Tracy Chapman

Posted on 27/11/2012

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Révélée au public lors de son apparition au concert donné en l’honneur de Nelson Mandela du Wembley Stadium de 1988, Tracy Chapman se distingue par un style unique, entre folk et rock, une voix singulière, et par la nature de ses propos : ses textes tour à tour acérés ou symboliques clament ses idéaux face à des thèmes universels comme la justice, la paix, les problèmes sociaux, le droit à la liberté individuelle ou à l’homosexualité, à l’instar de sa célèbre chanson « Talkin’ Bout A Revolution ». Vingt ans après ses débuts, le chantre du folk contemporain est toujours d’actualité avec l’album Our Bright Future.

Tracy Chapman naît le 30 mars 1964 à Cleveland (Ohio) et est élevée par sa mère. Très précoce, elle écrit déjà de la poésie et montre une attirance pour la musique. Malgré la pauvreté du foyer monoparental, sa mère trouvera tout de même le moyen de lui offrir une modeste guitare. Adolescente, Tracy Chapman joue régulièrement lors des services de la chapelle, si bien que le révérend organise une quête pour lui offrir un nouvel instrument.

En 1982, son diplôme de la Wooster School en poche, elle part étudier à la Tufts University de Medford, dans le Massachusetts, et y obtient un diplôme d’Anthropologie et d’Etudes africaines. Parallèlement, elle fait partie d’un groupe de percussions africaines et joue de la guitare dans la rue ou dans les cafés du campus. Elle apparaît peu à peu sur la scène folk de Boston et enregistre « For My Lover » (1986) pour un 33 tours d’une revue locale, le Fast Folk Musical Magazine.

Elle réalise également des démos pour la radio du campus et un étudiant lui permet, de fil en aiguille, de rencontrer le producteur David Kershenbaum et le manager Elliot Roberts d’Elektra Records, avec qui elle enregistrera son premier album Tracy Chapman (1988), qui s’ouvre sur l’incontournable single « Talkin’ Bout A Revolution ». Elle a, de plus, l’occasion d’assurer la première partie de concerts de Nathalie Merchant des 10.000 Maniacs.

En 1988, Tracy Chapman se produit au Bitter End Club de New York et en Angleterre, précédant toujours les 10.000 Maniacs. Elle est alors propulsée sur la scène du Wembley Stadium, pour remplacer in extremis Stevie Wonder en but à des soucis d’ordres techniques, lors du Nelson Mandela’s 70th Birthday Tribute Concert. Malgré un style folk simple pas vraiment en vogue à cette époque, la diffusion planétaire de cet événement et sa prestation pleine de sincérité qui émeut immédiatement le public font envoler les ventes de son album : douze mille exemplaires en deux jours, le plaçant au top des hit-parades anglo-saxons.

Ce succès fulgurant et inattendu enflamme sa carrière. Fidèle à son esprit engagé et militant, elle participe ensuite, aux côtés de Youssou N’Dour, Bruce Springsteen, Peter Gabriel et Sting, à l’Amnesty International, Human Rights Now! World Tour, à deux éditions du Bridge School Concert Benefit et au AIDS benefit concert à l’amphithéâtre d’Oakland (Californie), tandis que les distinctions pleuvent : une nomination pour la Meilleure Nouvelle Artiste internationale aux Huitièmes Brit Awards du London Royal Albert Hall, les Grammy Awards de la Meilleure Interprétation vocale féminine pour « Fast Car », du Meilleur Album folk pour Tracy Chapman et de la Meilleure Nouvelle Artiste lors de la 31ème édition de 1989.

