultat ne se fait pas attendre et le DJ est préféré au guitariste qui claque la porte pour rejoindre Big Dum Face, puis Eat The Day, manquant de peu d’être recruté par Trent Reznor pour devenir le guitariste officiel de Nine Inch Nails. Du fait de l’absence de Borland, Limp Bizkit met presque trois ans à composer son quatrième album, Results May Vary, aveu d’impuissance sur lequel l’absence de l’énervé guitariste (remplacé au pied levé par Mike Smith) est palpable tant les morceaux de l’album paraissent calmes à côté des anciennes compositions du groupe. Mais, en dépit d’un duo avec Snoop Dogg, l’album est un demi-échec du fait du départ de Borland qui, avec Durst, constituait l’âme du groupe. C’est d’ailleurs sur l’initiative du chanteur qui n’hésite pas à faire des pieds et des mains pour le supplier de revenir que le guitariste accepte finalement de rejoindre à nouveau Limp Bizkit en 2005, afin de s’atteler à l’écriture de The Unquestionable Truth (Part 1). Borland, conscient d’être attendu comme le Messie ne se gêne pas pour en profiter et se comporter en véritable gamin capricieux un soir de Noël : non seulement son remplaçant Mike Smith est jeté comme un malpropre, mais Lethal est presque inexistant sur cet album très orienté punk rock s’inscrivant dans la lignée de ce qu’a pu composer Rage Against The Machine une dizaine d’années auparavant.

Un second volume est annoncé dans la foulée, mais met du temps à être composé, ce qui déplaît au décidément très irritable Wes Borland, qui quitte une seconde fois le groupe en 2006. En dépit des suppliques de Durst, le guitariste ne semble cette fois-ci pas décidé à revenir et se répand dans la presse pour annoncer l’irrévocabilité de sa décision, d’autant que le guitariste de Korn, James Schaffer l’a contacté pour un projet commun : un nouveau groupe appelé Fear and Nervous System. Durst, pour sa part, choisit de prendre un peu de champ pour se consacrer à la réalisation et prépare avec soin son premier long-métrage, The Education of Charly Banks, autant par volonté artistique personnelle que pour faire oublier une autre performance cinématographique dont il se serait bien passé : celle de voir son disque dur piraté et le fichier vidéo de l’une de ses nuits d’ébats avec sa compagne Krista devenir l’une des vidéos les plus téléchargées d’Internet. La tension retombant, Limp Bizkit repart en studio pour préparer l’enregistrement de The Unquestionable Truth (Part 2), projet sur lequel ne plane désormais plus l’ombre de Wes Borland. Toujours « underground » bien que désormais reconnu par le public et la critique, Limp Bizkit participe au renouveau du punk américain via son rapcore agressif et sa fusion réussie entre le hip-hop, le metal et les influences punk. Désormais affranchi de l’influence d’un guitariste talentueux mais égocentrique aux exigences semblables à des caprices de diva, le groupe a réussi à s’imposer comme l’une des formations majeures de la contre-culture populaire américaine.

Le mois de juin 2011 voit la sortie du sixième opus de Limp Bizkit, Gold Cobra. Repoussé à plusieurs reprises, il marque les retrouvailles entre Fred Durst et Wes Borland, dont le style reste aussi incisif qu’à ses débuts. C’est d’ailleurs dans la formation originelle que Limp Bizkit réapparaît, accompagné par une cohorte d’amis comprenant Gene Simmons (Kiss) et les rappeurs Raekwon, Lil Wayne et Paul Wall. Une tournée configurée dans des salles à dimension humaine est programmée, avec un passage par l’Olympia de Paris le 8 septembre 2011.

Source Music Story

1997 : Counterfeit

1998 : Sour

1998 : Faith

1999 : Nookie

1999 : Re-Arranged

1999 : N 2 Gether Now

2000 : Break Stuff

2000 : Take A Look Around

2000 : Rollin’ (Air Raid Vehicle)

2000 : My Generation

2001 : My Way

2001 : Boiler

2003 : Eat You Alive

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Posted in: Années Nonante