Tom Jones

Posted on 24/12/2012

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Considéré comme un « crooner », le répertoire de chansons abondant de Tom Jones prouve qu’il a démenti cette étiquette réductrice au cours de ses cinq décennies de carrière. Véritable « touche à tout » de la musique populaire, ce chanteur volontaire à la voix impressionnante et au timbre immédiatement reconnaissable, extraordinaire showman, s’est attaqué à tous les genres (pop, rock, swing jazz, disco, country…) et a interprété un large éventail d’auteurs compositeurs aussi divers que les Beatles, Prince, les Drifters, Chuck Berry, Gilbert Bécaud, les Rolling Stones, Van Morrison, Bob Seger, Otis Redding, Rod Stewart, Paul Simon, Randy Newman ou AC/DC. Mais si la chanson est bonne… Tom Jones possède ce charisme et cette voix capable de nous charmer ou de nous exciter en chantant les pages blanches de l’annuaire téléphonique. « Vous n’êtes pas une personne sexy si vous n’avez rien de sexy à offrir. Dans mon cas, c’est ma voix : la manière dont je chante, la façon dont je m’exprime quand je chante » (Tom Jones).

Dans les petites villes ou villages des vallées des Galles du sud, chanter est comme une seconde nature ; le petit Thomas Jones Woodward (né le 7 juin 1940 à Pontypridd) débute très tôt, lors de réunions de familles, de mariages, à la chorale de son école où il se fait remarquer en chantant plus fort que les autres. Adolescent et doté d’un physique avantageux, il est envoûté par la vague du rock ‘n’ roll qui envahit les ondes radio, notamment Jerry Lee Lewis, manque l’école et court les filles.

Atteint soudainement par la tuberculose, il est alité pendant presque un an pendant lequel il reste l’oreille collée au poste de radio familial. A seize ans il abandonne ses études pour travailler dans une fabrique de papier, met enceinte son amie d’enfance avec laquelle il se marie à dix sept ans. Mais l’appel du BBB (« British Beat Boom ») est fort, et il devient en 1963 le chanteur du groupe local amateur Tommy Scott & The Senators où il gagne son surnom de « Tiger Tom » et une réputation de buveur de bière (brune) invétéré.

Mais l’action se passe à Londres, pas au fin fond du Pays de Galles. Aussi, grâce à deux relations locales qui deviennent leurs managers, la formation enregistre une maquette élaborée avec le fameux producteur Joe Meek, qui refuse de la voir publier. Les sénateurs dépités retournent à leurs bals et clubs du Pays de Galles, mais le manager londonien Gordon Mills, Gallois lui aussi (ex-conducteur de bus et futur propriétaire de la plus grande collection d’orang outans du monde !), les y écoute un soir et tombe en admiration devant le chanteur à la voix de ténor. Mills obtient un arrangement avec les managers, prend Thomas Woodward sous sa houlette, raccourcit son nom de scène Tommy Scott en Tom Jones, l’installe à Londres et le fait signer sur Decca, et Parrot aux USA. Le groupe change son nom en Playboys, puis Squires.

Un premier 45-tours, « Chills And Fever » n’obtient aucun succès en août 1964, mais en janvier suivant, « It’s Not Unusual », est aussitôt n°1 en Grande Bretagne, n°10 aux Etats-Unis et n°4 en France. Débuts fracassants pour une carrière phénoménale. Qui se poursuit aussitôt en juin 1965 avec « Along Came Jones » et le thème chanté du film de Clive Donner What’s New Pussycat, écrit par Burt Bacharach et Hal David, succès international (n°15 en France) sauf en Grande Bretagne… Quelques mois plus tard les producteurs des James Bond lui confient le thème du quatrième film, Opération Tonnerre (« Thunderball »). Il rencontre alors Elvis Presley et leur amitié durera jusqu’à la mort du King.

Il poursuit ses liens avec le cinéma anglais en interprétant début 1966 le thème du film Promise Her Anything d’Arthur Hiller, place « Not Responsible » 25ème en France en mai, et obtient l’un des plus grands hits de sa carrière à la fin de cette année avec « Green Green Grass Of Home » une ballade country chantée avec succès déjà l’année précédente par Porter Wagoner mais que Jones avait découverte dans l’album de son idole Jerry Lee Lewis Country Songs For City Folks ; cette chanson devenue fameuse (plus d’une centaine de copyrights) amènera plus tard Tom Jones à interpréter plus de country music.

