Mireille Mathieu

Posted on 21/12/2012

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Mireille_Mathieu

Sacrée « Nouvelle Edith Piaf » à ses débuts, Mireille Mathieu est révélée en direct à la télévision après avoir remporté un concours de chant. La demoiselle d’Avignon née en 1946 connaît un succès fulgurant au milieu des années soixante grâce à un répertoire sur-mesure, de « Parisien en colère » à « La Dernière valse », et sur scène où elle remplit plusieurs fois l’Olympia. Ambassadrice de la chanson française à l’étranger, Mireille Mathieu voit sa carrière internationale se développer à mesure que sa popularité dans l’Hexagone décroît. De nombreuses tournées au Japon, aux États-Unis, en Chine ou en URSS lui collent une étiquette qui a son revers. Les décennies soixante-dix et quatre-vingt, toujours pavées de succès comme « Mille colombes »,  Je suis une femme amoureuse » ou « Bravo tu as gagné » maintiennent la popularité de la chanteuse dont l’image immuable est écornée par les médias. Gardienne d’une certaine « Qualité France », Mireille Mathieu, autrefois inévitable, est rattrapée par le temps et les modes qui l’ont figée dans une époque avec son éternelle coupe de cheveux.

Les débuts de Mireille Mathieu ont tout de ces histoires dont sont faits les contes de fée. Née à Avignon le 22 juillet 1946 dans une famille modeste, elle est l’aînée de quatorze enfants. Tailleur de pierre de profession, mais également grand amateur d’opéra et bon chanteur lui-même, son père l’initie tôt à la musique.

Dotée d’une voix forte et mélodieuse, elle commence à chanter dès l’âge de quatre ans, animant notamment la messe de minuit. À treize ans, elle arrête sa scolarité pour travailler et contribuer à soutenir sa famille : elle devient ouvrière dans une usine d’enveloppes. Cette grande admiratrice d’Édith Piaf n’en oublie pas pour autant sa passion pour la musique : elle se présente trois années de suite au concours On chante dans mon quartier organisé par la mairie d’Avignon, et finit par le remporter en1964 en interprétant « La Vie en rose ». Raoul Colombe, adjoint au maire d’Avignon, est conquis et décide de soutenir la jeune chanteuse en la faisant participer à de nombreux galas locaux : fin 1965, il la pousse à participer au Jeu de la chance, une émission de télé-crochet.

Le 21 novembre 1965, Mireille Mathieu fait sa première animation télévisée en interprétant une chanson d’Édith Piaf dans Télé dimanche de Roger Lanzac et Raymond Marcillac : elle est plébiscitée par le public et dix millions de téléspectateurs, et reste sept semaines de suite à l’antenne. Mireille Mathieu doit affronter une concurrente redoutable en la personne de Georgette Lemaire, autre jeune émule de Piaf, mais finit par triompher de haute lutte.

À cette occasion, la chanteuse est découverte par l’agent artistique Johnny Stark, déjà en charge des carrières de vedettes comme Johnny Hallyday et Yves Montand. Stark, sentant chez la petite avignonnaise un potentiel de star nationale, voire internationale, prend Mireille Mathieu sous son aile, tout en organisant un battage médiatique intensif. L’entregent de Johnny Stark réussit à convaincre Bruno Coquatrix : au mois de décembre, accompagnée par Jacques Denjean et son orchestre, Mireille Mathieu interprète trois chansons en première partie du Sacha Show donné à l’Olympia par Sacha Distel et Dionne Warwick.

Charmée par cette première grande expérience et par la gentillesse des autres artistes, Mireille Mathieu fait également la connaissance du musicien Paul Mauriat, venu assister à sa prestation sur l’insistance de Johnny Stark ; jusqu’ici agacé par la promotion faite autour de la chanteuse et peu enthousiasmé à l’idée de travailler avec elle, Mauriat est conquis par sa prestation et accepte de lui servir de mentor musical. C’est une formation intensive que va suivre Mireille Mathieu, avec au menu cours de chant et de danse, puis de langues, à un rythme intensif. Paul Mauriat se charge de ses répétitions, tandis que le parolier André Pascal s’occupe de lui écrire des textes. C’est encore Sacha Distel qui vient donner un coup de pouce à la chanteuse en éditant à la demande Paul Mauriat la chanson « Mon credo », qui s’écoule à plus d’un million d’exemplaires.

