Youssou N’Dour

Posted on 03/12/2012

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Youssou N'Dour

Plus importante voix de la musique africaine, le Sénégalais Youssou N’Dour appartient au collège restreint des musiciens de son continent à avoir touché les publics les plus divers, et ce sans renier ses racines, ni quitter son Dakar natal. Auteur-compositeur, chanteur et instrumentiste, il a enregistré en 1994, et en duo avec Neneh Cherry, le tube mondial « 7 Seconds », et en 1998 l’hymne de la Coupe du Monde de Football, aux côtés d’Axelle Red. Youssou N’Dour – surnommé le « Rossignol de Dakar » – a collaboré avec des vedettes internationales, telles l’Anglais Peter Gabriel, le saxophoniste camerounais Manu Dibango, ou l’Américain Paul Simon. En 2010, Youssou N’Dour publie Dakar – Kingston, un hommage à Bob Marley enregistré en Jamaïque.

Le 1er octobre 1959, Youssou N’Dour voit le jour à Dakar, capitale de la République du Sénégal. Son père est ouvrier en ferronnerie, sa mère griotte, et l’enfant, aîné de la famille, préfère bien vite la musique aux études. Il intègre dès l’âge de onze ans une compagnie théâtrale, puis les orchestres du Star Band et du Super Diamono. C’est à l’occasion des obsèques d’une vedette locale qu’on remarque pour la première fois son chant inouï, et cette voix, d’une grande souplesse et fluidité, si caractéristique. Pratiquant régulièrement l’art de la fugue (au sens premier du terme) pour suivre les tournées, et les concerts des groupes qui l’emploient (de cérémonies de circoncision, en prestations dans les night-clubs du quartier chaud de la Médina), le jeune artiste finit par convaincre son père de le laisser fréquenter l’Institut des Arts de Dakar. Il n’y reste que deux années, le temps d’assimiler quelques notions de solfège et d’harmonie.

Jusqu’en 1979, le jeune chanteur rode son art au sein de diverses formations, puis crée le groupe L’Etoile de Dakar avec le chanteur El Hadji Faye. Des dissensions dans l’ensemble font qu’en 1981, N’Dour fonde le Super Etoile, développant le style mbalax (sans nul doute la musique la plus populaire du pays, basée sur un usage intensif des percussions), et une danse qui fait fureur (le ventilateur), qui le propulsent régulièrement en tête des hit-parades.

En 1984, le chanteur entame sa première tournée européenne, qui le mène triomphalement en Allemagne, Suisse, Angleterre, Suède, Norvège, Finlande, et, naturellement, en France, où il séduit, à la fois le public immigré africain, et à la fois les continentaux.

En 1985, le chanteur met sur pied un concert de soutien au militant anti-apartheid d’Afrique du Sud Nelson Mandela, alors emprisonné au Cap. Le spectacle rassemble des milliers de spectateurs au Stade de l’Amitié de Dakar. Puis, N’Dour participe au Printemps de Bourges, et assure la première partie d’un concert parisien de Jacques Higelin. Manu Dibango l’invite alors à collaborer à Tam Tam Pour l’Ethiopie, disque caritatif visant à lutter contre la famine qui affecte ce pays.

1986 voit la sortie d’un premier album, au clair dédicataire, puisque intitulé Nelson Mandela. La même année, l’Africain traverse l’Atlantique, pour des concerts au Canada ou aux États-Unis. Encore une fois, ses prestations sont saluées par des louanges publiques, et critiques. Peter Gabriel l’emporte alors dans ses valises, pour une tournée européenne qui dure jusqu’en 1987.

En 1988, il participe à une tournée mondiale au bénéfice d’Amnesty International (Human Rights Now !), en compagnie de Tracy Chapman, Bruce Springsteen, Sting, ou Peter Gabriel : le Sénégalais est devenu une star mondiale. La renommée de son nouveau disque (Immigrés), enregistré en compagnie du Super Étoile de Dakar, et développant l’incontestable nouveauté d’une pop du Sahel, n’en reste pas moins confiné au contient africain. Mais il n’oublie pas son continent, et tente d’offrir à ses concerts africains la même infrastructure que ses prestations occidentales.