Alors et depuis le refuge des chanteurs disons…âgés, c’est à 27 ans que Tom Jones connaît la première de ses longues expériences dans la capitale du jeu. Il se produit d’abord au casino Flamingo, et retournera plusieurs fois au cours de sa carrière dans la cité, notamment au Caesar’s Palace, devenant incontournable encore aujourd’hui dans le paysage artistique de Las Vegas. Jusqu’au milieu des années 70, Tom Jones maintient son statut de superstars, multipliant les collaborations et les hits. En 1968 il connaît son plus grand succès avec « Delilah » (n°5 en France en mai), une chanson tragique de Barry Mason et Les Reed qui a fait le tour du monde et qui apparaît dans plus de 150 des compilations consacrées au chanteur.

Confortablement installé dans le show business américain, il conduit pendant deux ans le show TV The Tom Jones Show où il accueille le gratin musical de 1969 à 1971. Riche et adulé à trente ans, créateur avec Mills et le chanteur Engelbert Humperdinck (présenté comme son rival alors que les deux hommes sont amis) du label MAM, sa carrière est alors stoppée par des incidents successifs ; son groupe se sépare, ses deux premiers managers lui intentent un procès pour sommes non versées, et le fisc britannique lui tombe dessus, le forçant à s’exiler pour de bon aux Etats-Unis en 1974 où il obtient une carte verte d’immigrant et s’offre le domaine de Dean Martin dans Bel Air, quartier huppé de Los Angeles, pour un million de dollars. « J’aime mon pays et y résider, c’est chez moi. Mais j’ai été forcé de m’exiler et je n’aime pas ça du tout ».

Les années 70 débutent en fanfare avec cinq hits successifs : « Daughter Of Darkness » en mai 1970, « I (Who Have Nothing) » en août, « She’s a Lady » surtout, en janvier 1971, une belle chanson pop écrite à son intention par Paul Anka (avec une version de « My Way » en face B du 45t dont le texte anglais est signé du même Anka), « Till » en octobre, et « The Young New Mexican Puppeteer » en mars 1972. Entre-temps sa version du « Resurrection Shuffle » d’Ashton, Gardner & Dyke, supérieure à l’original du trio, est un surprenant n°8 en France.

Néanmoins, sa popularité décline pendant les années 70, mais la vague déferlante des Greatest Hits et autres Best Of débute… Alors qu’il est considéré comme un « has been », Decca sort un 20 Greatest Hits en mars 1975 qui est n°1 des ventes en Grande Bretagne. La mort de son ami Elvis l’affecte beaucoup en 1977, et sa traversée du désert dure jusqu’en 1988, deux ans après le décès de son manager et mentor Gordon Mills. Son fils Mark le remplace et revigore son père en lui donnant une image plus moderne. Il le fait signer sur le nouveau label Jive et lui fait enregistrer une épatante version du « Kiss » de Prince, en collaboration avec le groupe techno pop dance The Art Of Noise et le titre est à nouveau un hit international en octobre 1988. Tom Jones gagne un nouveau public, plus éphémère, mais qui lui permet de demeurer actif.

Débordant d’énergie, il conduit un autre show TV, The Right Time, réalise un album avec Van Morrison en 1991, pour changer à nouveau de maison de disques deux ans plus tard, chez Interscope, le label créé par le producteur Jimmy Iovine, spécialisé en rap et hip hop. Après « Satisfaction » en 1991 il s’attaque à nouveau au répertoire des Rolling Stones en 93 avec « Gimme Shelter ». Sa cure de rajeunissement n’est pas une réussite artistique, et Tom Jones retourne à ce qu’il sait le mieux faire, la ballade mélodique et la mise à niveau de ses anciens hits. En 1995 il est la vedette du festival Glastonbury Fair et le cinéma fait appel à lui : il apparaît dans le navet The Jerky Boys la même année, mais est épatant dans son propre rôle en 1996 dans Mars Attacks ! de Tim Burton, dans Agnes Brown d’Anjelica Huston en 1999 (où, bel anachronisme, on le voit arriver en Lincoln Continental de 1971 alors que l’action est censée se dérouler en 1967 !) et multiplie les « talk shows » à la télé américaine : David Letterman, Howard Stern, Jay Leno, Jerry Springer, Larry King, et deux épisodes des Simpsons.