Son deuxième album Crossroads, traitant de thèmes sociaux et émotionnellement profond, sort en 1989 et est certifié disque de platine. Il inclut le titre « Freedom Now » qu’elle dédie à Nelson Mandela et pour lequel elle participe au concert du Wembley Stadium célébrant sa libération après vingt-six ans d’emprisonnement, en 1990. « Je suis d’avantage musicienne qu’activiste, mais je pense que c’est important, lorsque l’on est artiste, d’utiliser sa musique pour s’élever envers ce que l’on croit. » Les concerts-hommages se succèdent (Martin Luther King, Bob Dylan…) ainsi que ceux organisés par des fondations diverses, s’intercalant à une tournée américaine et accompagnant la sortie d’un troisième album, Matters of The Heart, en 1992. Sur celui-ci figurent les singles « Bang Bang Bang », qui s’élève contre l’hypocrisie ambiante face au port d’arme, ainsi que « Matters of The Heart », en collaboration avec Bobby Womack, l’un de ses inspirateurs : « J’ai grandi en écoutant de la soul, et proche de chansons socialement engagées comme celles de Stevie Wonder, Harold Melvin & The Bluenotes, Marvin Gaye et Bobby Womack. ».

En 1994, Tracy Chapman s’entoure de nouveaux musiciens — le bassiste Andy Stoller, le batteur Rock Deadrick et le percussionniste Glenys Rodgers — pour préparer un nouvel album, aux accents blues, lors d’une tournée aux USA. Celui-ci sort dans les bacs en novembre 1995, coproduit avec Don Gehman. New Beginning, à l’aube d’un nouveau millénaire, se veut plus optimiste et idéaliste. Elle participe aussi à des shows avec David Letterman ou Jay Leno. En 1997, elle remporte son quatrième Grammy Awards, celui de l’enregistrement de l’année, et les Bammies de la meilleure chanson (« Give Me One Reason »), du meilleur album (New Beginning), de la meilleure chanteuse et de la musicienne de l’année. Elle collabore également à l’album de B.B. King Deuces Wild, sur le single « The Thrill Is Gone ».

En 1998 et 1999, son activité se centre à nouveau sur des participations musicales à vocation humanitaire, comme au Paris Concert for Amnesty International (toujours aux côtés de Bruce Sprinsteen, Peter Gabriel ou Youssou N’Dour) et au concert A Very Special Christmas From Washington D.C. (avec Sheryl Crow, Eric Clapton…) qui feront l’objet d’enregistrements, où au Tibetan Freedom Concert à Chicago et au One Love Bob Marley All Star Tribute en Jamaïque.

En 2000, Tracy Chapman sort Telling Stories produit par David Kershenbaum qu’elle promeut lors de shows avec Letterman, Rosie O’Donnel ou sur les chaînes CBS et NBC. Elle participe au concert du soixantième anniversaire de Bob Dylan à New York, en mai 2001. Ses quinze ans de carrière sont l’occasion d’un best of, Collection, qui sort cette même année en Europe, en Asie et en Australie. Emmené par le titre « You’re The One », Let It Rain, son sixième album, nostalgique et plus introspectif à l’exclusion de rares titres plus rythmés comme « Say Hallelujah », sort en 2002. L’instrumentation intimiste exploite de nouvelles sonorités comme celles de l’accordéon, du banjo ou de la clarinette. Les thèmes abordés se veulent moins politiques (seul « Hard Wired »), plus personnels et symboliques, à l’image du titre « Goodbye » sur la rupture sentimentale, ou « I am Yours ». Un véritable voyage poétique au cœur de l’intimité.

Where You Live, enregistré dans son propre studio à Los Angeles et coproduit avec Tchad Blake, sort en 2005. Plus varié musicalement, il dévoile toujours avec autant de sincérité la personnalité complexe de l’artiste, entre pessimisme et idéalisme. Artistiquement sombre et mélancolique, il aborde à nouveau des thèmes politiques, sociaux ou féministes.

Tracy Chapman revient à la fin de l’année 2008 avec un nouvel album Our Bright Future, coproduit par Larry Klein, et une grande tournée européenne. Vingt ans après l’incroyable et fulgurant succès de « Talkin’ Bout A Revolution », Tracy Chapman, par son style singulier, ses actions et ses propos impliqués, et surtout par sa pérennité, serait bien en passe de devenir une artiste de légende.

Source Music Story

1988 : Fast Car

1988 : Talkin’ ’bout a Revolution

1988 : Baby Can I Hold You

1989 : All That You Have Is Your Soul

1989 : Crossroads

1990 : Subcity

1992 : Bang Bang Bang

1995 : Give Me One Reason

2000 : Telling Stories

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