En 1989, son premier album à destination du marché international (The Lion) est entraîné par un duo avec Peter Gabriel (« Shakin’ The Tree »).Le deuxième album (Set) est édité en 1990, mais ses ventes insuffisantes (malgré la production de Michael Brook, alter-ego de Brian Eno), contraignent le chanteur à se mettre en quête d’un nouveau label.

En 1994, il grave avec la chanteuse suédoise Neneh Cherry le tube mondial « 7 Seconds », qui se vend à près d’un million et demi d’exemplaires. Egalement riche d’une reprise d’une chanson de Bob Dylan, l’album Wommat (qui accueille le jazzman américain et saxophoniste Branford Marsalis) prend d’assaut le marché mondial.

En 1996, il est consacré artiste africain de l’année, et revient pour l’enregistrement de Voices Of the Heart of Africa (en duo avec la cantatrice sénégalaise Yandé Codou Sène) à une inspiration plus traditionnelle.En 1997, le Congolais Papa Wemba et N’Dour soutiennent l’action de la Croix-Rouge en enregistrant un disque en commun (So Why ?). La même année est publié une compilation intitulée Inédits 84-85.

En 1998, il compose l’hymne de la Coupe du Monde de Football (« La Cour des Grands »), qu’il chante en duo avec la Belge Axelle Red. La même année, il écrit la partition du film d’animation franco-belgo-luxembourgeois Kirikou la Sorcière, et est invité à participer à un album du Breton Alan Stivell. Puis l’Africain se tourne de nouveau vers le marché traditionnel de la musique dans son pays, en éditant plusieurs cassettes.

En 1999, il se voit attribuer la mention honorifique d’artiste africain du siècle, et est rejoint sur une scène new-yorkaise par rien moins que Stevie Wonder. N’Dour fête également la nouvelle année avec une session en compagnie du Super Étoile (Spécial fin d’année plus).L’album Joko : The Link (2000), version américaine de l’édition européenne de Joko From Village To Town, est enregistré en compagnie de Wyclef Jean des Fugees, Sting, et Peter Gabriel. Quant à Le Grand Bal, il offre diverses captations en concerts, de Washington Dc à Paris.

En 2001, il enregistre un album au bénéfice du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, et poursuit ses sessions avec le Super Étoile (Lii ! + , St Louis, et Rewmi), tout en rencontrant le plus vif succès au cours des fêtes africaines organisées à Paris (dont l’album Le Grand Bal à Bercy conserve le souvenir).

En 2002, N’Dour rend hommage à ses racines sénégalaises grâce à l’album Nothing In Vain, pour lequel il convoque Pascal Obispo (qui signe trois chansons, et enregistre un duo africano-bordelais), et investit le « Il n’Y A Pas d’Amour Heureux » de Georges Brassens. L’enregistrement (qui s’accompagne d’une session plus conventionnelle, parue sous le titre de Ba Tay), est suivi d’une nouvelle tournée européenne.

En 2003, il crée L’Observateur, qui devient le quotidien majeur du Sénégal, un magazine, et une radio. Il renonce néanmoins à une tournée américaine, en désaccord avec l’attitude du pays dans le contexte de la crise irakienne.

En 2004, il collabore au disque Agir Réagir, en faveur des victimes du tremblement de terre marocain d’Al-Hoceima. Il édite également un…livre de recettes, La Cuisine de ma mère. Surtout, son nouvel album (Allah-Egypte), enregistré en compagnie d’un orchestre égyptien, fait la part belle aux sonorités acoustiques, et à l’inspiration religieuse. Le succès mondial est considérable (400 000 copies écoulées).

En 2005, l’album Egypt se voit gratifier du Grammy Award du meilleur album de musique du monde de l’année. Il organise durant la même période un concert à Dakar, afin de rassembler des fonds pour la recherche contre le paludisme.