La même année, la collection de duos Reload avec les Cardigans, les Stereophonics, Mick Hucknall (de Simply Red) ou Zucchero est dominée par une version nerveuse de « Lust For Life » d’Iggy Pop, en compagnie de Chrissie Hynde, et « Sex Bomb » de Mousse T. L’album un franc succès. En 2000 il effectue la plus fructueuse tournée mondiale de sa carrière, qui débute lors des célébrations du Millenium à Washington (invité par le président Clinton) et qui culmine lors de cinq concerts successifs au Wembley Arena.

Lors des années 2000, les récompenses pleuvent à nouveau. Il remporte un Brit Award, la clef d’argent de l’industrie musicale britannique pour l’ensemble de sa carrière, et en décembre 2005 il est fait Chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine. « Durant ces 40 dernières années j’ai parcouru le monde en chantant, en amenant partout un peu du Pays de Galles et de la Grande Bretagne à mes amis, mes relations et au public. Je porte ma nationalité sur ma manche et j’en suis fier ! Recevoir cette distinction est un honneur pour moi, ma famille, mes amis et mon public » (Sir Tom Jones).

Auparavant, le Gallois le plus célèbre du monde avait collaboré avec la vieille garde en 2001, Luciano Pavarotti, Deep Purple, Barry White, Celia Cruz (en faveur de l’Afghanistan) et la jeune garde en 2002, les Fugees pour Mr. Jones, et Jools Holland pour un album commun surprenant en 2004. Le 28 mai 2005 ce grand-père toujours énergique et sur la brèche boucle la boucle en se produisant à Pontypridd 41 ans après sa dernière apparition dans sa ville (presque) natale, pour fêter son 65ème anniversaire, devant 25000 spectateurs. Sa participation au Concert For Diana au stade de Wembley à Londres le 1er juillet 2007 demeure l’un des grands moments de cet événement.

Tom Jones réside aujourd’hui à Los Angeles d’où il conçoit les répertoires de ses futurs albums. En 2008, le succès 24 Hours est produit par Nellee Hooper, Future Cut et Betty Wright. Le suivant, Praise & Blame produit par Evan Johns en 2010, comprend des reprises de Bob Dylan, Billy Joe Shaver, John Lee Hooker et d’autres tendance country-blues. En 2012, le crooner à la voix soul actualise son style avec Spirit In The Room, dans lequel il chante aussi bien Paul McCartney et Paul Simon que Leonard Cohen et The Low Anthem.

Source Music Story

1965 : It’s Not Unusual

1965 : What’s New Pussycat?

1965 : Thunderball

1966 : Green, Green Grass of Home

1967 : Detroit City

1967 : Funny Familiar Forgotten Feelings

1967 : I’ll Never Fall in Love Again

1967 : I’m Coming Home

1968 : Delilah

1968 : Help Yourself

1969 : Love Me Tonight

1969 : Without Love (There Is Nothing)

1970 : Daughter of Darkness

1970 : I (Who Have Nothing)

1971 : She’s a Lady

1971 : Puppet Man

1971 : Till

1972 : The Young New Mexican Puppeteer

1976 : Say You’ll Stay Until Tomorrow

1981 : Darlin’

1982 : Lady Lay Down

1987 : A Boy from Nowhere

1988 : Kiss (Art of Noise feat. Tom Jones)

1989 : Move Closer

1991 : Carrying a Torch (Tom Jones and Van Morrison)

1993 : Gimme Shelter (New Model Army with Tom Jones)

1994 : If I Only Knew

1994 : I Wanna Get Back with You (Tom Jones with Tori Amos)

1999 : Burning Down the House (Tom Jones and The Cardigans)

1999 : Baby, It’s Cold Outside (Tom Jones and Cerys Matthews)

2000 : Mama Told Me Not to Come (Tom Jones with The Stereophonics)

2000 : Sex Bomb (Tom Jones with Mousse T)

2000 : You Need Love Like I Do (Heather Small and Tom Jones)

Posted in: Les Grands Noms