Mireille Mathieu commence à enchaîner les succès discographiques comme « Qu’elle est belle », « La Dernière valse » et « Viens dans ma rue ». Très présente dans les médias, elle est régulièrement invitée dans les émissions de variétés ; moins d’un an après son passage en première partie à l’Olympia, Mireille Mathieu passe en vedette dans la célèbre salle de Bruno Coquatrix. En 1966, elle interprète « Parisien en colère » lors du générique de fin du film à succès Paris brûle-t-il ?

Trois ans après la mort d’Edith Piaf, le public français adoube Mireille Mathieu comme la nouvelle star de la chanson réaliste, et ce malgré la concurrence toujours présente de Georgette Lemaire.

La gestion habile de Johnny Stark permet à la carrière de Mireille Mathieu de prendre rapidement un envol international : la chanteuse enregistre des versions de ses titres dans plusieurs langues étrangères et accède aux hit-parades de plusieurs pays, dont l’URSS, le Japon et les États-Unis. Mireille Mathieu est devenue une sorte de « voix de la France », combinant un style néo-Piaf et des revendications identitaires aussi basiques que saines : « Paris en colère » devient ainsi une sorte d’hymne d’une Libération idéalisée.

Outre Paul Mauriat et André Pascal, Mireille Mathieu multiplie les collaborations, notamment avec Francis Lai, dont elle interprète entre autres la chanson « Un homme et une femme » dont l’air a été popularisé par le film homonyme de Claude Lelouch. En Grande-Bretagne, elle triomphe grâce à « La Dernière valse », version française de « The Last Waltz » popularisé par Engelbert Humperdinck : elle chante à la Royal Performance devant la Reine Elizabeth II. On la voit sur scène aux Étas-Unis et au Canada, participant à des galas en compagnie de stars anglo-saxonnes de la chanson. En Allemagne, elle connaît également le succès avec la chanson « Hinterden Kulissen von Paris ».

En 1975, Mireille Mathieu se produit au Carnegie Hall de New York. Mais les années 1970 la voit s’éloigner des salles françaises : si elle est toujours très présente dans les médias et dans les bacs de disques, la chanteuse déserte les planches de l’Hexagone et ne se produit plus qu’à l’étranger durant plusieurs années. Grâce à ses multiples collaborateurs (Alice Dona compte parmi ses musiciens, Serge Lama et Claude Lemesle parmi ses paroliers), Mireille Mathieu s’aventure sur des terrains moins consensuels que ne le laisserait croire son répertoire première manière, avec les chansons « Le Silence », « Le Strapontin » ou « L’Anniversaire » (qui, juste après la loi Veil, aborde la question de l’avortement).

Le style de Mireille Mathieu, ressortissant d’une variété avant tout romantique (« Mes chansons parlent toujours d’amour. C’est comme ça que je les aime ») évolue avec les années vers un type de chant proche de celui des interprètes vocalistes à l’américaine. Bien que son succès discographique ne se démente pas, la chanteuse prolonge son absence des planches hexagonales. On l’entend interpréter des titres originaux (« Tous les enfants chantent avec moi », « Mille colombes », « Folle folle follement heureuse », écrite par Charles Aznavour) mais également des reprises comme « Je suis une femme amoureuse », d’après Barbra Streisand, « La Marche de Sacco et Vanzetti », « New York New York »…mais de Mireille Mathieu sur scène, point.

Éditée dans le monde entier, Mireille Mathieu est même « entendue » dans l’espace : en 1975, la navette Apollo XV joue en effet l’une de ses chansons sur la Lune. En 1981, elle interprète « Bravo tu as gagné » (adaptation de « The Winner Takes It All ») avec le groupe Abba ; en 1983, c’est « Together We’re Strong », chanté en duo avec l’acteur Patrick Duffy (Dallas, L’Homme de l’Atlantide…).

Ce n’est qu’en 1985 que Mireille Mathieu revient chanter sur une scène française, plus précisément à l’Olympia, lieu de son premier triomphe. À la même époque, inspirée par un duo avec Placido Domingo, Mireille Mathieu développe son répertoire vers une fusion entre la variété et l’opéra, prenant des cours pour renforcer sa maîtrise vocale. En 1986, elle fête ses vingt ans de carrière au Palais des Congrès et se produit en Chine. Consacrée « chanteuse préférée des Français » par un sondage, elle interprète la même année une chanson en duo avec Andy Williams, devant les présidents Reagan et Mitterrand lors des festivités du centenaire de la Statue de la Liberté.