En 2006, Youssou N’Dour est le sujet du documentaire Retour à Gorée (du nom du port d’embarquement des esclaves africains pour l’Amérique). Son album de l’année s’intitule quant à lui Badou.

En 2007, on peut l’entendre dans Make Some Noises, reprise de l’album de John Lennon Imagine, au bénéfice des victimes du drame du Darfour, région du Soudan, grevée d’une profonde détresse humanitaire, et où s’affrontent troupes gouvernementales et rebelles. A cette occasion, le chanteur enregistre « Jealous Guy ».

Toujours en 2007, le chanteur fait ses débuts au cinéma, en incarnant un esclave dans le film Amazing Grace (d’après le titre de la chanson protestante la plus célèbre au monde, composée par un négrier repenti), histoire d’un idéaliste, tentant de mettre fin à l’esclavage dans l’Angleterre du XVIIIème siècle.

Mais le chanteur n’oublie pas le chemin des studios, en produisant Alsaama Day, album enregistré au Sénégal, et Rokku Mi Rokka, enregistrement de nouveau alimenté de la fascination du chanteur pour l’univers pop. Est également édité durant cette période Le Grand Bal 2003.

Après deux albums enregistrés en compagnie du Super Étoile de Dakar (Cey You et Bitim Rew), le chanteur propose une collection de chansons inédites captées au milieu des années 80 (Djamil), ainsi qu’un regard attendri sur la période florissante de sa jeunesse (Youssou N’Dour et le Super Étoile de Dakar, édition en quatre volumes). En 2010, Youssou N’Dour rend hommage à Bob Marley en enregistrant Dakar – Kingston dans les studios Tuff Gong de la capitale jamaïcaine, avec Tyrone Downie et Earl «Chinna » Smith. Des titres vieux de vingt ans se retrouvent aux côtésde morceaux récents. Puis il remplit l’Olympia de Paris lors deson passage le 23 mars. Parallèlement, il fait l’objet du documentaire I Bring What I Love de la réalisatrice new-yorkaise Elizabeth Chai Vasarhelyi qui a suivi le chanteur lors de l’enregistrement de son album Egypt en 2004. Le film est présenté en salles à partir du 31 mars 2010.

Depuis 2008, le Sénégalais dirige une société de micro-crédit (attribuant des prêts de faible montant à ceux qui sont usuellement interdits de ce genre de facilité). Le chanteur possède un studio, un label (où il produit de jeunes talents sénégalais), et une discothèque à Dakar. Il organise régulièrement des concerts parisiens rassemblant la diaspora africaine. Adepte du soufisme (mouvement spirituel et mystique de l’Islam), et d’âme religieuse (il ne boit, ni ne fume), il pratique longtemps la polygamie, avant de divorcer, en 2007, de l’une de ses deux épouses. Il est père de plusieurs enfants.

Toujours soutien actif de l’organisation Amnesty International, Youssou N’Dour est Ambassadeur de bonne volonté des Nations-Unies et de l’Unicef, et représente également avec régularité l’Organisation Internationale du Travail, qui vise à promouvoir des conditions dignes d’emploi à travers le monde.

Les quatre mousquetaires de la musique pan-africaine restent incontestablement, au fil des décennies, la sud-africaine Myriam Makeba, le Camerounais Manu Dibango, le Guinéen Mory Kanté, et Youssou N’Dour. Contre vents et vicissitudes d’une carrière internationale, ce dernier est – et c’est une originalité – indéfectiblement attaché à ses origines. On a pu lui reprocher un infléchissement de son art vers la mondialisation. Mais il a toujours tenu à ce que ses royalties soient systématiquement réinvesties dans son pays : cela fait de lui bien plus qu’un artiste. Un citoyen.

Source Music Story

1989 : Shakin’ the Tree (w/ Peter Gabriel)

1994 : 7 Seconds (w/ Neneh Cherry)

1995 : Undecided (w/ Deep Forest)

2002 : So Many Men (feat. Joy Denalane)

Posted in: Années Nonante