À la fin des années 1980, la compilation de ses grands succès devient double disque d’or. Mireille Mathieu n’a cependant pas su renouveler son public, les jeunes générations demeurant quelque peu imperméables à son style légèrement daté. Alors que sa concurrente Georgette Lemaire a déjà disparu, Mireille Mathieu semble en léger décalage à l’époque du Top 50, dont le classement révèle le succès d’une nouvelle génération d’artistes. D’aucuns se moquent de la coiffure de la chanteuse, de l’emphase de certaines chansons de son répertoire, et de son côté « France éternelle ».

En 1989, avec le décès de Johnny Stark, Mireille Mathieu perd son mentor de toujours ; sa carrière semble perdre son allant : elle tente de changer de coiffure, et sort plusieurs albums, L’Américain, Ce Soir Je T’ai Perdu (conçu avec François Feldman) qui ne rencontrent pas le succès escompté. En 1990, elle se produit au Palais des Congrès, mais le public manque à l’appel. Ses apparitions sur les écrans français se font plus rares. Les albums Mireille Mathieu Chante Edith Piaf (1993) et Vous Lui Direz… (1996, avec un titre écrit par Maxime Le Forestier) la rappellent au bon souvenir du public français, mais la chanteuse est à nouveau absente des scènes françaises : on la voit chanter aux États-Unis en 1996, en Chine en 1997, au Noël du Vatican cette même année.

Ce n’est qu’en 1998 qu’elle se produit à nouveau à l’Olympia avant de repartir pour les scènes du monde entier (Russie, États-Unis, Ukraine, etc). Si elle se produit à nouveau en France en 2002, à l’occasion de l’album De Tes Mains, Mireille Mathieu n’a plus vraiment la cote auprès des médias français, ni du jeune public, qui tend à la considérer comme une relique du passé, son aspect « chanteuse française connue au Japon » attirant souvent les railleries.

En 2005, elle se produit avec succès à l’Olympia pour fêter ses quarante ans de carrière, recevant un disque de rubis pour l’occasion. Mais si ses fans de toujours sont toujours au rendez-vous, la mode semble avoir définitivement déserté une Mireille Mathieu à l’image immuable, au point que son apparition Place de la Concorde aux côtés de Nicolas Sarkozy, interprétant « Mille colombes » lors de l’élection de ce dernier en mai 2007, est tournée en dérision par certains comme une sorte de « retour de la momie ». Un quinquennat plus tard, Mireille Mathieu réapparaît par le biais d’une troisième version de sont éternel Mireille Mathieu Chante Piaf, revu et réorchestré en vue du 50ème anniversaire de la « Môme » (prévu en octobre 2013).

Probablement victime de son refus d’évoluer face aux diktats de la mode, Mireille Mathieu n’en reste pas moins fidèle à un parcours artistique dont la richesse vaut mieux que les caricatures parfois blessantes de ses détracteurs. Qu’elle aie ou non été la voix de la France et la nouvelle Édith Piaf, Mireille Mathieu n’en demeure pas moins l’une des chanteuses françaises les plus actives et les plus internationales : qui oserait dire que les Russes, les Chinois et les Japonais ont mauvais goût ?

Source Music Story

1966 : Mon credo

1966 : Qu’elle est belle

1966 : Paris en colère

1966 : Un homme et une femme

1967 : La dernière valse

1967 : Quand tu t’en iras

1968 : J’ai gardé l’accent

1968 : Una canzone

1968 : Les bicyclettes de Belsize

1969 : La première étoile

1969 : Mon bel amour d’été

1969 : Tarata-Ting, Tarata-Tong

1971 : Une histoire d’amour (Love story)

1973 : La paloma adieu

1976 : La vie en rose

1980 : Une femme amoureuse (reprise de A Woman in Love)

1981 : Bravo tu as gagné (reprise de The Winner Takes It All)

1981 : Il a neigé sur Mykonos

1983 : Together we’re strong (w/ Patrick Duffy)

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